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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Ah, les élections italiennes. Une sorte de gigantesque Commedia dell’Arte, mais en version série Z, sans rires, ni art, juste avec les mauvais acteurs, la mauvaise intrigue et surtout le mauvais dénouement. Une fois n'est pas coutume, il aura donc suffit d'un scrutin, peut-on lire ce matin sur le site d'information en ligne SLATE pour que l’Italie, qui d’ordinaire cultive si bien le bon goût, l’élégance, le raffinement, la culture, qui aime s’extasier des choses les plus simples, se métamorphose. Et tout cela, précise la journaliste, me fait penser à un énorme plat de « spaghetti alla puttanesca ». Ce plat, dit-elle, est tout simplement l’antithèse de la cuisine italienne. Ou plutôt son côté sombre, diabolique. Alors que d’ordinaire, les Italiens prennent soin de sélectionner un ingrédient et de composer autour, pour le mettre en valeur, là, c’est tout le contraire. Aucun sens ! Aucune raison ! Aucune mesure ! Des ingrédients qui n’ont strictement rien à voir a priori les uns avec les autres réunis dans un seul et même plat. Ça va se chamailler et s’insulter dans la poêle, pour au final se retrouver tous ensemble, dans ce que l’Italie fait de mieux : un bon plat de « pasta ». Mais un plat chaotique.

Or ce matin, précisément, c'est le chaos, peut-on lire en une d'IL FATTO QUOTIDIANO. Faut-il s'en étonner ? Vendredi dernier, le WALL STREET JOURNAL craignait déjà des résultats chaotiques. Ce matin, c'est chose faite et le risque désormais, prévient son confrère de LA REPUBBLICA, est tout simplement celui de l'ingouvernabilité.

« Vaffanculo » la stabilité gouvernementale, se demande d'ailleurs à son tour ce matin LE TEMPS de Genève ? A l’issue de ces élections, marquées notamment par le spectaculaire résultat de l’humoriste Beppe Grillo, le véritable vainqueur de ces élections selon LA STAMPA de Turin, celui là même qui voulait justement envoyer tous les sortants « se faire foutre », aucune majorité nette ne semble à présent se dégager. Hier soir, la coalition de gauche regroupée autour du Parti démocrate semblait très légèrement en tête à la Chambre des députés, avec un tout petit demi-point d’avance, ce qui devrait néanmoins lui assurer si les chiffres sont confirmés 55% des sièges. En revanche, la coalition de gauche ne devrait pas disposer d’une majorité au Sénat. Car bien qu'ayant a priori empoché la plus grande part des suffrages, le système électoral italien est ainsi fait que c'est la coalition de droite, de Silvio Berlusconi, qui devrait au final emporté la majorité relative au Sénat.

Ce matin, le jeu des alliances est donc ouvert, sauf que quelque soit le résultat de ces tractations précise de son côté le HUFFINGTON POST, la constellation politique italienne restera opaque. Voilà pourquoi, nombre d'experts estiment d'ores et déjà que le siège du futur gouvernement italien ne pourra être occupé que peu de temps. Le plus probable serait donc la formation d’un gouvernement d’union et provisoire, entre la droite, le centre et la gauche, le temps notamment de réformer la loi électorale. Avec à la clé un retour aux urnes plus ou moins rapproché.

Faut-il pour autant parler d'échec ? Non, estime le NEW YORK TIMES, car les électeurs, eux, ont livré un message extrêmement clair : ils ont dit non à l’austérité. Mais pas seulement, car dans le même temps, ils ont également donné un grand coup de pied dans la fourmilière de la vieille garde politique. Le problème, analyse à son tour le quotidien américain, c’est que ce scrutin marqué du sceau de la colère, comme en témoigne d'ailleurs le taux de participation en baisse de cinq points par rapport au scrutin précédent, risque de se traduire dans les faits par la constitution d’un gouvernement de coalition extrêmement fragile et donc, une fois de plus, d’exposer l'Italie mais aussi avec elle toute la zone euro, aux turbulences du marché. Pour preuve, Wall Street a subi hier sa plus lourde perte depuis 3 mois. Pire, l'indice de volatilité, appelé « indice de la peur » a bondi lui de plus de 34%, un pourcentage sans équivalent depuis août 2011.

Le message des marchés est une nouvelle fois sans équivoque, renchérit pour sa part le quotidien économique IL SOLE cité par EUROTOPICS : leur patience, dit-il, est à bout. Car si le pays ne cherche pas immédiatement à assainir le budget et engager des réformes structurelles, même le fonds de secours européen ne pourra préserver le pays de la méfiance de ses partenaires et de l'ire des marchés. Et d'ailleurs, rappelle de son côté le journal de Copenhague BERLINGSKE, c'est justement la raison pour laquelle, même le monde des banquiers et des courtiers, chose plutôt inhabituelle avait mis tous ses espoirs dans la coalition de gauche, plutôt que sur les deux populistes de droite, l’inoxydable Berlusconi et le comique Grillo. Seulement voilà, si l'Europe et les marchés avaient tant voulu une autorité vigoureuse à la barre de l’Italie, peut-être aurait-il mieux valu ne pas brocarder les pilotes de demain et ne pas faire semblant de vouloir les aider alors que nous ne sommes prêts à aucune concession.

Car c'est là sans doute l'autre enseignement de ce scrutin constate pour sa part le TAGESSPIEGEL : Le nord du continent redoute un sud qui ne semble plus rien représenter d'autre que la dette et la corruption, et le Sud se sent bâillonné par le nord de l'Europe, avec des exigences de réformes, dont même un enfant est capable de comprendre le sens réel : le démantèlement de l'infrastructure publique, mais aussi la hausse des taxes et des impôts. Hier, la pluie seule n'a pas fini par décourager des électeurs, qui se disaient déjà las des forces politiques. Les italiens ont aussi exprimé leur malaise face à la politique de l'impasse qui règne actuellement en Europe. Peut-être chacun devrait-il prendre la peine d'y réfléchir ce matin et pourquoi pas, justement, devant un bon plat de « spaghetti alla puttanesca ».

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