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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Comment sortir du cercle vicieux ? En Syrie, les haines sont allées si loin, qu'aucune initiative ne peut à présent échapper à la règle de la suspicion et de la méfiance. Tel est le cas, notamment, pour la disponibilité proclamée du chef de l'opposition syrienne, Moaz Al-Khatib, à dialoguer sous conditions avec Damas, dans l'intérêt du peuple syrien et pour aider le régime à partir en paix. Mais alors pourquoi, Moaz Al-Khatib, ose-t-il faire aujourd'hui ce que personne n'a fait depuis des mois, interroge LE QUOTIDIEN D'ORAN ? Est-ce la montée des djihadistes sur le terrain ? Ou est-ce la soudaine compréhension, chez une partie de l'opposition, que la guerre était entretenue de manière à ce que rien de décisif n'arrive hormis une destruction de la Syrie pièce à pièce, en clair que la crise ne peut être tranchée par les armes, ni par les uns, ni par les autres ? En définitive, peu importe de connaître les raisons cachées éventuelles, qui ont poussé le chef de l'opposition à faire son offre estime le journal. Il faut la prendre, dit-il, comme un des rares premiers gestes syriens de ce terrible conflit. Et il faut espérer que le régime ne va pas encore s'aveugler en refusant d'explorer cette proposition. Car la voie entravée de la solution politique ne fait que favoriser une guerre d'usure et de destruction systématique de la Syrie, transformée en nouvel Afghanistan pour les djihadistes. Après l'aveuglement du régime, qui a essayé d'apporter une réponse brutale à une demande de changement légitime, l'opposition syrienne s'est jusqu'à présent enfermée, à son tour, dans la recherche d'une solution militaire. Or au bout, il n'y a pas de victoire possible, il n'y a que la mort de la Syrie.

Selon un ancien diplomate français à Damas, la question ne serait donc plus de savoir si le régime doit partir ou non, mais comment. Est-ce parce qu’il sera terrassé au terme d’une guerre qui a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de Syriens, ou peut-on mettre fin à cette catastrophe en assurant à Bachar el-Assad une sortie? Si le reste de l’opposition suit Moaz Al-Khatib et se montre favorable à une transition politique négociée, alors peut-être les alliés de la Syrie, Russie et Chine en tête pourraient-ils finir par lâcher Bachar el-Assad. Toujours est-il que l’initiative du chef de l'opposition a provoqué, selon le GUARDIAN, de vifs débats au sein des comités locaux de coordination, qui organisent les combats sur le terrain et sur lesquels le chef de la CNS n'a guère de prise. Grisés par une série de victoires militaires, les rebelles sur le terrain semblent prêts à tout, sauf à accepter un maintien au pouvoir de Bachar el-Assad. Autrement dit, pour Moaz Al-Khatib, le soutien de son clan à sa proposition est encore loin d’être acquis.

Alors coup de génie ou pavé dans la mare ? Il y a quelques jours, déjà, semblant sortir de nulle part, une initiative de paix dévoilée par un journal saoudien était apparue. Un plan particulièrement précis même, avec la constitution d’un Conseil des sages qui servirait de parlement et dont les membres seraient en grande partie élus sous la supervision de l’ONU. Cet organe serait dirigé, au moins dans un premier temps, par le vice-président syrien, lequel a déjà donné par le passé certains signes d’ouverture. Et surtout, pour court-circuiter les obstacles liés aux questions confessionnelles, ces sages seraient choisis à la fois selon leur provenance mais aussi leur secteur d’activité : militaires, ingénieurs, intellectuels, paysans, etc. Sauf que le médiateur de l’ONU, Lakhdar Brahimi, ainsi que le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, se sont empressés de démentir l’existence d’un tel plan de paix. Là encore, s'agit-il d'un simple mirage, d'un rideau de fumée, interroge LE TEMPS de Genève ? Et d'ajouter, il existe pourtant bel et bien aujourd'hui une série de facteurs plutôt favorables à ce mouvement, qu'il s'agisse de l’ouverture montrée par le chef du CNS, quitte à se mettre à dos sa propre formation, mais aussi l’arrivée de John Kerry à la tête du Département d’Etat américain, le récent rapport de la commission d’enquête de l’ONU qui réclame désormais l’entrée en scène de la justice internationale, ou bien encore les succès de l’opposition armée, qui ont notamment conduit la Russie à entamer l’évacuation de certains de ses ressortissants en Syrie. Et puis l'on pourrait encore ajouter un dernier élément, l’impasse humanitaire, de plus en plus criante et qui rendra bientôt vain tout espoir de venir en aide aux millions de Syriens qui tentent de survivre au centre des combats.

En attendant de démêler le vrai du faux, le plausible du tangible, tous les journaux reviennent ce matin sur l'attentat suicide à la voiture piégée perpétré hier à Damas et qui a fait près de 60 morts, en majorité des civils, l'attentat le plus sanglant jamais commis dans la capitale titre ce matin L'ORIENT LE JOUR, attentat dénoncé aussi bien par le régime que par l’opposition.

Hier, toujours dans les colonnes du TEMPS, l'actrice exilée en France Fadwa Suleiman, racontait que la révolution syrienne avait commencé pour elle comme un rêve, avant de virer au cauchemar. Alors qu'elle désirait un soulèvement démocrate et pacifique, son rêve, dit-elle, a été souillé par l’affrontement armé. Dans un souffle ténu, elle tient à dire que la résolution de ses coreligionnaires démocrates et pacifistes restés au pays n’est pas morte. Elle veut continuer de croire en la vraie révolution, pas celle que promeut l’opposition constituée en Coalition et qui ne tire, selon elle, aucune légitimité de la rue, mais celle qui visait à bannir le sectarisme inoculé par ce même régime, à construire de nouvelles institutions et de nouvelles lois, à créer une manière de penser librement. Mais lorsque le journaliste l’interroge sur le devenir de cette majorité silencieuse, ballottée entre deux camps irréductibles, elle prend son beau visage entre ses mains : Comment les aider ? Je ne sais pas trop.

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