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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Interviewé il y a quelques jours dans une émission de télé très appréciée des italiens, le chef du gouvernement Mario Monti a avoué ne pas savoir se servir de Twitter et ne pas connaître les "Cinquante nuances de Gris". Il a soigneusement évité de s’exprimer sur le Pacs et ne s’est pas étendu non plus sur le Festival de la chanson de San Remo. Au même moment, raconte le site d'information milanais LINKIESTA, cité par PRESEUROP, un ancien comique, Beppe Grillo haranguait lui la foule près de Venise. Face à lui, des gens ordinaires, énumérant leurs problèmes et les angoisses de la vie de tous les jours. Le travail, les crèches, la maternité, les difficultés des patrons de PME. Emmitouflés dans leurs manteaux, ils étaient là, dans le froid, très nombreux, soir et matin, à l'écouter et à venir témoigner sur l’estrade. Hier encore, tandis que le "professeur" Mario Monti, costume sombre et air sérieux donnait un discours des plus sobres, l'humoriste Beppe Grillo exigeait de son côté le départ de la classe politique devant 30.000 partisans électrisés.

Et le problème, c'est que les médias dits "de référence" ont beau traiter Grillo à la manière d'un petit dictateur, comme s'il n'existait pas, le réveil pourrait bien être brutal. Et il suffit d'ailleurs pour s'en convaincre de jeter un coup d'œil aux sondages, précise LE TEMPS de Genève. "Le Mouvement 5-Etoiles" de Grillo est aujourd'hui crédité de 16% d'intention de vote contre 13,6% pour les centristes de Mario Monti. Alors bien sûr, alliés avec la coalition de centre gauche, Monti pourrait atteindre les 45%. Sauf que Grillo allié, lui, avec le centre droit de Berlusconi dépasserait les 46%. Autrement dit et si l'on ne regarde que les chiffres, le tandem Berlusconi-Grillo, aussi hypothétique et difficilement imaginable soit-il, rallierait aujourd'hui davantage de suffrages dans le pays que le duo Bersani-Monti, le seul pourtant dont parlent les quotidiens.

Voilà pourquoi, beaucoup en Italie mais aussi dans les capitales européennes observent à présent l’évolution de la campagne avec consternation, formant des vœux pour qu’il reste aux électeurs assez de conscience pour éviter de céder aux sirènes populistes. De Bruxelles à Washington, en passant par Francfort et Paris, on redoute le pire : la victoire de Berlusconi au terme d’une remontée spectaculaire, un score faramineux de Grillo, un effondrement de la gauche réformatrice et un éparpillement des voix tel qu’il ne garantirait pas de majorité stable au parlement.

En raison d'une campagne électorale ridicule, la défiance grandit vis-à-vis de l'Italie reconnaît lui même le quotidien conservateur CORRIERE : L'attention que l'on nous porte depuis l'étranger devrait nous remplir de fierté, dit-il. Malheureusement, les regards sont loin d'être tous bienveillants. Des petits indices témoignent du scepticisme et des craintes que ces élections accouchent d'une Italie ingouvernable.

Pour preuve, cette page entière consacrée à l’économie italienne, que le très britannique ECONOMIST, sur sa dernière couverture remarquée voit comme une tour de Pise en train de décrocher pour de bon. Et de préciser sachant, que la décision des italiens aura selon l'hebdomadaire un impact au-delà du pays : Aux élections, les Italiens devront choisir entre le bon, comprenez Mario Monti et le mauvais, sous entendu, Silvio Berlusconi. Et l'enjeu est de taille, car si la troisième économie de la zone euro, qui supporte aussi la plus grande dette publique ne peut pas relancer la croissance ni créer de nouveaux emplois, alors les Italiens perdront espoir et leurs voisins, eux, perdront patience.

Voilà pourquoi les commentateurs de la presse européenne jugent désormais tout à fait légitime que les gouvernements européens s'immiscent dans cette campagne électorale italienne marquée par le populisme. C'est en tous les cas l'analyse défendue par le quotidien de centre-gauche SÜDDEUSCHE ZEITUNG cité par EUROPTOPICS. Le devoir de non-ingérence dans la campagne électorale d'un autre pays est aujourd'hui totalement dépassé dit-il, à l'époque de l'interdépendance économique. Dans la campagne électorale, Berlusconi a d’ailleurs lui-même montré que cette vieille règle était dépassée en présentant Angela Merkel comme un épouvantail. L'Allemagne n'a donc même plus besoin de s'immiscer dans la campagne électorale italienne estime le journal. Elle en fait déjà partie depuis longtemps et ne pourra rien y changer, même en affichant une retenue distinguée. C'est ainsi notamment que le ministre des Affaires étrangères et d'autres politiques allemands, ont décidé dans cette situation d'exprimer leurs craintes vis-à-vis d'un possible retour de Berlusconi. Et ce n'est pas une mise sous tutelle se défend l'éditorialiste, cela revient davantage à fournir aux Italiens des informations qui leur seront demandées avant leur vote.

Tandis que les défis à relever sont immenses sur le plan économique, social et politique, ce sont donc des Italiens profondément désillusionnés qui prendront le chemin de l’isoloir dimanche prévient à nouveau LE TEMPS de Genève.

Récemment LE SOIR de Bruxelles résumait lui même le choix cornélien devant lequel sont placés les électeurs de cette caste démocratique pour le moins particulière : D’un côté, deux populistes, l'humoriste Beppe Grillo et l'homme d'affaires dans tous les sens de ce terme, Silvio Berlusconi. Et de l’autre, deux leaders raisonnables mais au charisme d’autant plus faible qu’ils tentent de le stimuler en passant par les fourches caudines de la politique spectacle, Besani et Monti. Et le journal de conclure, dans la plupart des pays européens, les électeurs ont à choisir entre la droite, généralement modérée, et une gauche en général tout aussi modérée. En Italie, en revanche, le choix paraît beaucoup plus crucial entre la raison et la folie.

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