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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

D’habitude, lorsqu'il y a un meurtre dans le quartier, cela fait deux lignes dans la presse. Mais pas cette fois-ci et je ne sais pas pourquoi, s’agacent Kevin et ses amis, assis face à leurs pinte, dans un pub poisseux de Woolwich. Kevin a 21 ans et en expert de ce quartier populaire du sud-est de Londres, raconte ce matin l'envoyé spécial du journal LE TEMPS, il ne comprend pas pourquoi le monde politique, sécuritaire et médiatique s’excite autant autour du meurtre barbare perpétré en pleine rue mercredi dernier. Car dit-il, des coups de couteau et des meurtres, il y en a régulièrement, ici à Woolwich.

La première partie de la réponse est sans doute a cherché du côté du gouvernement britannique, lequel a immédiatement traité l’affaire comme un incident terroriste, pour reprendre les mots de David Cameron lui même. Mais s'agit-il seulement de terrorisme, interroge le journal ? Et de préciser encore, si les revendications affichées des deux assassins sont clairement de nature islamiste, cet acte de barbarie ne relèverait-t-il pas plutôt du fait divers atroce de deux déséquilibrés ? C'est d'ailleurs peu ou prou l'analyse défendue par le quotidien de Rome LA REPUBBLICA, pour qui ce bain de sang, bien que dirigé contre la société occidentale aurait en revanche peu à voir avec l'islam.

Sauf que ça n'est pas exactement ce que suggèrent les dernières révélations publiées ce week-end dans la presse britannique. On y apprend notamment que l'un des suspects, étudiant d'origine nigériane de 28 ans, évoluait depuis des années dans les milieux islamistes radicaux. Elevé dans une famille chrétienne, il s'était converti à l'islam il y a une dizaine d'années déjà et il aurait aussi tenté à plusieurs reprises de se rendre à l’étranger, pour rejoindre des groupes djihadistes. Dans le quotidien de Londres THE INDEPENDENT, un imam, co-fondateur du mouvement extrémiste Les Emigrants, désormais interdit au Royaume-Uni, reconnait d'ailleurs l'avoir connu à l'époque où il venait à ses prêches.

De quoi conforter donc le gouvernement, lequel continue de traiter cet attentat comme un incident terroriste. Le problème, c'est que plusieurs journaux mettent désormais en cause les services de renseignements britanniques. L'un des meurtriers, précise THE SUNDAY TELEGRAPH avait en effet déjà été interpellé il y a deux mois, après des plaintes de commerçants contre ses prêches menés dans les rues du quartier. Et une semaine avant son passage à l'acte, son complice avait lui été aperçu distribuant des pamphlets extrémistes dans les rues de Woolwich. Et ça n'est pas tout, puisque selon THE DAILY TELEGRAPH, il avait même déjà fait l'objet d'une première arrestation en 2006, lors d'échauffourées entre extrémistes musulmans et policiers à Londres. Puis en 2010, précise THE TIMES, il avait été interpellé cette fois-ci au Kenya, alors qu'il tentait de se rendre en Somalie pour rejoindre les insurgés islamistes shebab. Information confirmée d'ailleurs hier par les autorités kenyanes. Après son interpellation, l'homme avait comparu devant un tribunal à Mombasa, la principale ville côtière kényane, au côté de plusieurs autres personnes soupçonnées d'être des islamistes. Or après quelques jours en cellule, où il avait reçu une assistance des autorités britanniques, il avait été expulsé vers le Royaume-Uni, où il était fiché sur une liste de 3 000 terroristes.

En clair, les deux meurtriers étaient connus du MI5, mais l'agence chargée de la sécurité intérieure n'a jamais considéré qu'ils puissent constituer une menace. Ils étaient sous surveillance, mais n'étaient pas considéré comme un danger immédiat. Les services de renseignement, rapporte pour sa part THE GUARDIAN jugeaient que les deux terroristes présumés étaient des figures périphériques et c'est ainsi qu'ils ne feront pas l'objet d'une enquête approfondie.

Pire, plusieurs proches de l'un des meurtriers dont son beau-frère cité par THE INDEPENDENT ON SUNDAY, et un ami interviewé par la BBC, rapportent qu'à son retour du Kenya, l'un des meurtriers, aurait même été harcelé par le MI5 qui voulait le recruter. Les services de renseignements voulaient des informations sur certains ressortissants, a notamment raconté son ami à la chaîne de télévision britannique. La chaîne qui indique d'ailleurs que ce dernier a aussitôt été arrêté après son interview.

Toujours est-il que depuis ce week-end, les renseignements britanniques sont sous pression pour expliquer comment les deux meurtriers, connus des services de sécurité ont pu échapper à leurs filets ? Les médias estiment que les suspects auraient du être identifiés avant de commettre un tel crime. Les tueurs étaient sous surveillance, alors pourquoi le MI5 n'a pas agi, se demande notamment THE DAILY EXPRESS.

Pour l'instant et face à l'émoi suscité, le gouvernement a simplement promis une enquête parlementaire pour déterminer s'il y a eu des failles de la part des services de renseignements et de la police, tout en prenant leur défense : J'ai rencontré des spécialistes de la sécurité expliquant combien il était difficile de contrôler tout le monde dans une société libre, a prévenu le ministre des Collectivités locales sur la BBC. Avant d'ajouter, il y a un monde, entre avoir des positions extrémistes et commettre un meurtre.

Quant à la police, elle a annoncé avoir arrêté vendredi un homme et une femme pour complicité de meurtre, suggérant qu’un complot encore plus important aurait pu être à l’origine de l’attaque.

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