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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

C'était en 2008, le TIMES de Johannesburg écrivait : Ce jeune homme est bien plus qu'un athlète de classe mondiale. Sa dignité, son amabilité et sa bravoure devraient en faire un héros et un modèle pour nous tous. Et de fait, à l'exception notable de Nelson Mandela, il n'y avait pas de Sud Africain plus célèbre que lui. L'an dernier, en devenant le premier sprinter amputé à concourir avec les valides aux Jeux Olympiques de Londres, il avait même fait son apparition dans le Top 100 des personnalités les plus influentes selon le magazine TIME. Et puis, l'homme le mieux habillé de l'année 2011 selon le GQ sud-africain s'affichait depuis quelques temps avec Reeva Streenkamp, un mannequin de 29 ans. Celle là-même qu'Oscar Pistorius a tué de quatre balles, hier matin, dans leur luxueuse résidence de Pretoria.

Aussitôt la nouvelle connue, on a d’abord cru que l’athlète avait confondu sa petite amie avec un voleur, qui aurait pénétré par effraction. Cette explication a été relayée par tous les médias sans exception et nombre d'entre nous, raconte ce matin la journaliste du site d'information en ligne SLATE l'ont en effet accueillie sans autre réaction que «c'est vraiment complètement fou», parce que l'histoire était sans doute trop rocambolesque pour être fausse et plus encore parce qu'il s'agit d'Oscar Pistorius, qu'on n'aime pas penser du mal de nos idoles et que cette histoire permettait de le rendre aussi innocent que possible. En clair renchérit ce matin le NEW YORK TIMES, ceux qui soutiennent Pistorius ont espéré une terrible consolation en somme, que leur héros avait tiré sur sa petite amie sans le faire exprès, par accident et par peur, dans un pays, l'Afrique du Sud, où les vols et les assassinats sont un danger permanent et où ceux qui le peuvent vivent aujourd'hui barricadés dans leurs maisons entourées de clôtures et surmontées de barbelés.

Sauf que quelques heures plus tard, la police a démenti cette version et précisé que la jeune femme aurait été victime d’une dispute. Accusé de meurtre, Oscar Pistorius a donc passé la nuit dans une cellule à Pretoria et il comparaîtra aujourd'hui devant la justice. La semaine dernière pourtant, rapporte le journal de Londres THE GUARDIAN, Reeva Streenkamp avait accordé une interview au SUNDAY TIMES sud-africain, dans laquelle elle affirmait que son petit-ami était un homme impeccable. Selon l'agent du mannequin, le couple avait même une relation seine et fabuleuse. Ironie du sort, la veille de la Saint Valentin et donc la veille du meurtre, Reeva Streenkamp avait envoyé un tweet à son amoureux. On pouvait y lire ceci : «Qu’est ce que tu caches dans ta manche, demain, pour ton amour?» La réponse, elle la découvrira 24 heures plus tard, un pistolet 9mm, avec lequel son petit ami tirera sur elle à 4 reprises.

L'homme avait-il une face sombre ? C’est la question que posent tous les journaux ce matin. Et nombre d'entre eux de rappeler, notamment, le portrait publié l'an dernier dans le magazine du NEW YORK TIMES, dans lequel le journaliste évoque le rapport de Pistorius aux armes à feu. Le sprinter lui confie qu'il a été réveillé la nuit précédente, par l'alarme de son domicile et qu'il a immédiatement saisi son pistolet pour une inspection. Fausse alerte. Pistorius emmène ensuite le journaliste dans un stand de tir. Je lui ai demandé s'il y venait souvent. Il m'a répondu : seulement quand je n'arrive pas à dormir. L'article évoque un 9 mm. Autrement dit, le même calibre qu'utilisé lors du crime qui vient de faire basculer sa vie. Le 27 novembre dernier, Oscar Pistorius évoquait déjà une éventuelle intrusion par un cambrioleur sur son compte Twitter : Rien de tel que de rentrer chez soi, d'entendre la machine à laver et penser que c’est un intrus pour enclencher le mode combat dans le garde-manger. Et de fait, le journaliste du DAILY MAIL qui lui avait rendu visite l'an dernier se souvient que rien que dans sa chambre, il avait une batte de cricket, une batte de base-ball, un revolver sous son lit et une mitraillette près de la fenêtre.

Bien entendu, toutes ces anecdotes ne suffisent pas à faire, a posteriori, de « Blade Runner », comme on le surnomme, un meurtrier en puissance. En revanche, la tragédie de la Saint Valentin devrait peut-être relancer le débat sur le port d'armes en Afrique Du Sud. Actuellement, précise ce matin LE TEMPS de Genève, les armes légales sont la première cause de mortalité des Sud-Africains âgés de 15 à 21 ans. Le taux d’homicides par armes à feu y est quatre fois plus élevé qu'aux Etats-Unis, il atteint même un record mondial, après la Colombie. Et puis la tragédie d'hier devrait également relancer les critiques à l’égard des services de police, qui n’ont pas donné suite aux plaintes de violence déposées contre Pistorius, par le passé. Dans une interview publiée en novembre dernier, une ex avait déjà menacé de faire des révélations, avant finalement de se rétracter dans une lettre de son avocat. Seulement voilà, en Afrique du Sud, la violence faite aux femmes est tellement élevée, 175 agressions sexuelles par jour qu’elle est devenue banale. Il faut un viol collectif suivi de torture, comme dans le cas récent d'une jeune femme assassinée par son ex-petit ami pour que les journaux en fassent leur une. Ou une tragédie, comme celle du coureur aux lames, ex dieu des stades.

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