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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

L’homme, que l'on dit volontiers affable est aussi réputé pour être le roi du compromis. Mais réussira-t-il encore une fois à remplir son contrat ? La méthode Van Rompuy va-t-elle, une nouvelle fois, faire ses preuves ? Les paris sont ouverts. Voilà ce que l'on pouvait lire hier matin dans les colonnes du SOIR de Bruxelles, autrement dit quelques heures seulement avant l'ouverture, pour deux jours, à Bruxelles, du sommet consacré au budget de l'Europe qui s'appliquera jusqu'en 2020. Ce matin, ceux qui avaient parié sur les talents de grand pacificateur du président du Conseil européen ont manifestement du souci à se faire. Pour preuve, la réunion s'est ouverte hier soir avec près de 6 heures de retard. Et les négociations se sont éternisées toute la nuit, en vain, puisque ce matin aucun compromis n'a encore été trouvé.

Et pourtant, l’enjeu du sommet est simple résume pour sa part LE TEMPS de Genève. Les pays de l’Union européenne traversent une crise économique et souhaitent donc réduire leurs contributions au pot commun européen. Or le problème, c'est que les chefs d’Etat et de gouvernement de l'UE ne s’entendent pas au préalable sur une question philosophique. Une première école (Grande-Bretagne, Danemark, Pays-Bas) dénonce de nombreux gaspillages des fonds publics et prêche donc pour moins de dépenses. Tandis qu'une autre (France, Pologne, Italie, Espagne) défend, au contraire, un cadre plus ambitieux et plaide à la fois pour le maintien du financement du Programme agricole commun, mais aussi du fonds de cohésion destiné aux nouveaux pays de l’UE et d’autres régions limitrophes.

Une impression de déjà vu interroge pour sa part le TIME ? Normal, puisqu'il s'agit peu ou prou des mêmes lignes de fracture qui divisent le Nord et le Sud de l'Europe pour répondre à la crise.

Alors même s'il est difficile de désigner un bon ou un méchant, c'est selon, toujours est-il que dans ce bras de fer et aussi longtemps que le budget devra être approuvé à l’unanimité, inévitablement, ceux qui ont tendance à vouloir diminuer les dépenses auront toujours a priori gain de cause. Au final, l’enveloppe budgétaire totale sera donc très probablement réduite. David Cameron, se dit d'ailleurs prêt à brandir son veto s’il n’obtient pas satisfaction. Sauf que le président François Hollande a lui aussi prévenu qu'il refuserait un compromis si le budget oublie ignore la croissance et se contente d'acter l'austérité. Car après tout, reprend LE SOIR de Bruxelles, face à l'éternelle menace de veto du Royaume-Uni, pourquoi n’entend-on jamais de menace de veto de pays qui se poseraient en avocats honnêtes de l’avenir européen, de son tissu industriel, et de sa jeunesse ? Sans compter, que l’argument des efforts nécessaires en temps d’austérité est trompeur, voire mensonger précise l'éditorialiste, car il n'est rien de plus en réalité que le cache-sexe de la somme d’égoïsmes, de petits arrangements et de discours populistes nationaux.

Pour l'instant, donc, le bras de fer se poursuit. Et à ce petit jeu, aucun des dirigeants de l'UE ne semble prêt à s'embêter avec les faux semblants habituellement de rigueur dans ce genre de sommet. Hier François Hollande a même carrément snober David Cameron titre notamment le GUARDIAN ce matin. Le président français s'est volontairement tenu à l'écart d'une réunion préalable avec le premier ministre britannique, la chancelière allemande, le président du conseil européen et le président de la commission, réunion préalable destinée à explorer les pistes possibles d'un éventuel accord. François Hollande n'a même pas daigné décrocher son téléphone lorsque Van Rompuy l'a appelé pour le convier à la réunion déplore toujours ce matin le journal de Londres. Et pour cause, le président français, dit-il, a décidé de mener avec l'Italie et l'Espagne une troïka contre la Grande Bretagne.

Ce que déplore également la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Face à la plainte du président français, selon laquelle les intérêts nationaux auraient pris la main aujourd'hui sur les intérêts européens, une remarque directement adressée au Royaume-Uni, mais aussi aux pays moins généreux dans les négociations budgétaires comme l’Allemagne, le journal de Francfort répond : Hollande ne devrait pas faire comme si les uns, épris d'altruisme héroïque ne pensent qu’aux intérêts européens, tandis que les autres sont de froids égoïstes. Tout le monde dans l’UE participe à la bataille pour la redistribution. Mais personne ne peut sérieusement imaginer que les Etats contributeurs acceptent sans broncher tout ce dont rêvent la Commission et le Parlement.

Alors comment faire ? Pour conclure un accord précise de son côté le journal officiel de Pologne DZIENNIK GAZETA PRAWNA cité par PRESSEUROP, Herman Van Rompuy doit encore trouver 30 milliards d’euros d’économies sur les 973 milliards du budget total. C’est la condition posée par Merkel et Cameron. Et depuis que la Pologne et ses voisins d’Europe centrale bloquent les coupes supplémentaires dans les fonds structurels et que la France fait de même pour la Politique agricole commune, l’administration européenne a de fortes chances d’être la prochaine victime. Les fonctionnaires européens pourraient être obligés de travailler plus longtemps, perdre leur compensation pour l’éloignement familial et voir leur cotisations-retraites augmenter. Plus encore, ils devront se passer de l’augmentation automatique de salaire au prorata du temps passé au service de l’UE. L’enveloppe demandée pour les infrastructures devrait également faire les frais de ces nouvelles coupes budgétaires.

Malheureusement écrit encore LE SOIR de Bruxelles, l’enveloppe dont on parle est faible et les pénibles négociations sur sa diminution sont dérisoires au regard des défis que ce budget pourrait relever. Voilà pourquoi le cadre budgétaire s'annonce d'ores et déjà comme un gigantesque rendez-vous manqué, dit-il. Dans une période de désespoir et de pessimisme rarement atteints sur ce continent, les dirigeants européens auraient pu, à très peu de frais, envoyer à leurs peuples un message puissant de volontarisme. Certes il y a sans doute beaucoup d’explications à ce rabougrissement d’ambition. Mais il n’y a qu’un mot, en revanche, pour le caractériser : tragique. Tristement tragique.

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