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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

A maintes reprises, il avait mis en garde contre l'usage de la violence politique qui risquait, selon lui, de mettre en danger la transition démocratique de son pays. En vain, puisqu'hier les critiques de ce leader charismatique de l'opposition auront donc fait de lui le premier mort politique de la Tunisie post-Benali.

Chokri Belaîd est parti, arraché à la vie par ceux qui précisément n'aiment pas la vie. Il est mort car il aimait son pays peut-on lire ce matin en Une du site TUNIS TRIBUNE, mort parce qu'il défendait les sans-voix, les opprimés, les brimés. Une main vendue, une main sale et une main corrompue a stoppé sa respiration. Les chiens l'ont abattu car il dérangeait, les vendus l'ont éliminé car ils n'ont pas réussi à acheter son silence et à réduire sa détermination. Il nous appartient désormais d'honorer sa mort et de continuer son combat. Que sa disparition nous unisse à jamais pour lutter contre l'oppresseur, l'infect, l'assassin, le traître et le salopard.

La haine a frappé et il ne s'agit pas d'une surprise, loin de là, précise son confrère de L'EXPRESSION. Dans ces mêmes colonnes écrit l'éditorialiste, nous avions fait part de notre inquiétude il y a de cela déjà plusieurs mois. Hier la haine a frappé et lorsque la haine frappe une fois, elle revient toujours.

Le week-end dernier, déjà, écrit la correspondante du TEMPS de Genève, des membres du parti de Chokri Belaïd avaient été la cible d’un assaut de la part de sympathisants islamistes, faisant plusieurs blessés. Régulièrement, de nombreux meetings de l’opposition sont ainsi perturbés, attaqués. Des militants, des élus, mais aussi des journalistes, des artistes, et tous ceux qui sont classés dans l’opposition laïque, sont agressés.

La veille de sa mort précise son confrère de L'EXPRESSION, Chokri Belaïd était apparue sur le plateau de la chaîne de télévision privée NESSMA où il avait accusé Ennahda, le parti au pouvoir, d'avoir donné le feu vert pour des agressions physiques contre les opposants. Alors était-ce l'accusation de trop interroge le journal ?

Quoi qu'il en soit, il faut désormais se rendre à l’évidence et convenir que la violence politique est bel et bien une réalité inquiétante de notre vécu quotidien renchérit pour sa part LE TEMPS de Tunis. Deux ans après la révolution, le constat est amer et la déception n’a d’égal que la voracité de la classe politique, obnubilée qu’elle est par une course effrénée au pouvoir. Car la sonnette d’alarme, précise à son tour le journal, avait déjà été tirée, sauf que rien n’a été fait. Le pouvoir s’est distingué par une inertie affligeante et une permissivité déconcertante conçue comme un blanc-seing accordé aux adeptes de la manière forte, pour agir dans l’impunité la plus totale. Et depuis, on assiste presque quotidiennement à des agressions contre des opposants, des journalistes, des intellectuels, des militants de la société civile et contre des sièges de partis et d’associations sans que les coupables ne soient arrêtés ou inquiétés. Ceci intrigue, non seulement l’opposition mais tous les démocrates du pays et suscite des interrogations quant au laxisme des autorités et leur peu d’empressement à appliquer la loi. Alors y a-t-il anguille sous roche ? Y a-t-il connivence entre le parti dominant au pouvoir et ces énergumènes ? Une hypothèse que plusieurs opposants n’ont pas hésité à franchir accusant du coup Ennahdha d’être l’instigateur de la violence dans le but d’intimider ses adversaires. Des accusations conclue l'éditorialiste qui font froid dans le dos, jettent de l’ombre sur le déroulement des prochaines élections et hypothèquent tout le processus démocratique.

Et pourtant, commente pour sa part le DAILY STAR, au lendemain de leur révolution, les Tunisiens semblaient promus à un tout autre destin. Car même sous le joug de la dictature, la société tunisienne paraissait plus ouverte et surtout plus encline aux principes d’égalité et de liberté. A présent, la Tunisie est sur le point de perdre tout ce qu’elle avait accompli au cours des deux dernières années. Et ce serait une honte pour cette révolution qui aura été le catalyseur du changement dans toute la région. Ce serait une honte de passer ainsi du rôle de modèle à celui de paria.

Notre printemps n'est pas un printemps d’hirondelles et de fleurs, ni de pelouses et de bourgeons commente de son côté l'éditorialiste libanais de L'ORIENT LE JOUR. C’est un printemps de débâcle et de dégel violent, de torrents de sang et de boues infâmes. Le printemps est ainsi, pourri, mais il est nécessaire au fruit.

Car ce matin, si le cœur de Chokri Belaîd ne bat plus, ses idées, elles sont intactes reprend le site TUNIS TRIBUNE. Et personne ne peut les arrêter. Elles vont fleurir et elles vont se propager partout, dit-il, jusqu'aux fins fonds de la Tunisie. Notre pays pleure la disparition d'un lion alors que les chiens continuent à vivre et à aboyer. Les lions resteront toujours des lions et les chiens des chiens. Chokri Belaîd est mort en héros, tué par des lâches : du simple exécutant, au plus grand des planificateurs. Il est mort en homme respectable et en militant conscient et consciencieux, mort pour que la Tunisie se réveille, lutte et vive !

Hier soir, le premier ministre a certes annoncé la formation d'un nouveau gouvernement, sauf qu'Hamadi Jebali n'a pas fixé de calendrier, pas plus qu'il n'a donné les noms des futurs ministres, précise pour sa part le HUFFINGTON POST. D'où les messages publiés dès hier soir sur Twitter : Le discours de Jebali est aussi bon que celui de Ben Ali, le 13 janvier, la veille de sa chute, autrement dit, trop tard.

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