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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

« Citius, Altius, Fortius », « Plus vite, plus haut, plus fort ». Décidément, depuis quelques jours, la moustache triomphante de monsieur de Coubertin doit se friser de douleur face aux innombrables efforts déployés par la planète football pour réinterpréter, à sa guise, sa fameuse maxime. Car en moins d'une semaine, c'est peu de dire que les professionnels du ballon rond auront tout fait pour nous donner le meilleur d'eux mêmes. Pour commencer, la semaine dernière l'hebdomadaire "France Football" nous révélait l'existence d'un "Qatargate" ou comment faire rimer l'attribution du Mondial 2022 avec corruption. Un peu plus tard, le PSG nous annonçait, lui, l'arrivée prochaine dans ses vestiaires d'un joueur au crépuscule de sa carrière, promu grand samaritain grâce à sa participation à des œuvres caritatives, mais dont les revenus publicitaires taxés à seulement 30% en France ne devraient pas trop grever les nobles intentions. Enfin hier, ultime coup de tonnerre, Europol, l'office européen de police basé à la Haye annonçait avoir démantelé un réseau criminel soupçonné d'avoir truqué 380 matchs de football, dont des rencontres de championnats nationaux, de Ligue des champions et de qualification pour la Coupe du monde. Au total, 425 arbitres, dirigeants de clubs et joueurs sont soupçonnés d'avoir pris part au trucage entre 2008 et 2011, le tout chapeauté par un vaste réseau criminel basé à Singapour.

Selon Europol, ces paris truqués ont généré 8 millions de profits, pour 16 millions d'euros de mises, rien que sur l'Allemagne et ils ont donné lieu à 2 millions de pots de vin. Alors ce n'est pas la première fois en réalité que la planète football est ainsi secouée par la triche, précise ce matin le site d'information en ligne SLATE. En 2010 déjà, dans son livre "comment truquer un match de foot", le journaliste canadien Declan Hill estimait que les tricheurs étaient parvenus à truquer un certains nombre de rencontres dans les plus grands championnats mondiaux. Sauf qu'à l'époque, son ouvrage avait été décrié, certains observateurs doutant même que le trucage soit aujourd'hui un problème sérieux. Car pendant longtemps poursuit l'article, on a cru que les matchs de très haut niveau et le salaire très élevé des joueurs était le meilleur rempart contre la triche. Seulement voilà, la généralisation des paris sportifs partout sur la planète a fait exploser les plafonds. En 2011, déjà, Interpol estimait que les paris sportifs représentaient une manne de 1.000 milliards de dollars, dont 70% étaient placés sur le football. Et voilà comment désormais les paris sur le foot ont plus à voir avec la Bourse et les mouvements financiers planétaires qui transitent souvent via le marché asiatique, où les paris sportifs sont d'ailleurs actuellement plus nombreux que les opérations quotidiennes à la Bourse de New York.

Comment expliquer autant de fraudes ? Et surtout comment les criminels s'y sont-ils pris pour truquer autant de matchs? Nombre de journaux détaillent ce matin, par le menu, les méthodes employées pour soudoyer les protagonistes et gagner leurs paris. Certaines sont évidentes et d'autres plus insidieuses. Première règle pour truquer un match précise notamment le HUFFINGTON POST : disposer d'un bon pécule de départ et ce pour deux raisons. La première, c'est qu'il faut évidemment parier, car sans mise de départ, pas de gain. Et puis la seconde, c'est qu'une partie du capital va à la corruption et notamment aux avances qui devront être versées aux personnalités corrompues. Car comme dans toute transaction importante, il faudra verser un acompte. Or le crime organisé d'origine asiatique dispose de cet argent. Et c'est pourquoi il a investi dans ce type de fraude à l'aide de relais criminels locaux.

Ensuite, entre le criminel d'un côté et les joueurs, les dirigeants et les arbitres de l'autre, il faut un intermédiaire. Dans son livre, Declan Hill explique notamment que c'est le plus souvent un ancien joueur de football. Bien intégré dans le milieu et appâté par le profit qu'il pourra faire sur l'opération, c'est à lui qu'il revient d'identifier les clients potentiels à la corruption. Et pour mieux corrompre, il importe notamment de connaître les faiblesses des joueurs concernés, l'essentiel étant que le joueur ait besoin d'argent. L'important est aussi de cibler un joueur influent, un leader en somme qui permettra d'entraîner d'autres joueurs dans le trucage. Ainsi toujours pour Declan Hill, il en faut au moins trois en matière de football, et pas n'importe lesquels : un attaquant, un défenseur central et le must, le gardien de but. Avantage de cette technique, il est extrêmement difficile, voire impossible de prouver qu'une équipe à mal joué à dessein. C'est efficace mais risqué. D'après les chiffres qu'il a recensés, les matchs truqués comptent deux fois plus de penalties. De quoi éveiller certains soupçons. Enfin autre technique éprouvée, privilégier les perdants. Le meilleur choix d'équipe, c'est celle qui a la certitude qu'elle n'ira pas plus loin dans la compétition. En clair, une équipe qui n'a plus rien à perdre, quelques joueurs bien choisis et le tour est joué.

Pour l'instant, une cinquantaine de personnes auraient déjà été arrêtées et emprisonnées dont 14 en Allemagne, le principal pays concerné avec la Finlande, la Hongrie, la Slovénie et l'Autriche. Au total 15 pays en Europe et 30 dans le monde sont dans le collimateur d'Europol.

Seule bonne nouvelle finalement ce matin, le slogan choisi pour le prochain mondial de foot qui se tiendra au Brésil en 2014 reste plus que jamais d'actualité : "Tous au même rythme". Un message unificateur, une véritable invitation à faire la fête, tous ensemble.

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