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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Tu es sûr que c'était ce soir ? ... Quoi ? ... Qu'il fallait attendre ... Il a dit samedi il me semble. J'ai dû le noter ... Mais quel samedi ? Et sommes-nous samedi ? Ne serait-on pas plutôt dimanche ? Ou lundi ? Ou vendredi ?

En réalité, au risque de frustrer un peu plus encore les deux héros chers à Samuel Beckett, la bonne réponse était jeudi. Le rendez vous était en effet fixé à hier. Et c'est vrai que tout le monde l'attendait ou plutôt attendait Godot, titre ce matin THE GUARDIAN, à la différence que lui est effectivement venu. Lui, c'est évidemment François Hollande, dont l'objectif poursuit le quotidien britannique, était rien de moins que de convaincre l’opinion publique de sa capacité à tirer le pays de la torpeur. Et sur ce point, tranche le journal, c’est un échec.

Il faut dire que le problème, avec ce genre de rendez-vous, concède de son côté LE SOIR de Bruxelles, c’est que l’on ne contrôle pas toujours la météo. Et qu’une dépression économique peut aussi bien gâcher un grand oral devant un parterre de journalistes, qu’une tempête de grêle ruiner une garden-party dans les jardins de l’Elysée. Or en la matière, François Hollande qui en trouvant encore la force de plaisanter disait il n’y a pas si longtemps, que « gouverner, c’est pleuvoir », a été plutôt servie pour la deuxième grande conférence de presse de son mandat, sous un ciel on ne peut plus assombri.

Tandis que le pouvoir d’achat sombre, que le chômage augmente, que la confiance manque et que l’impopularité du président de la République bat tous les records, ce nouveau grand oral intervenait en effet au lendemain d'une journée noire, qui a vu la France entrer officiellement en récession.

C'est donc dans ce contexte, alors que la guillotine menace chaque jour un peu plus de s'abattre, commente le site de la chaîne américaine CNBC que le président, devait s’atteler à un véritable "travail d’Hercule", poursuit son confrère du DAILY TELEGRAPH : Convaincre la France qu’il existe un antidote à la mauvaise ambiance qui règne en France. Or le président a beau marteler que le pire est derrière nous d’un point de vue économique et que maintes réformes sont en cours, rien n'y fait estime le correspondant du journal britannique : impossible pour François Hollande de se défaire de l’image d'un homme toujours plus isolé et démuni. Et de conclure, un an après son investiture, plus que jamais, le surnom de Flanby lui colle à la peau.

Et pourtant, face à son image de président incapable de "présider" et de "trancher" et surtout face à l’impatience des Français, force est de constater que le ton a changé et pas seulement, le vocabulaire également, note pour sa part le correspondant du TEMPS de Genève. Pour ouvrir l’an II de son quinquennat et faire repartir une économie à l’arrêt depuis cinq ans, finie la boîte à outils, François Hollande est désormais passé à «l’offensive». L'offensive, voilà en effet le nouveau mot magique du chef de l’Etat, qui veut remettre en mouvement à la fois la France et l’Europe. Et pour passer donc à cette offensive, le rêve de Hollande, sa grande idée pour l’avenir, commente ce matin le site de la BBC, c’est de proposer un gouvernement économique pour la zone euro qui se réunirait tous les mois. Une vision grandiose, commente encore ironiquement l’éditorialiste britannique, qui ne devrait pas changer grand-chose en revanche au chômage des français, lesquels devront se contenter en la matière de l’élan optimiste de leur président pour qui la tendance pourrait s’inverser avant la fin de l’année. Mais revenons à l'Europe puisque pour redonner du souffle au pays, François Hollande veut donc d’abord prendre la voie européenne et même réaliser une union politique européenne dans les deux ans.

Le problème, estime le journal conservateur de Londres TIMES, c'est que les concepts économiques du président François Hollande ne fonctionnent pas. Et de préciser, à son entrée en fonction il y a un an, Hollande prétendait disposer d'un modèle alternatif pour favoriser la croissance. Il entendait accroître les dépenses publiques, imposer davantage les nantis et renégocier le pacte budgétaire de la zone euro. Or tout le monde peut voir aujourd'hui le manque de substance de ce plan. L'économie française se caractérise par une inefficacité structurelle.

Et d'ailleurs, comment la France qui refuse l'austérité pourrait-elle être un pays pour les réformes, interroge IL FOGLIO ? Non, décidément poursuit DIE ZEIT, cité ce matin par le courrier international, le problème c'est que notre voisin est victime d’un poison paralysant, au moment précis où la stabilisation de la zone euro exige une bonne dose de réactivité. Et ce poison est un mélange de crise à la fois politique, économique, sociale et morale. En fait, c’est même tout le système serait à bout de souffle, un système où le pluralisme et les contre-pouvoirs, dit-il, ne sont que des sources de dysfonctionnement. Aujourd'hui encore, François Hollande donne l’impression de vouloir résoudre la crise systémique qui ronge le pays par l’attentisme. Il incarne l’indolence au pouvoir. Après tout, pense-t-il, la situation pourrait bien s’arranger d’elle-même. Sauf qu'à quatre ans de l’élection de 2017, l’horizon est toujours bouché et aucune force de proposition nouvelle n’est en vue. Et d'en conclure, la France risque encore d’être à la peine pour longtemps.

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