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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Ne venez pas au Royaume-Uni ! il y pleut et les salaires y sont dérisoires. Voilà, la drôle de campagne que le gouvernement britannique de David Cameron envisage de mener en Roumanie et en Bulgarie.

Pour dissuader les migrants venus de ces pays de traverser la Manche, la Grande-Bretagne a en effet prévu une série de mesures, alors certaines que l’on pourrait qualifier de tristement banales, comme le durcissement des conditions d'accès aux services publics pour les étrangers, ou bien encore l’expulsion de tous ceux qui ne trouvent pas de travail dans les trois mois après leur arrivée, et puis des mesures plus originales, dont des publicités mettant en avant les aspects les moins séduisants de la vie britannique. L'objectif clairement affiché est le suivant : corriger l'impression selon laquelle, chez nous, les rues sont toutes pavées d'or. C’est en tous les cas l’explication donnée il y a quelques jours par un ministre au journal britannique THE GUARDIAN et cité ce matin par le site d’information en ligne big browser.

Pour l'instant, cette campagne diffamatoire en est encore au stade de projet. Aucun visuel n'existe quant à la façon dont la Grande-Bretagne envisage de détruire en somme sa propre réputation. Pas un mot non plus sur les personnalités susceptibles d'incarner cette stratégie antipatriotique. Mais, d’ores et déjà, l’initiative apparaît pour le moins paradoxale note toujours le journal de Londres et notamment après les milliards de livres versés par le gouvernement à des conseillers en communication lors des récents Jeux Olympiques. Sachant que des gouvernements du monde entier dépensent des millions pour embaucher des consultants à Londres qui travaillent à l’amélioration de leur réputation et celle de leurs entreprises, il y aurait une certaine ironie à voir donc la Grande-Bretagne saccager désormais sa propre image.

Du coup, interpellé par cette curieuse initiative d'auto-sabotage, le GUARDIAN a eu la bonne idée de solliciter ses lecteurs, appelés à envoyer leurs propres affiches. Et c'est ainsi que le journal propose désormais une sélection des meilleures contributions, contributions qui illustrent, tantôt une véritable désillusion des Britanniques vis-à-vis de leur pays, dénuée de tout second degré, tantôt cette faculté inégalable, héritée d'une saine confiance en soi, qu'on les sujets de Sa Majesté à se moquer d'eux-mêmes. Alors cela va de la plus classique, du genre : "chez nous le ciel est gris huit mois par an, essayez plutôt Miami". A la plus honnête : "Venez donc nettoyez nos toilettes. La Grande-Bretagne est pleine de boulots affreux pour lesquels nous employons des étrangers. Vous êtes les bienvenus".

Autant dire que ce projet de campagne du gouvernement britannique n'a pas fait rire tout le monde en Roumanie et en Bulgarie. Si un milliardaire roumain annonçait qu’il voulait émigrer, ils le recevraient en fanfare à l’aéroport d’Heathrow, s'insurge notamment le JOURNAL NATIONAL de Bucarest. De son côté le site d'info en ligne PENSEE a décidé de riposter et de lancer à son tour une campagne pour inciter cette fois-ci les Britanniques à s'installer en Roumanie, avec ce slogan : Chez nous, la moitié de nos femmes ressemble à Kate. Et l'autre moitié à sa sœur.

Mais pourquoi le gouvernement britannique a-t-il choisi de se lancer dans un projet de campagne publicitaire aussi déroutant ? Parce que dans un an tout juste, en janvier 2014, sept ans donc après être devenus citoyens de l'Union européenne, les Roumains et les Bulgares ne seront plus soumis aux dispositions transitoires sur l'immigration. Les restrictions à l'immigration des ressortissants roumains et bulgares seront enfin levées. Et au Royaume-Uni, on s'attend donc, d'ores et déjà, à une vague d'immigration, semblable à celle de 2004, lorsque les citoyens des huit pays dits "A8", République Tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie et Slovénie ont obtenu le droit de voyager et de travailler sur tout le territoire de l'Union. Sur son site Internet, le parti pour l'indépendance du Royaume-Uni a même lancé un compte à rebours, jusqu'au jour où, ainsi que l'écrit le TELEGRAPH, 29 millions de Roumains et de Bulgares pourront venir vivre et travailler au Royaume-Uni, sans restriction.

Et pourtant, il n'y a pas de tsunami d’immigrés prévu en 2014 prévient pour sa part le journal de Cracovie NEW EASTERN EUROPE cité par le courrier international. Un simple examen des facteurs incitant à l'immigration, l'emploi, le revenu national brut par habitant et les perspectives d'avenir dans toute l'Europe laisse en effet penser que l'arrivée d'immigrants en provenance de Roumanie et de Bulgarie devrait être nettement moins importante qu'en 2004.

C'est en tous les cas ce qui ressort d'une étude récente de l'Observatoire des migrations de l'université d'Oxford, qui s'est intéressée aux effets, à long terme, du "raz-de-marée" migratoire suscité par l'élargissement de 2004. Entre 2004 et 2012, les flux migratoires de citoyens européens ont effectivement augmenté en moyenne annuelle par rapport aux six années précédentes. Sauf qu'en tant que citoyens européens, les ressortissants des pays dits "A8" représentaient 50% de ces flux, ce qui signifie que les citoyens d'Europe de l'Est n'ont compté que pour un tiers de l'immigration totale au Royaume-Uni.

Sans compter que si l'emploi est aujourd'hui l'un des principaux facteurs économiques pour les candidats à l'immigration, la récente montée du chômage au Royaume-Uni en fait aujourd'hui une destination moins prisée. Le taux de chômage est même plus faible actuellement en Roumanie qu'au Royaume-Uni. Et au regard des seules perspectives d'emploi, l'Espagne et la Grèce seraient même de bien meilleures destinations, voir la France. D'où d'ailleurs cette fausse publicité à découvrir toujours sur le site du GUARDIAN, on peut y lire ceci : « La GRAY BRITAIN (littéralement la Grise-Bretagne) est un clodo puant, humide et raciste. La France est encore pire, mais ils ont des alcools meilleurs et moins chers ».

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