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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Ce matin, je me suis réveillé au son des mortiers. Et puis il y eût des cris. Les gens accouraient. "Il y a beaucoup de corps" me disaient-ils. Au milieu de tout ce chaos, je ne comprenais pas ce qui se passait. Alors je les ai suivis. Nous sommes descendus jusqu’à la rivière. Là, il m’était impossible de croire à l’horreur de la scène qui s’offrait à mes yeux. Des corps couverts de boue et de sang, les mains encore attachées dans le dos, pour la plupart des hommes, âgés d’une trentaine d’années tout au plus et portant tous un impact de balle dans la tête. Une par une, les victimes ont été remontées de la rivière et traînées jusqu’à une école où la foule a commencé à les identifier. Les policiers avaient du mal à bouger les badauds, pour faire de la place aux cadavres. J’ai photographié la scène pendant près de 30 minutes. En voyant mon appareil, plusieurs personnes m’ont demandé de témoigner et de montrer au monde ce que Bachar el-Assad fait aujourd’hui de son peuple.

Ce mail, signé du photoreporter Thomas Rassloff a été reçu hier par la rédaction du TIME, alors que l’on apprenait la découverte d’un nouveau massacre en Syrie. Le dernier bilan n'est encore que provisoire. On parle de 78 corps repêchés dans la rivière. Mais une trentaine, au moins, n'auraient toujours pas pu être récupéré en raison des tireurs embusqués. Quoi qu'il en soit il s'agit d'ores et déjà de la plus grande exécution de masse perpétrée en Syrie depuis le déclenchement de la guerre civile, il y a près de deux ans.

Ce matin, tous les journaux décrivent donc les mêmes images terrifiantes, celle de ce volontaire déposant un corps dans un camion où gisent déjà une quinzaine de cadavres. Celle de ces corps alignés, gorgés d'eau et de sang, méconnaissables. Posés sur le sol, ils sont recouverts d'un drap bleu, un numéro est inscrit à côté de chacun d'eux. Les familles des victimes zigzaguent entre les cadavres, certains se couvrent le nez avec un mouchoir ou leurs propres vêtements pour lutter contre l'odeur nauséabonde. Seul le visage des victimes est visible pour permettre aux familles de les identifier.

Les vidéos d'activistes publiés depuis hier sur l'Internet offrent peu de détails en réalité sur l'identité des victimes, les auteurs et les circonstances de ces meurtres, précise ce matin le WALL STREET JOURNAL. La mort de certains remonte à plusieurs jours, mais la majorité ont été exécutés récemment.

Le régime les jette dans la rivière pour qu'ils arrivent dans la zone sous notre contrôle et que les gens croient que nous les avons tués, commente un combattant. De son côté précise le TELEGRAPH, le régime assure qu'il s'agit de citoyens enlevés par des groupes terroristes, comprenez des rebelles, après avoir été accusés d'être en faveur du régime. Leurs familles ont essayé de négocier leur libération, en vain et leurs corps ont été jetés dans la rivière. Ce matin, chacun des deux camps se renvoi donc la responsabilité de ce massacre. Une chose est sûr reprend le WALL SREET JOURNAL, il intervient alors même qu’aucune issue, tant sur le front diplomatique que militaire ne semble se dessiner actuellement en Syrie. Or en dépit des nombreux revers qu’il a du essuyer ces derniers mois, le régime de Bachar el-Assad est plus que jamais convaincu que le temps joue en sa faveur et qu'il vaincra les rebelles.

Signe d'ailleurs d'une déconcertante confiance en soi, entre des considérations sur je cite ses «succès militaires» contre l’opposition armée, Bachar el-Assad aurait récemment confié à un mystérieux visiteur anonyme qu'il attendait un quatrième enfant qui devrait voir le jour en mars. C'est en tous les cas ce que rapporte un journal libanais pro-hezbollah, AL AKHBAR repris par le WASHINGTON POST. Alors info ou intox ? Nouvelle démonstration de force de Bachar el-Assad ou nouvelle preuve que le couple présidentiel est décidément et définitivement coupé du réel ? Toujours est-il que si Asma el-Assad est effectivement enceinte de sept mois, cela signifie que la conception de l’enfant remonterait à l'été dernier. Or au même moment, précise le site BIG BROWSER, le bilan du conflit syrien approchait déjà les 15 000 morts, les bombardements s'intensifiaient sur Homs, un avion turc était abattu près de la frontière, les Nations unies envoyaient leur mission d'observation et Bachar Al-Assad annonçait une guerre totale contre l'insurrection. C'est donc à ce moment précis, dans le fracas des bombes et le tumulte des condamnations internationales, que le dictateur syrien et sa femme d'origine britannique, vantée quelques mois plus tôt comme "la plus fraîche et la plus magnétique des premières dames" par la rédaction américaine du magazine VOGUE auraient préparé ensemble un heureux évènement dans la suite nuptiale du palais présidentiel.

Le journaliste du WASHINGTON POST cherche alors, en vain, un exemple de chef d'Etat ayant songé à se reproduire, alors même qu'une guerre civile grondait aux portes de son palais. Et de rappeller que les chutes de régime autoritaire finissent mal en général : les familles des tsars russes ont pour la plupart été éliminées après la révolution de 1917, les enfants de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak sont poursuivis par la justice, et Mouammar Kadhafi a été tué sans autre forme de procès.

Ce matin, son confrère du TELEGRAPH rapporte pour sa part les mots entendus hier sur les lieux de la découverte du massacre. C'est une vieille dame et elle hurle par dessus la foule : "J'espère que Bachar al-Assad et toute sa famille mourront de la même manière et qu'ils disparaitront comme des chiens".

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