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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

L'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST avait donc vu juste. En publiant il y a quelques semaines une représentation de « Britannia », la personnification féminine de la Grande Bretagne en train de s'éjecter, plutôt que de s'écraser avec son avion décoré des étoiles du drapeau européen, le journal entendait représenter cette opinion croissante chez les Britanniques, selon laquelle il vaudrait mieux sortir de l’Union Européenne. Le sondage publié ce matin à la Une du TIMES semble le confirmer : si le référendum promis par le Premier ministre David Cameron était organisé aujourd'hui, 40% des personnes interrogées voteraient en faveur d'une sortie. Et si l'on extrapole le vote des 23% d'indécis, alors ce sont 53% des Britanniques, autrement dit la majorité, qui se montreraient favorables à une sortie de l'UE.

Même si personne ne peut a priori préjuger du vote des indécis, toujours est-il que cette interprétation ravira sans doute, une nouvelle fois, toute la presse populaire britannique, laquelle à l'instar du DAILY EXPRESS mercredi matin, autrement dit avant même le discours de David Cameron titrait déjà triomphalement : Le Royaume-Uni aura son référendum, mettant en avant sa victoire dans sa croisade contre Bruxelles et ses ingérences. Et nombreux sont en effet les journaux européens qui, toute cette semaine, ont applaudi le discours du premier ministre britannique.

DIE WELT en Allemagne estime notamment que les questionnements de David Cameron sont légitimes voire, libérateurs. Selon le journal, Cameron n'est pas antieuropéen lorsqu'il appelle à débattre des changements fondamentaux qui s'opèrent au sein de l'Union. Il ne l'est pas non plus lorsqu'il dénonce un appareil administratif sclérosé. Non, le Royaume-Uni suit une approche plus pratique qu'émotionnelle écrit encore l'éditorialiste avant de conclure : et cela pourrait nous faire du bien à tous. Même analyse pour son confrère belge de centre gauche DE MORGEN cité par Eurotopics : cela ne peut faire de mal écrit le journal que les débats d'habitude si soporifiques et difficiles à comprendre soient ravivés, de temps en temps, par des dirigeants se demandant si le fossé entre Bruxelles et le citoyen européen n'est pas devenu dangereusement infranchissable. Car après tout, personne ne peut pas nier aujourd'hui que les citoyens européens s'éloignent de plus en plus de l'Europe et de ses institutions renchérit de son côté la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG.

Reste toutefois à savoir, si les propos de Cameron ne confortent pas une insécurité grandissante ? Or ce n'est pas franchement ce dont nous avons besoin aujourd'hui alors que l'Europe s'efforce avec peine de se rétablir. Avec son discours, Cameron jette une ombre sur l’UE déplore notamment le quotidien d’Amsterdam DE VOLKSKRANT. Les plans de Cameron jettent de l'huile sur le feu européen, estime pour sa part le WALL STREET JOURNAL. Cameron vient de poignarder l’Europe dans le dos écrit encore LE TEMPS de Genève, pour qui le premier ministre britannique vient de plonger le continent dans l’incertitude, alors même qu’il est encore embourbé dans le marasme.

Mais faut-il seulement s'en étonner ? Le Royaume-Uni n'a-t-il pas toujours été réticent à l’égard de l’Europe ? Et le FINANCIAL TIMES notamment de préciser : tandis que la France et l’Allemagne envisagent l’Union européenne comme un projet politique bâti sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni, lui, voit sa participation au club européen en termes purement économiques. Pour les Britanniques, cette union n'a jamais été qu'une affaire commerciale, rien de plus, renchérit un chroniqueur du portail d'information lituanien IRYTAS. Les Anglais et les Ecossais, dit-il, ont toujours été des financiers dans l'âme. Alors qu'un Français pose la main sur le cœur, celle de l'Anglais se saisit d'une calculatrice. Et en calculant bien, il constate que l'UE n'est pas très intéressante pour son pays, de ce point de vue en tout cas.

En réalité et si calcul il y a, il se situe probablement à un tout autre niveau. Malgré ses pirouettes habituelles, le discours de Cameron ne trompera personne peut-on lire sur le blog EUROPP de la London School of Economics. Ce qui est en jeu ici est très simple. Son apologie cynique d'une exception britannique dans l'UE vise exclusivement à consolider sa position personnelle à la tête du parti, et éviter que les eurosceptiques ne lui prenne des voix, ce qui pourrait renvoyer son parti sur les bancs de l'opposition. D'où l'analyse d'ailleurs défendue par le FINANCIAL TIMES dans cet article à lire sur le site PRESSEUROP : Certes, Cameron s'est engagé à renégocier fermement les conditions de l'adhésion britannique, mais au final, son discours est un plaidoyer pour le maintien du pays dans l'UE. Il ne s'agirait donc selon le quotidien britannique que d'une manœuvre de funambule, destinée à contenir les revendications d'un courant de plus en plus indiscipliné au sein du parti conservateur, et en aucun cas d'une déclaration audacieuse de grand homme d'Etat.

Voilà pourquoi, une éventuelle sortie de la Grande Bretagne n’est donc a priori pas à l'ordre du jour, ni demain, ni même dans deux ans. De quoi rassurer probablement la reine d’Angleterre, elle même. Selon un rapport détaillant les paiements effectués dans le cadre de la PAC, la Politique agricole commune, il ressort en effet que la Commission européenne peine encore aujourd’hui à trouver la formule magique qui empêcherait des millionnaires de toucher des subventions agricoles issues de fonds publics. Car un certain nombre de ces bénéficiaires, presque tous des notables, ne produisent même pas une feuille de laitue précise ce matin LE TEMPS de Genève dans cet article intitulé : Quand l’Union Européenne subventionne la reine d’Angleterre. En 2010, Sa Majesté a touché 473 000 livres pour ses nombreuses propriétés. Mais après tout, les arbres fruitiers sur la propriété royale ne méritent-ils pas un petit effort de solidarité de la part de la communauté européenne ?

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