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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

C’est une scène pour le moins spectaculaire : Jugez plutôt, une tentative d’assassinat sur un homme politique, filmée en direct par les caméras de télévision et qui depuis samedi dernier fait le tour du web. La scène se passe en Bulgarie. On y voit un homme, Ahmed Dogan, le leader historique de la minorité turque, debout sur une tribune d’où il s’adresse aux délégués de son parti, le MRF, le Mouvement des droits et des libertés. En plein discours, un homme fait alors irruption sur l’estrade, en pointant un pistolet sur la tempe du chef politique. Le face à face est saisissant. Au même moment, le pistolet s'enraye, l'agresseur tente à deux reprises de le recharger. Le dirigeant du MRF réussit finalement à détourner l’arme d’un revers de la main, avant de se dissimuler sous le pupitre placé sur la tribune. Aussitôt la sécurité intervient, maîtrise l’assaillant, lynché ensuite par les délégués du parti, en furie. Avant d'être remis, le visage en sang, aux forces de l'ordre, l'agresseur est roué de coups de pieds et de poings, traîné par terre, l'un des militants du parti tentant même de lui arracher son pantalon.

Mais que s'est-il passé ce 19 janvier, à 12h21 très exactement ? Tous les journaux bulgares tentent de retracer le déroulé de ces quelques minutes dramatiques, qui selon l'expression d'un responsable du MRF ont failli faire basculer la Bulgarie dans le chaos. Seulement voilà, presque 3 jours après les faits, la presse de Sofia ne fournit toujours pas de réponse à cette question, alors même que l'ensemble de la classe politique du pays est toujours sous le choc de cet acte qualifié de grave atteinte à la démocratie. S'agit-il d'un attentat, d'une tentative d'élimination politique ou de l'acte d'un fou ? Est-ce une provocation ou une mise en scène destinée à ressouder les rangs du parti ? s'interroge notamment le quotidien populaire de Sofia TROUD . Le parquet et les services spéciaux, dit-il, nous doivent des explications. Or, ces explications précise ce matin le site du courrier international sont pour l'instant, sinon confuses du moins contradictoires.

L’attaque tout d’abord. L’agresseur était armé d'un pistolet à gaz qui s'est enrayé au moment de tirer. Aucun coup de feu n'a donc été tiré. Et d'ailleurs, si l'on en croit les experts de la police cités par le Procureur adjoint, quand bien même l'homme aurait réussi à tirer avec ce pistolet à gaz, autrement dit une arme d'autodéfense, et bien la vie d'Ahmed Dogan n'aurait pas été en danger.

L'identité de l'agresseur ensuite. Il s'agirait d'un Bulgare de 25 ans, Oktay, lui même d'origine turque et sympathisant du parti du Mouvement des droits et des libertés. Un jeune homme souffrant de manque de reconnaissance selon le ministre de l'intérieur et qui n'aurait pas voulu assassiner mais juste humilier le leader historique du mouvement. Une lettre adressée à sa mère et retrouvée à son domicile prouverait qu'il était même prêt à mourir pour changer les choses au sein de son parti. Selon le quotidien britannique THE GUARDIAN, la note indiquait qu'Oktay n'avait pas l'intention de tuer le chef du parti, mais aurait simplement voulu lui montrer qu'il n'était pas intouchable. Et voilà comment en quelques heures seulement, la version des autorités est donc passée de "tentative d'assassinat" à "hooliganisme". Ce matin, les amis d'Oktay, eux, cités dans les colonnes du journal bulgare STANDARD reconnaissent, bien volontiers, qu'il est certes fou mais pas au point de commettre un meurtre n'y même d'y songer sérieusement. Sauf que la scène a de toute évidence été préparée, planifiée. D'où leur conclusion, Oktay, disent-ils, a certainement du être payé pour créer toute cette agitation.

Enfin la cible, Ahmed Dogan, leader historique de la minorité turque, ex indic de la police secrète communiste, partenaire incontournable des gouvernements de coalition et homme politique controversé. L'homme est connu pour son style autoritaire et ses goûts de luxe. Malgré de nombreuses accusations de corruption et de trafic d'influence, il n'a jamais été condamné. Vivant retiré de la vie publique derrière les murs de sa somptueuse résidence sur les hauteurs de Sofia, il a néanmoins toujours été présenté comme un "faiseur de roi" dans la politique du pays. Quelques heures après l'incident, Ahmed Dogan est réapparu dans la salle, souriant et applaudi par les délégués, avant d'officialiser sa démission, une décision prévue depuis plusieurs semaines. Alors à l'époque, le fondateur du MRF avait expliqué sa décision par "une diabolisation" de son image qui desservirait son parti en vue des prochaines élections. Et c'est vrai que le parti a beaucoup de choses à faire oublier. Voilà pourquoi écrit le HUFFINTON POST, même si personne ne met en cause la version officielle parmi les autorités et la classe politique, certaines voix s'élèvent pour dénoncer un coup monté, une entourloupe destinée à faire oublier les casseroles judiciaires de Dogan et redorer son blason. Désormais, commente le rédacteur en chef de l'agence de presse SOFIA NEWS cité par le GUARDIAN, il passe pour un martyr. Et l'éditorialiste de préciser encore, il semble que toute cette histoire soit donc une tentative assez désespérée de se faire passer pour une victime, de rallier quelques électeurs et de renforcer les rangs du parti.

Toujours est-il que la Bulgarie a toujours eu une image détestable aux yeux de l'Europe et celle-ci vient encore de se détériorée commente pour sa part le journal de Sofia STANDARD. Cet attentat a définitivement détruit le soupçon de bonne réputation qui restait encore à notre pays dit-il. Il est toujours intéressant de constater qu'à chaque fois que des élections approchent, les législatives de l'été prochain, des choses étranges se produisent chez nous. Et les gens méfiants ne sont plus disposés à croire aux hasards. Et le STANDARD de conclure, personne n'est conscient des conséquences qu'aura l'attentat sur nous tous.

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