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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Climat de crise à la Maison Blanche. En une semaine, trois crises, rien de moins, trois scandales accablent le président Obama, aggravant de fait un climat politique déjà délétère à Washington. Alors petit retour en arrière, la semaine dernière, deux hauts responsables du Département d’Etat livraient un témoignage musclé devant le Congrès, au sujet de la tragédie de Benghazi, où quatre Américains ont été tués lors d’un raid mené par des islamistes radicaux. Pour eux, non seulement l’administration n’aurait pas pris au sérieux les menaces sécuritaires en Libye, mais elle aurait aussi tenté de couvrir le fait que l’attaque du consulat américain, en réalité une base de la CIA, provenait d’islamistes radicaux afin de ne pas altérer la rhétorique électorale d’Obama, sur la défaite d’Al-Qaida après la mort de Ben Laden. Deuxième affaire, vendredi dernier cette fois-ci, le fisc américain a reconnu avoir mené, entre 2010 et 2012, des enquêtes spécifiquement ciblées sur des groupes conservateurs du Tea Party, comprenez des groupes de l'opposition républicaine. Enfin lundi soir, l’agence de presse américaine AP dénonçait, elle, avec véhémence les écoutes téléphoniques dont ont été l’objet plusieurs de ses journalistes sous surveillance du Département de la justice.

Face à cette cascade de scandales, les républicains, précise le correspondant du TEMPS de Genève, n’ont pas manqué bien évidemment de dénoncer le laisser-aller et les manipulations de l’administration. Ils estiment que le gouvernement en a trop fait et exigent des mesures musclées. Et le problème, renchérit le site d'information REAL CLEAR POLITICS, c'est que parfois, lorsqu'il pleut sur un président, il lui faut plus qu'un parapluie pour s'abriter.

Or qu'a fait Barak Obama hier ? Il s'est dit en colère. En réalité, il a fait un peu plus que cela, puisque le président a tenté de reprendre la main en limogeant le chef de l'administration fiscale. S'agissant des écoutes téléphoniques, la Maison Blanche a annoncé un projet de loi qui inscrirait dans le marbre de la loi que les journalistes et leurs employeurs ont le droit de ne pas révéler le nom des sources à qui la confidentialité a été promise. Enfin pour prouver sa bonne foi à ses adversaires politiques qui l'accusent d'avoir essayé d'édulcorer le caractère "terroriste" de l'attentat de Benghazi pour ne pas handicaper ses chances de second mandat, le président a diffusé une centaine de pages de courriers électroniques, illustrant les délibérations internes à l'administration sur les "éléments de langage" à utiliser après l'attentat.

En clair, le président a voulu répondre à la colère légitime de la population. En revanche, écrit ce matin l'éditorialiste du WASHINGTON POST, il n'a pas réglé le problème essentiel, c'est-à-dire celui du dysfonctionnement de son administration. Pire, selon le journal, toutes les mesures annoncées hier n'étaient que des pirouettes destinées à circonscrire l’incendie. Car si l’administration d’Obama est aujourd’hui en délicatesse, ce n’est pas en raison d’un quelconque complot ourdi par on ne sait qui, conservateurs, journalistes, peu importe, non, le problème absolument rédhibitoire qui apparaît désormais aux yeux de tous, c’est bien celui d’un gouvernement paralysé par une mauvaise gestion éclatante. Autrement dit, conclue ce matin le WASHINGTON POST, ce qui devrait alerter, sinon effrayer aujourd’hui l’opinion publique, ce n’est pas la monstruosité du pouvoir aux mains de l’Etat fédéral mais au contraire, son impuissance.

Sans compter, précise son confrère conservateur du journal madrilène ABC, que dans ces trois affaires, on a surtout la désagréable impression que les services secrets américains préfèrent persécuter ceux qui gênent le gouvernement, plutôt que ceux qui représentent un véritable danger pour la société. Et d'en conclure, alors que les ombres au tableau de son mandat se multiplient, l'image du président américain se ternit de plus en plus.

Quoiqu'il en soit, pour Barack Obama, c'est vrai que ces trois alertes arrivent au pire moment, reprend le correspondant du TEMPS. Le président démocrate a en effet entamé son deuxième mandat voici un peu plus de trois mois seulement et espère encore pouvoir faire avancer plusieurs dossiers, dont celui emblématique de la réforme de l’immigration, mais aussi de la réforme du code fiscal, sans oublier la fermeture de la prison de Guantanamo. Alors ces trois derniers scandales en date risquent-ils de réduire à néant sa marge de manœuvre, pour faire aboutir des dossiers qu’il juge essentiels afin de laisser sa marque dans l’Histoire ? Autrement dit, le bilan de Barack Obama se résumera-t-il aux seuls succès enregistrés au cours de son premier mandat ?

Et d'ailleurs, le président ira-t-il seulement au bout de son second mandat ? Selon le DAILY BEAST, les Républicains commencent en effet à parler impeachment, rien de moins que la procédure qui permet au Congrès américain de destituer le Président. Or une telle procédure, écrit le journal, n'est pas impossible à imaginer, surtout si les Républicains parviennent à conserver la main sur la Chambre des représentants et à obtenir la majorité au Sénat lors des élections de mi-mandat de 2015.

Pas de quoi s'inquiéter ou se réjouir, c’est selon, nuance aussitôt THE ATLANTIC, le magazine américain qui rappelle que Bill Clinton a été menacé d'impeachment après le scandale Lewinsky, mais le Congrès n'avait pas réuni suffisamment de voix contre lui. Quant à Richard Nixon, il avait démissionné après le scandale du Watergate, mais avant que la procédure d'impeachment n'arrive à son terme. Autrement dit, si la procédure d'impeachment permet effectivement au Congrès de marquer fermement sa désapprobation, elle n'annonce pas nécessairement pour autant un chaos gouvernemental.

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