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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

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Par Thomas CLUZEL

Le majeur rageur, dressé tel un point d'exclamation a disparu. Son nouveau signe distinctif : un masque à gaz, derrière lequel s'échappent encore quelques poils revêches de sa barbe grisonnante. C'est ainsi en effet que l'artiste contestataire Ai Weiwei se présente désormais sur son compte de microblogging, pour dénoncer la récente pollution en Chine, qui depuis vendredi dernier affecte le pays dans des proportions inégalées. Tout a commencé vendredi dernier, lorsqu'un épais brouillard, extrêmement chargé en particules nocives a enveloppé le nord et l'est de la Chine, provoquant une véritable ruée de la population sur les purificateurs d'air et les masques filtrants. Dans certaines zones, la densité de ces particules dites PM 2,5, les plus dangereuses, a dépassé le seuil de 993 microgrammes par mètre cube, là où l’OMS, l'Organisation mondiale de la santé recommande un niveau quotidien ne dépassant pas les 20 particules, sachant qu’elles peuvent se fixer sur les poumons et provoquer de graves maladies respiratoires.

A Pékin, où circulent quotidiennement plus de cinq millions de véhicules, ainsi que dans plus d'une trentaine de métropoles, les habitants sont incités à rester chez eux et à éviter les exercices physiques. Lundi dernier, la télévision d'Etat elle même continuait à conseiller de ne pas utiliser de bicyclette, pour cause de visibilité restreinte, tellement restreinte d'ailleurs qu'avant hier, une usine de meubles a brûlé pendant trois heures sans que personne ne s'en rende compte, car les voisins n'ont pas distingué l'odeur de brûlé de la pollution ambiante. Une pollution sans précédent donc dans l'histoire du pays. Et il suffit de lire les commentaires postés sur plusieurs microblogs chinois pour s'en convaincre : terrifiant, inimaginable, et même post-apocalyptique.

Dans ces conditions, les autorités fréquemment accusées de sous-estimer ou de cacher à dessein la gravité de la pollution atmosphérique ont du mal aujourd'hui à masquer l’épais brouillard de particules nocives. Au point que même les journaux, sous la coupe du Parti communiste chinois commencent à présent à souligner ce point noir et à exiger des autorités davantage de transparence, tout en critiquant ouvertement les excès du rythme de développement actuel du pays.

Edifier une belle Chine commence par respirer de façon saine, titrait notamment en début de semaine LE QUOTIDIEN DU PEUPLE, l'organe officiel du Parti communiste chinois avant de s'interroger : comment mettre fin à cette pollution étouffante ?

La pollution s'accumule en Chine et le problème s'aggrave juge pour sa part le GLOBALTIMES. Le quotidien, connu pourtant pour ses positions nationalistes estime que cette nouvelle crise révèle combien le développement économique et l'urbanisation à grande vitesse de la Chine ne sont qu'un vernis. Et le journal de mettre en avant la colère des Chinois et la multiplication des appels à changer le modèle de développement du pays, en revenant, notamment, sur l'obsession de la croissance économique. Si nous continuons avec ce mode de développement sans l'ajuster écrit le journal, alors les dommages à long terme seront graves. Voilà pourquoi dit-il, les autorités doivent publier des données environnementales en toute franchise. Et de conclure, le choix entre le développement et la protection de l'environnement devrait s'exercer selon des méthodes vraiment démocratiques.

Engager le débat sur la pollution atmosphérique est absolument salutaire renchérit de son côté le CHINA DAILY. Le quotidien qui précise : en plein processus d'urbanisation rapide, il est urgent pour la Chine de réfléchir à comment mener ce processus, sans que la qualité de vie urbaine soit compromise par un environnement de pire en pire.

Autant de commentaires dont se félicite aujourd'hui le NEW YORK TIMES. Car au-delà de la souffrance endurée actuellement par les chinois, exposés à des risques sanitaires importants, la bonne nouvelle écrit le quotidien américain cité par le site d'information en ligne SLATE, c'est que la colère populaire a bel et bien réussi cette fois-ci à faire reculer la censure et a forcer les responsables du Parti communiste à autoriser la presse à publier des critiques envers le gouvernement. Même si de toute évidence, il est impossible de prétendre aujourd'hui que l'air n'est pas pollué ou que les risques pour la santé ne sont pas significatifs, les autorités de propagande seraient-elles en train de reconnaître la réalité en permettant une couverture médiatique interroge le journal ? Avant de préciser, jusqu’à présent, les médias officiels avaient une certaine latitude pour publier des critiques sur la politique environnementale, contrairement à certains sujets comme le Tibet ou Taiwan, mais pas de façon aussi profonde.

Même l'agence officielle Chine nouvelle, écrit le correspondant du MONDE à Pékin, le note elle-même : Le contrôle de la qualité de l'air est devenu un sujet chaud en Chine. Il est désormais difficile d'ignorer cette question. Et pour cause, selon la dernière étude publiée le 18 décembre dernier, la forte concentration en particules fines aura causé 8 572 décès prématurés en 2012.

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