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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Depuis 5 jours maintenant, date du début de l'opération française au Mali, le monde entier a découvert grâce à François Hollande un nouvel animal, sorte de chat doré haut sur pattes, capable de ronronner et même de miauler, mais aussi et surtout de grogner, voire, de cracher : le Serval. En revanche, certains ignorent peut-être encore la particularité ultime de ce petit félin africain : le Serval urine en effet 30 fois par heure pour marquer son territoire. Or justement, précise le quotidien d'Alger LIBERTE, pour partir en guerre contre le terrorisme au Sahel, toute seule, la France a décidé de faire l’impasse sur les résolutions onusiennes. Autrement dit, comme le Serval, elle n’a pas résisté à la tentation épidermique de revenir dans son ancien pré carré pour montrer à tout le monde qu’elle est la seule qui connaît le mieux les intérêts de ses anciens colonisés, j'ai nommé : les Maliens.

Et c'est très précisément ce que lui reproche DIE TAGESZEITUNG : En principe dit-il, il est difficile de critiquer l'utilisation d'hélicoptères d'assaut et d'attaques aériennes contre des islamistes armés. Mais le problème avec l'intervention française, c'est qu'il s'agit justement d'une intervention française. La France considère qu'elle peut faire ce qu'elle veut en Afrique, sans aucune concertation. Et pourtant, on aurait pu penser qu'un gouvernement de gauche mènerait une autre politique en Afrique, mais c'était sans doute trop demander ironise encore le quotidien qui déplore je cite un colonialisme de gauche. Et d'ajouter, la France a beau prôner haut et fort une Europe unie, elle fait une fois de plus cavalier seul.

En clair, en intervenant au Mali, François Hollande a donc pris un risque écrit son confrère de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Mais c’est un risque qu’on ne doit pas le laisser assumer seul estime le quotidien de Munich. Non seulement une force internationale opérationnelle, constituée surtout de pays de l’Union africaine doit être mise sur pied, mais la France a en outre besoin de l’aide militaire de ses alliés européens. Voilà des mois que l’Union européenne discute du problème malien avec un succès si maigre qu’il fait rougir et ce alors que la même Europe souffre déjà du réseau terroriste islamiste qui s’est implanté en Afrique du Nord. Ce qui se passe de l’autre côté de la rive de ne peut donc laisser personne indifférent, ici, car il ne s’agit pas de l’arrière-cour crasseuse de l’Europe, mais de son voisinage.

"Où est l'Europe? interrogeait d'ailleurs encore récemment DIE WELT. Les deux journaux ont manifestement été entendu puisqu'hier, l'Allemagne, de manière pour le moins inattendue peut-on lire ce matin sur le site du SPIEGEL a offert son appui aux forces françaises. Notre pays ne laissera pas la France seule dans cette situation difficile a notamment précisé le porte-parole du ministère des affaires étrangères. Berlin s'est dit prêt à fournir des avions-cargos ainsi que du personnel médical, mais a d'ores et déjà exclu en revanche d'envoyer des soldats au Mali.

Pourquoi cette proposition inattendue ? Tout d'abord, la France et l'Allemagne célébreront dans quelques jours à peine le 50ème anniversaire de la signature du traité d'amitié franco-germanique. Et puis Berlin ne veut probablement pas avoir à essuyer de nouvelles critiques sur son attentisme, comme ce fut le cas lors de l'intervention en Libye en 2011.

Reste que la proposition de l'Allemagne d'aider la France est un exercice périlleux estime toujours DER SPIEGEL, car même si Berlin n'envoie pas de troupes au sol, son implication au Mali est porteuse de risques, puisqu'en aidant la France elle se place de facto dans le camp de ceux qui ont choisi de faire la guerre aux islamistes radicaux, avec les risques de représailles que cela comporte. Et c'est d'ailleurs l'analyse défendue également par son confrère britannique THE INDEPENDENT : l’intervention au Mali risque de renforcer dit-il le discours islamiste radical sur une attaque de l’Occident contre l’islam.

D'où cet autre questionnement : Pourquoi le Président Hollande s'est-il subitement transformé en chef de guerre, lui qui a promis la paix à ses électeurs et le retrait des troupes d'Afghanistan s'interroge la FRANKFURTER RUNDSCHAU. On peine même à le reconnaître juge pour sa part la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG.

Jusqu’alors, beaucoup se gaussaient de la mollesse diplomatique supposée de François Hollande et gardaient en mémoire le souvenir du camouflet que lui avait infligé Nicolas Sarkozy l’été dernier rappelle de son côté LE TEMPS en Suisse. Alors que le président se reposait au fort de Brégançon, son prédécesseur Nicolas Sarkozy prenait lui-même l’initiative d’appeler le chef du Conseil national syrien, soulignant ainsi cruellement l’attentisme qu’il prêtait au nouveau locataire de l’Elysée. Alors a-t-il voulu, au sens propre comme au sens figuré, ouvrir un autre front, détourner l’attention alors que des centaines de milliers de personnes défilaient à Paris le week-end dernier contre son projet de mariage et d’adoption pour tous? Ce serait sans doute admet le journal faire injure au sens des responsabilités de tout dirigeant.

Reste que si Nicolas Sarkozy avait déclenché la guerre en Libye, l’histoire retiendra donc que François Hollande aura lui guidé la bataille au Mali. Désormais, Flamby est véritablement le chef des armées renchérit le journal de Beyrouth L'ORIENT LE JOUR. Flamby a donné des ordres dit-il. Flamby a tranché. Et Flamby va même présider des funérailles nationales de soldats morts sur le champ d’honneur pour la France. En quelques jours seulement, il a rappelé à ses compatriotes d’abord et au monde ensuite, que la France, sans triple A et sans Depardieu, n’est pas morte. Il vient surtout de se rappeler au bon souvenir d’un homme contre lequel il se bat, de près ou de loin, depuis des décennies ; un homme dont il n’a eu de cesse, depuis son arrivée à l’Élysée de discréditer au quotidien ; un homme auquel désormais, pourtant, il ressemble étrangement ; un homme qu’il a dû prendre en modèle : un certain, Nicolas Sarkozy.

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