LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

"Cela ne peut pas continuer". Voilà ce que l'on pouvait lire déjà en Une du TELEGRAPH de Belfast le 3 décembre dernier. Et plus d'un mois après, force est de constater que l'appel du journal n'a pas été entendu. Nuit après nuit, les incidents se multiplient. Hier soir précise le NEW YORK TIMES, des loyalistes protestants armés de briques, mais aussi de haches et de marteaux ont à nouveau attaqué les forces de l'ordre nord-irlandaises. Chaque soir, dans les quartiers de l’est de la capitale d’Irlande du Nord, les Land Rovers blindées de la police sont canardées de pierres, de bouteilles et de barrières. De quoi rappeler au correspondant du TIMES, les jours sombres de la période dite des Troubles entre unionistes protestants et républicains catholiques. En un peu plus d'un mois, cent quatre personnes ont d'ores et déjà été arrêtées et soixante-deux policiers blessés.

A l'origine de ces violences figure la décision hautement symbolique prise par le conseil municipal de Belfast de ne plus faire flotter le drapeau britannique sur le fronton de l'hôtel de ville que certains jours de l’année et non plus en permanence. Or ce mercredi, justement, correspond à l'un de ces jours particuliers. Pour la première fois depuis un mois, le drapeau britannique sera donc à nouveau hissé aujourd'hui pour marquer l’anniversaire de la duchesse de Cambridge, Kate, l’épouse du prince William, fils aîné de l’héritier de la Couronne britannique. Mais sera-ce suffisant pour calmer la colère des manifestants ? Rien n'est moins sûr. La SÜDDEUTSCHE ZEITUNG estime même que l'Irlande pourrait à nouveau connaître le scénario du pire, celui des violences et des représailles qui ont rythmé son quotidien durant 30 ans.

Bien sûr, vu de l'extérieur, on pourrait croire que les Irlandais du nord sont devenus fous, estime pour sa part DIE TAGESZEITUNG. Le problème, c'est que derrière le symbole nuance THE GUARDIAN se joue une autre guerre. L'enjeu ne se limite pas en effet au choix d'un simple pavillon. Non si le vote sur le drapeau a provoqué une telle éruption de rage poursuit son confrère du TELEGRAPH, c'est parce que beaucoup de loyalistes le considèrent comme le point culminant d'un assaut républicain incessant sur leur identité. Même analyse ce matin du LA TIMES. Ces manifestations dépassent largement les simples passions autour de la question du drapeau. Les émeutiers, pour la plupart de jeunes protestants issus de la classe ouvrière ont le sentiment de n'avoir rien gagné avec la paix. Ils sont les représentants d'une génération perdue peut-on lire dans cet article de l'INDEPENDENT publié sur le site du courrier international, une génération restée largement à l'écart d'un processus de paix qui a pourtant amélioré l'existence de presque tous leurs concitoyens. S'ils jettent des pierres aujourd'hui, c'est parce qu'ils ont le sentiment de ne pas avoir de place dans la société actuelle, sont animés d'une profonde rancœur à l'égard d'un monde qui change et s'estiment lésés par la politique menée actuellement par les nationalistes catholiques. Mais si les unionistes ont perdu leur majorité au conseil municipal de Belfast, et par voie de conséquence le vote sur le retrait du drapeau, c'est essentiellement à cause du déclin constant de la population protestante reprend le GUARDIAN. Selon le dernier recensement de 2011, la part de la population protestante a chuté de 53 à 48% en 10 ans, tandis que le pourcentage de catholiques s'élève désormais à 45%, en hausse de 2%.

Autrement dit, alors que la plupart des protestants et des unionistes sont véritablement attachés au drapeau de l'Union Jack, les jeunes émeutiers encapuchonnés eux n'y voient en réalité qu'un prétexte pour semer le trouble et se livrer à ce qu'on appelle ironiquement ici des "émeutes récréatives". Et le journal de décrire ces émeutiers, pour la plupart au chômage, comme des spécimens pathétiques sous l'emprise de l'alcool ou de la drogue. Voilà pourquoi précise LE TEMPS en Suisse, les affrontements de ces dernières semaines n’ont donc rien à voir avec la guerre civile au cours de laquelle 3500 personnes ont trouvé la mort. Depuis les accords du Vendredi-Saint, la lutte armée a d'ailleurs cessé. Mieux encore, depuis 2007, un gouvernement de coalition durable est en place, qui marque le partage du pouvoir entre républicains et unionistes. Mais il n’en reste pas moins que sur fond de chômage, de nouveaux groupuscules paramilitaires voient le jour depuis quelques années. Et même s'ils ne représentent qu’eux-mêmes, ils n’en causent pas moins des dégâts.

D'où l'éditorial du TELEGRAPH de Belfast : La grande majorité des gens en Irlande du Nord ne veulent pas de cette violence écrit le journaliste. Ils ont enduré trop de choses. Ceux dans les rues n'ont probablement pas tiré les leçons du passé, mais le reste d'entre nous, oui.

Et le site MYEUROP de conclure ce matin, les évènements de ces dernières semaines marque le retour des violences dans une ville pourtant largement pacifiée depuis plusieurs mois, notamment grâce à son nouveau musée grandiose sur la construction du Titanic qui attirait jusque là de nombreux touristes, permettant à la ville de se défaire donc peu à peu de son image guerrière. Du moins, jusqu'au naufrage de ces derniers jours.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......