LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Dans ses vœux de bonne année, voilà ce qu’écrivait il y a une semaine, jour pour jour, LE JOURNAL DE BANGUI : Nous espérons que seul le Seigneur pourra apporter des réponses, à tous ceux qui se posent encore des questions sur notre avenir. Et c'est vrai renchérit son confrère burkinabé L'OBSERVATEUR PAALGA, on imagine que François Bozizé doit être en effet en train de lire et de relire la Bible sous toutes ses coutures, non seulement parce que le pasteur évangélique qu'il est y trouvera peut-être le réconfort dont il a besoin, mais plus encore parce que le président de la République Centrafricaine doit également se demander si cette mise en garde de Jésus à l'un de ses disciples ne s'appliquera pas à lui : "Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée".

Et de fait reprend ce matin LE JOURNAL DE BANGUI, deux batailles semblent à présent se dessiner dans la crise qui secoue la Centrafrique : La bataille de Damara ou celle de Libreville. Damara tout d'abord, car c'est aux portes de cette ville, considérée comme le dernier verrou avant la capitale, Bangui, que se trouvent actuellement les rebelles du Séléka. Et puis Libreville ensuite, car c'est là, au Gabon, que les délégations du pouvoir, de l'opposition et des rebelles sont censées se retrouver aujourd'hui pour l'ouverture de négociations.

Damara d'un côté, Libreville de l'autre. En tout état de cause la bataille de Bangui, elle n'aura pas lieu, du moins pas tout de suite précise pour sa part LE TEMPS en Suisse. Car même si jusque là les rebelles n'ont eu à affronter qu’une armée en débandade, la situation s’est légèrement compliquée depuis que les pays d'Afrique centrale ont averti qu'ils s'opposeraient à une avancée des rebelles sur la capitale. Pour les dirigeants de la région, entériner le départ du pouvoir de Bozizé comme l’exige la rébellion reviendrait en effet à montrer le mauvais exemple. L'heure semble donc plutôt au dialogue. Reste toutefois à savoir dans quelle mesure chacun des deux camps sera disposé à transiger.

Pour l'instant reprend LE PAYS cité par le courrier international, on peut dire que François Bozizé est plutôt chanceux. Grâce à la réaction des troupes d’Afrique centrale et d’Afrique du Sud, il sauve momentanément son pouvoir. Mais il est des signes qui ne trompent pas sur la détermination du président centrafricain à s’accrocher au pouvoir précise le journal. Bozizé a activé une jeunesse dite patriotique et même fait appel aux disciples de sa confession religieuse pour lui venir en aide. Ce qui n'est pas sans rappeler le scénario ivoirien, avec Laurent Gbagbo, ses jeunes patriotes et ses évangélistes. Un cocktail extrêmement dangereux, dont l’explosion a donné les résultats que l’on sait : une guerre civile post électorale avec des milliers de morts. Par cette attitude très aventuriste, Bozizé laisse donc percevoir une croyance ancrée en certains dictateurs : celle d’avoir été choisi par Dieu, pour présider aux destinées de la Centrafrique. Et c'est d'ailleurs ce que lui reproche la rébellion : On ne peut pas proposer un gouvernement d’union nationale, et dans le même temps armer les jeunes de machettes.

Reste toutefois que la solution du canon est sans doute une solution paresseuse. Et quand elle confine à l’idolâtrie, elle peut conduire à un suicide collectif. Voilà pourquoi estime le site d'information en ligne FASOZINE, le général François Bozizé ne semble avoir d’autre choix que de boire le vin de la rébellion jusqu’à la lie. Et on est même tenté de dire que c’est bien fait pour lui. Car, arrivé lui-même par les armes, il n’a presque rien fait pour briser le cercle vicieux d’un Etat mal gouverné et dont les ressources minières sont en proie à la convoitise de groupes armés prêts à tout pour conquérir le pouvoir central. C’est donc en toute logique que les rebelles, aux portes de la capitale, n’hésitent pas à réclamer la tête du président. Mais est-ce la solution qui convient le mieux à la Centrafrique interroge l'éditorialiste ? Certainement pas. Gâté par dame nature qui a doté son sol de forêt et son sous-sol de ressources minières très convoitées, ce pays n’a jamais eu la chance de tirer profit de ces richesses qui apparaissent plutôt comme la source de ses malheurs. Depuis le règne ubuesque de l’empereur Bokassa, la Centrafrique n’a pas réussi à prendre le train de la démocratie ou tout au moins d’une gestion saine, paisible et génératrice de développement pour tous. Loin d’être une panacée, l'avancée de la rébellion constitue donc un coup d’arrêt qu’on peut se consoler de qualifier peut-être de moindre mal ou de mal nécessaire.

Le problème, c'est qu'en Centrafrique, l'histoire est un éternel recommencement. Depuis des années, cette région d’Afrique est un vaste terrain de jeu pour rébellions peut-on lire sur le site SLATE AFRIQUE. Mais ses élites ont aussi grandement contribué au chaos général qui s'est concrétisé par l'existence de quatorze rébellions recensées, ce qui n'est pas loin d'être un record mondial. Or le peuple centrafricain aspire lui à une paix durable, permanente renchérit l'éditorialiste du journal de Ouagadougou LE PAYS. Le problème qui se trouve au cœur de ces rébellions à répétition est celui de la gouvernance démocratique. Et le plus troublant, c’est que le pouvoir de Bangui n’établit aucune connexion entre paix durable et démocratie.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......