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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Béret et baguette, tout y est, jusqu’à la marinière, remise récemment au goût du jour par Arnaud Montebourg pour vanter les mérites du made in France. Sauf que cette fois-ci, l’homme déguisé ainsi en caricature de Bidochon franchouillard n’est autre que le président des Etats-Unis, himself, Barak Obama. Une fois n’est pas coutume, l’hebdomadaire britannique THE ECONOMIST n’aura donc pas fait dans la dentelle cette semaine. Tout le monde y passe, y compris le président républicain de la Chambre des représentants, affublé pour l’occasion d’un superbe costume traditionnel bavarois. Et pourquoi brocarder ainsi les deux principaux protagonistes ayant récemment croisé le fer, jusqu’à s’entendre mardi dernier sur un compromis dans le litige budgétaire américain, tout simplement parce que selon le magazine britannique, L'Amérique aurait viré européenne.

Et l'hebdomadaire économique libéral de préciser : L'accord obtenu aux Etats-Unis a certes dissipé les sombres nuages qui s'étaient amassés sur l'économie et la confiance des investisseurs. Mais à presque tous les autres égards, cet accord est totalement insuffisant, car il ne satisfait même pas les attentes minimales. Il repose sur une politique d'austérité à court terme, sans lutter contre le niveau de la dette à long terme. L'accord ne prévoit en effet ni réforme fiscale, ni réforme légale. En clair, la politique n'est pas parvenue à s'attaquer aux éléments centraux du mur budgétaire.

Et de fait, à l'exception notable du journal de Rome, LA REPUBBLICA, lequel se félicite qu'avec son impôt sur les riches, le président Obama triomphe sur la politique néolibérale et de l'espoir qu'une politique de gauche parvienne à endiguer l'actuel cercle vicieux dettes-austérité-chômage, la plupart des commentateurs jugent insuffisants l'accord obtenu entre Démocrates et Républicains et entrevoient déjà le prochain round de la dispute budgétaire. Le sempiternel bras de fer entre démocrates et républicains est absurde et puéril critique notamment le journal de Vienne DER STANDARD cité par le site Eurotopics. Dans le litige budgétaire américain, ils se comportent comme des adolescents gorgés de testostérone écrit le quotidien de centre gauche. Ils ont fait la course vers l'abîme, selon le mot d'ordre : le premier qui freine a perdu. Le compromis sur lequel les négociateurs du Sénat se sont entendus à la Saint-Sylvestre aurait été possible il y a dix jours, voire même il y a un mois. Voilà pourquoi la fin de la dispute n'est que l'avènement de la prochaine.

Cet accord est un bref compromis plutôt qu'une réussite car le prochain bras de fer politique est déjà à prévoir analyse à son tour la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Alors bien sûr, dans son optique politicienne bornée, Obama peut s'estimer heureux. Il a atteint son objectif, à savoir l'augmentation pour la première fois depuis deux décennies des impôts pour les plus riches. Sans compter qu'il est parvenu à faire avaler cette couleuvre aux républicains, sans avoir à effectuer de vastes coupes. Et pourtant, on peut se demander s'il ressortira vainqueur sur la durée nuance son confrère suisse NEUE ZÜRCHER ZEITUNG. La responsabilité d'Obama en tant que chef d'Etat consisterait à préparer la nation à ce qu'elle ne peut plus se permettre à l'avenir. Or à la place, le président américain préfère présenter la question de la dette de manière populiste, comme un conflit entre les citoyens normaux et les riches.

Voilà pourquoi, à la différence de l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST pour qui cette semaine l'Amérique vire européenne, le journal conservateur de Madrid LA RAZON estime à l'inverse que le président américain a appliqué à son pays une méthode de sortie de crise en tous points contraire à celle promue par Merkel en Europe. Même analyse pour le NRC HANDELSBLAD de Rotterdam cité ce matin par Presseurop. Non seulement, dit-il, les négociations pour éviter une crise budgétaire montrent à quel point la politique américaine est court-termiste, mais elles montrent aussi qu'en dépit de sa gestion controversée de la crise de l'euro, la chancelière allemande, elle, est assez sage pour défendre des solutions de long terme. Pour braver le supposé “mur budgétaire”, les meilleurs politiciens de Washington n’ont pas réussi à trouver mieux qu’un accord rudimentaire et minimaliste, ce qui prouve que les États-Unis ne cherchent pas réellement à résoudre leur déficit budgétaire sur le long terme. Et la raison principale de cet échec n’est pas le clivage entre les partis politiques. Quel que soit leur camp, les Américains ne prennent tout simplement pas au sérieux la santé financière de leur pays. Comment expliquer autrement que le seul moyen de faire accepter aux politiciens de Washington quelques mesures modestes d’austérité budgétaire était de les convaincre qu'ils devaient s’attendre à davantage d’austérité s’ils refusaient de prendre une petite dose du remède budgétaire dès maintenant. Si Barack Obama et le Congrès souhaitaient réellement résoudre le problème du déficit budgétaire aux Etats-Unis, ils se seraient empressés de sauter par dessus le dit “mur budgétaire” pour assumer les restrictions budgétaires et les hausses d’impôts, au lieu de marchander sans relâche pour essayer de le contourner.

Cette situation est donc à l’opposé de ce qui se passe en Europe, où Angela Merkel est la première à monter au créneau pour imposer une discipline difficile à avaler dans l’immédiat, mais qui promet des bénéfices à long terme. Et le journal de reprendre à son compte la célèbre formule quand il s’agit de traiter de la santé budgétaire sur le long terme : “les Américains viennent de Mars et les Européens de Vénus”. Contrairement aux Européens, les Américains cherchent à appliquer un cataplasme sur une jambe de bois. Et l'article de conclure, les investisseurs doivent noter que 2013 sera probablement l’année où les marchés commenceront à se rendre compte que “le peuple venu de Vénus” est sur la bonne voie, alors que les “Martiens” ont tort.

Quoi qu'il en soit, voilà qui laisse sans doute déjà augurer d'une nouvelle prouesse technique pour les maketistes britanniques de l'hebdomadaire THE ECONOMIST, avec un Barak tout vert et une Angela promue déesse de l'amour.

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