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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

En cette fin d'année, l'heure est évidemment au bilan, les journaux en raffole, mais aussi aux projections y compris les plus sordides comme celles consistant, par exemple, à dresser la liste des morts attendues en 2013, liste non exhaustive, mais déjà bien fournie qu'il s'agisse d'Hugo Chavez, de Fidel Castro ou de Mandela, voilà pour le trio de tête, sans oublier bien entendu la nécrologie qui occupe depuis quelques années déjà les tiroirs de toutes les rédactions, celle d'Ariel Sharon.

Certains d'ailleurs n'hésitent pas à jouer les oiseaux de mauvais augure pour régler au passage quelques comptes personnels, surtout lorsqu'ils sont sonnants et trébuchants. En témoigne la dernière une de CHARLIE HEBDO. L'hebdomadaire, condamné ce mois-ci à verser 90 000 euros de dommages et intérêts à Siné pour rupture abusive de leur collaboration en 2008, l'hebdomadaire montre cette semaine un Siné, atteint d'un cancer, sous perfusion au champagne, sous le titre "Bonne année, Siné ! Et surtout, la santé".

Et puis au jeu des chroniques d'une mort annoncée, il arrive, parfois, qu'une feuille morte tombe un peu trop tôt du marronnier. Et c'est précisément ce qui est arrivé hier au pourtant réputé hebdomadaire allemand DER SPIEGEL, lequel a publié par erreur la notice nécrologique de l'ancien président américain George Bush. L'article nécrologique, qui était inachevé, s'est retrouvé sur le site internet de la publication pendant quelques minutes avant d'être remarqué par des internautes, puis retiré. D'où cette note surréaliste à lire ce matin en une du site, note adressée non pas au principal intéressé mais aux lecteurs du journal, en raison d'un problème technique, une notice nécrologique a été publiée par erreur. Nous tenons sincèrement à nous en excuser et nous efforcerons à l'avenir de faire en sorte que le problème ne se reproduise pas.

Non content d'apprendre sa mort par voie de presse, l'ex président américain dont l'état de santé ne cesse de s'améliorer puisqu'il a quitté samedi l'unité des soins intensifs où il se trouvait depuis quelques jours, George Bush aura qui plus est été heureux sans doute de lire la description que faisait de lui le correspondant new-yorkais de l'hebdomadaire. Le 41ème président des États-Unis était dit-il un politicien terne, dont l'image s'est seulement améliorée lorsqu'elle a pu être comparée à celle de son fils.

En revanche, j'ai vérifié pour vous ce matin, aucune nécrologie de Madame Clinton, la secrétaire d'Etat américaine hospitalisée hier n'a encore été publiée. Et c'est heureux pour les Américains déjà sous le choc, comme le titrait la semaine dernière le HUFFINGTON POST, sous le choc après la mort, la vraie celle-ci d'un étudiant, photographe reporter, puis professeur et accessoirement, super-héros à ses heures perdues, Peter Parker, alias Spiderman. Le numéro 700 du célèbre Comics américain paru aux Etats-Unis mercredi dernier est en effet à marquer d'une pierre blanche. Après 50 ans de bons et loyaux services, l'Homme Araignée est mort, une mort glorieuse d'ailleurs, puisqu'il est tombé sous les coups de Docteur Octopus, l'un de ses plus fidèles ennemis. Mais que les férus de comics se rassure, la mort de Peter Parker ne signifie pas pour autant la fin de la série car l'esprit de "Doc Oc" va désormais investir le corps de Spiderman et l'incarner. Après tout, chez les Super-héros, mourir et ressusciter est presque monnaie courante. Et puis s'il s'agit là du changement le plus sismique dans l'histoire des Super Héros, il devrait aussi faire revenir les fans dans les boutiques de comics pour une nouvelle série à coup sûr passionnante. Business is business. La série se poursuivra donc, sous un autre titre, Superior Spiderman, avec un méchant dans le rôle-titre. Et bien entendu, comme on dit au cinéma, toute ressemblance avec la famille Bush, père et fils, serait purement fortuite.

Reste que la mort de l'homme araignée n'en demeure pas moins symptomatique, peut-être, d'une époque, car l'originalité de la série, qui explique en grande partie son succès, aura été de montrer les faiblesses d'un super-héros. Mais que l'on se rassure, la relève semble désormais assurée grâce à la métamorphose d'un autre héros des temps modernes, j'ai nommé James Bond, lequel a beaucoup changé écrit le quotidien de Stockholm SVENSKA DAGBLADET. James Bond version 2012 n'est plus dit-il l'homme rugueux qu'il était auparavant, bien qu'il gère encore les explosions et les attaques mieux que les sentiments. Qui aurait pensé qu'un James Bond en dise autant sur notre époque ? Dans la société moderne, il n'y a plus de place pour les machos. Et c'est une très bonne nouvelle estime le journal. Une sorte de cadeau de fin d'année pour tout le monde. Le mâle dominant tire enfin sa révérence et se retire dans sa tanière. C'est dans l'ordre des choses. Car le monde continue de progresser et tente au moins de s'améliorer.

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