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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Comment y échapper ? Comment échapper à la fin du monde, la fin du monde dans vos journaux tout d'abord et puis surtout, comment échapper à la fin du monde tout court ? Pour tous ceux qui n'auraient pas pris leur précaution, à l'instar de ce chinois qui s'est construit son abri apocalypse perso, une arche de Noé sphérique de 15 mètres de haut précise le CHINA DAILY, à tous ceux que les inondations, les radiations, les collisions et autres joyeusetés de ce 21 décembre feraient peur, je vais tenter ce matin de les rassurer, ou pas.

Et pour commencer, quel meilleur remède contre les prédicateurs de tout poil qu'un bon vieux film scientifique ? La NASA, la très sérieuse agence spatiale américaine est tellement convaincue que l'apocalypse ne se produira pas, qu'elle a jugé bon de préparer une vidéo, nous expliquant en substance pourquoi non, je vous assure, Houston, nous n'avons pas de problèmes. Initialement, cette vidéo était censée n'être diffusée que demain, sur le mode : si vous regardez ce film, et bien c'est que le monde ne s'est pas terminé hier. Et puis finalement, pour être certaine de pouvoir désamorcer les réactions incontrôlables de ses concitoyens, suicides, vagues de panique, construction d'abris antiatomiques et autres actes désespérés, la NASA s'est tout de même résolue à publier sa vidéo avant le jour d'après. Et l'exercice se révèle plein de leçons, précise le site d'information en ligne SLATE. Sur un ton extrêmement sérieux, la voix off s’attaque à deux des principales causes de fin du monde réellement possibles : la collision avec un astéroïde d'une part et l’activité du soleil d'autre part. Dans le premier cas, la Terre exploserait sous l’impact et dans le second elle se consumerait. Et pour nous démontrer qu’aucune rencontre avec un objet céleste n’est programmée pour le 21 décembre, la NASA déclare que les observations des scientifiques ne montrent aucun danger. Et puis, et c’est sans doute le meilleur moment du clip, la voix off, sans changer de ton, indique qu’il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’appeler le gouvernement pour s’en convaincre. Il suffit de sortir de chez soi et de regarder le ciel. Si un astéroïde géant devait heurter la Terre aujourd'hui, il serait déjà l’objet le plus gros et brillant visible dans le ciel.

Mais imaginons que pour vous protéger, ou pour ne pas voir la fin, toute proche, vous ayez tiré tous les rideaux de chez vous? Comment dès-lors vous rendre compte que le ciel n'est pas en train de vous tomber sur la tête ? Vous pouvez d'ores et déjà remercier cet écrivain mexicain, cité ce matin par le courrier international, lequel est allé pour vous arpenter le pays maya, à la rencontre d'archéologues et de spécialistes de l'épigraphie. Or quelles conclusions tire-t-il de son enquête ? Que la vision du monde des Mayas n'envisage pas de fin, car ce qui disparaît, réapparaît d'une manière ou d'une autre. Mais alors, d'où vient donc cette "apocalypse maya" ? Le 21 décembre 2012 précise le quotidien de Mexico REFORMA, ce 21 décembre marque la fin du 13ème B'aktun , un cycle de 144 000 jours. Et en effet, la fin de ce cycle est inscrite sur le monument du site de Tortuguero, mais rien n'indique qu'un 14ème B'aktun soit impossible. Autrement dit, tout indique que ce 21 décembre, le monde continuera comme avant. Et que les seuls finalement à être menacés d'extinction, ce sont justement les héritiers de ceux qui ont construit les pyramides mayas. Ce n'est donc pas la fin du monde qui menace, mais bien la disparition d'une culture. Les derniers locuteurs mayas vivent un cataclysme quotidien. Vénérés comme des pièces de musée, leur avenir est inexistant car si les Mayas de la période classique ont la chance d'appartenir à l'Histoire, les Mayas de notre époque, eux, n'ont pas d'histoire. Et de conclure, en ce 21 décembre 2012, ne nous préoccupons pas de ce qui peut arriver, mais bien plutôt de ce qui doit prendre fin.

Et c'est d'ailleurs, peu ou prou, l'analyse défendue également dans les colonnes de L'ORIENT LE JOUR. Pas besoin d'attendre l'apocalypse, puisque notre quotidien est déjà rempli de catastrophes et d'injustices. En gros, le mythe de la fin du monde a une fonction latente parfaitement utile, en l’occurrence nous faire oublier tout ce qui fait que la fin du monde, la vraie, celle-là, que l’homme façonne tous les jours un peu plus à sa mesure se rapproche inéluctablement. En clair, plus besoin même de procrastination, puisque tout est bien qui finit mal. En fait, s’il ne se passera probablement rien ce vendredi, si ce jour sera probablement l’un des plus banals de l’histoire de l’homme, c’est parce qu’en réalité la fin du monde est déjà là. Et le chroniqueur libanais de préciser, la fin du monde, c’est quand apparaissent des hommes pour tirer à bout portant dans le Connecticut ou à Utoya. La fin du monde, c’est quand Bachar el-Assad peut massacrer durant près de deux ans en toute impunité, comme si la Syrie était son jardin secret. La fin du monde, c’est quand nous cessons de nous émouvoir et de nous indigner face à toutes les injustices commises autour de nous et ici même. La fin du monde, c’est la fin de l’humanité et l’aube des monstres de tous genres. C’est aujourd’hui et tous les jours. Et ce n’est qu’en toi et par toi, que demain reste possible. Pour que la fin du monde, ce soit enfin hier. Joyeuses fêtes.

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