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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Voilà un petit pays, à peine un cinquième de la France, pauvre en ressources naturelles, coincé entre trois géants, la Russie, la Chine et le Japon et qui pacifiquement est parti il y a trois décennies à l’assaut du monde. D’abord avec des machines à coudre, des tee-shirts et des fours à micro-ondes. Puis avec des grandes marques d’automobiles ou d’électronique. Et depuis le début des années 2000 avec des soap opéras, mais aussi des chefs-d’œuvre cinématographiques et la fameuse K-Pop. La “psymania” sera même sans doute un jour étudiée dans les écoles de commerce ou de diplomatie écrit cette semaine l’éditorialiste du COURRIER INTERNATIONAL. Car le triomphe planétaire de « Gangnam Style », la chanson du rappeur sud-coréen, qui totalise plus de 1 milliard de téléchargements sur Internet depuis son lancement en juillet dernier résume à lui tout seul, l’irrésistible ascension de la Corée du Sud, cette jeune démocratie qui n’a de cesse de promouvoir le “soft power” coréen dans le monde entier.

Non décidément la Corée du Sud a du style. Et pour preuve encore ce matin, avec une élection présidentielle en forme de duel, entre d’un côté un ancien défenseur des droits de l'homme, Moon Jae-in, emprisonné du temps de la junte et de l’autre, une femme, Park Geun-hye, fille d'un ancien dictateur, celui là même qui avait mis justement en prison son actuel adversaire dans la course à la présidentielle.

Un sacré style donc, pour ce pays patriarcal mais prêt manifestement à élire une femme dont le père a mené jusqu’en 1979 une répression antidémocratique sans pitié. Et après tout, pourquoi pas, puisque ce genre d’antécédents familiaux peut visiblement vous propulser en tête des « charts », en témoigne la rédaction de TIME MAGAZINE qui ce matin publie en Une sa traditionnelle photo de la personnalité de l’année : un dictateur justement, Kim Jong-un, le voisin du Nord.

Et puis style oblige, n'oublions pas non plus qu'une élection présidentielle en Corée du Sud, c'est toujours un peu la fête, raconte ce matin le correspondant à la fois du journal suisse LE TEMPS et de L'EXPRESS. Comme tous les scrutins, cette élection tombe en effet un mercredi, férié pour l'occasion. Sans compter que l'approche de Noël et le grand sapin qui trône devant la mairie, sans oublier la traditionnelle patinoire installée sur le parvis ajoutent à l'ambiance festive.

Alors qui de Park Geun-hye, fille de dictateur, célibataire endurcie de 60 ans, représentante du parti conservateur, la reine des élections comme on la surnomme ou du progressiste Moon Jae-in, avocat, le cheveu grisonnant, à l'allure élégante et séduisante va remporter le scrutin ? Pour beaucoup d’observateurs, l’issue de cette élection dépendra en réalité du taux de participation. Car comme le fait remarquer le quotidien de Séoul KOREA TIMES, ce scrutin est un véritable choc de générations entre d'un côté les jeunes, plutôt progressistes favorables donc à Monsieur Moon et de l'autre les plus âgés, séduits par Madame Park mais aussi sans doute par le souvenir de feu son père lequel, bien que dictateur patenté a sorti la population en un temps record de la grande pauvreté.

Et puis la fracture entre les deux camps s’observe également dans les médias reprend LE TEMPS. Les journaux et télévisions penchent majoritairement du côté conservateur, tandis que les progressistes dominent les réseaux sociaux et le Net. Pour autant, on ne peut pas dire que la campagne déchaîne véritablement les passions, ce qui s’explique sans doute par la volonté des deux candidats d’éviter de glisser sur le terrain idéologique. Car sur le fond, les programmes ne diffèrent guère. Il s’agit pour l'essentiel de répondre aux préoccupations d’une population, peu intéressée par les grandes questions internationales et notamment les effets pyrotechniques de son voisin du Nord. Même le tir réussi d'une fusée par Pyongyang la semaine dernière ne devrait pas influencer les électeurs dans un sens ou dans un autre. Les sujets de préoccupation sont beaucoup plus terre-à-terre : protection sociale, sécurité de l'emploi, creusement des inégalités et vieillissement de la population, le tout sur fond, bien entendu, de ralentissement économique. Autant d'attentes qui illustrent surtout l’échec de la politique menée par le président sortant, dont l'orientation ultralibérale ainsi que tous les scandales auxquels il a été mêlé ont fortement marqué l’opinion.

Les jeunes votant moins que les personnes âgées, le camp de Moon Jae-in a intérêt à ce que la participation soit forte aujourd'hui s'il veut avoir une chance de l'emporter. Et d'ailleurs, si le taux de participation dépasse 77%, le candidat a d'ores et déjà déclaré qu'il danserait le Gangnam Style. De quoi faire de lui sans doute un président avec du style. Quant à son adversaire, Park Geun-hye, elle, s'est déjà dit prête à un sommet avec la personnalité de l'année, le jeune dictateur Kim Jong-un, dont le père aurait pourtant été à l’origine de plusieurs tentatives d’assassinat contre son père et dont un coûta même la vie à sa mère. Non décidément la Corée du Sud n'a peut-être pas la classe, mais elle a du style.

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