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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Pour commencer, j'aimerais vous faire écouter ce matin une chanson, postée sur You Tube par la danseuse égyptienne Sama Al-Masri, une vidéo visible ce matin sur le site du courrier international. Depuis sa mise en ligne, il y a 3 jours, la vidéo a d'ores et déjà été visionnée plus de 300 000 fois. Un buzz, comme on dit dans le jargon de la toile. Un buzz de plus en réalité puisqu'il y a quelques semaines la danseuse avait déjà suscité la polémique, en diffusant une vidéo critique à l'égard les Frères musulmans. A présent, elle accuse le nouveau pouvoir en place d'être composé de voyous, de voleurs, de marchands de religion et de terroristes.

Cette chanson sera-t-elle reprise aujourd'hui dans les rues du Caire ? Toujours est-il que l'opposition se prépare à de nouvelles manifestations aujourd'hui contre le projet de Constitution soutenu par les islamistes, projet qui aurait recueilli une courte majorité samedi dernier lors de la première phase du référendum. Selon un premier décompte, publié sur le site de l'hebdomadaire égyptien Al AHRAM, le texte aurait été approuvé avec 56,5% des voix. Information non confirmée par la commission électorale, laquelle a précisé de son côté que les chiffres officiels ne seront approuvés qu'à la fin du second tour, samedi prochain, pour ne pas provoquer, dit on, de confusion.

Une pari raté manifestement car le choc des deux Egypte, prévient ce matin la correspondante du journal de Genève LE TEMPS est parti pour durer. Et pour cause, selon le quotidien de Munich SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, cette nouvelle constitution égyptienne est conçue pour diviser la société, car elle place les valeurs des musulmans orthodoxes au-dessus des lois civiles. Elle remet en question le fondement même de la société égyptienne : cette pluralité religieuse, spirituelle et politique édifiée depuis des siècles dans laquelle se sont toujours reconnus les Égyptiens.

Mais après tout est-ce toujours le cas aujourd'hui ? D'autant que l’opposition estime l'éditorialiste du SOIR de Bruxelles n’est pas mieux placée pour imposer ses points de vue. De quel droit en effet, une minorité pourrait-elle revendiquer de faire la loi ? Reste, nuance le journal, que lorsqu'il s’agit d’élaborer une Constitution, c’est-à-dire un texte fondateur et fondamental, l’invocation d'une simple majorité ne suffit plus. Un large consensus, au-delà des clivages et des blocages partisans est également absolument essentiel. Car dans ce cas précis, la démocratie moderne ne se réduit pas à un boulier compteur, mais elle se fonde aussi sur des valeurs. Et de conclure, Les Frères musulmans doivent comprendre que la démocratie est une fin en soi et pas seulement un moyen d’arriver au pouvoir.

Or pour l'instant, rappelle de son côté L'EXPRESSION d'Alger, les résultats non officiels sont loin de la victoire écrasante espérée par les islamistes pour faire taire une opposition, vent debout depuis plusieurs semaines. Et si pour un texte constitutionnel, le nombre de 56% est certes juridiquement suffisant, l’est-il pour autant politiquement ? Voilà pourquoi la bataille des chiffres sera, in fine, déterminante. C'est d'ailleurs l'analyse défendue également ce matin par son confrère du QUOTIDIEN D'ORAN. Si le projet de Constitution est approuvé par moins de 60% des votants dit-il, alors il pourrait devenir le centre d'un futur conflit sur la validité du système politique qui en découlera. Autrement dit, l'opposition pourrait s'en prévaloir pour poursuivre sa contestation contre Morsi et le camp islamiste. Mais à l'inverse, si le oui l'emporte avec plus de 60% des votants, alors l'opposition sera en position difficile pour prétendre être représentative des aspirations du peuple égyptien. Or la seconde phase du scrutin pourrait bien assurer aux islamistes ce seuil de 60%. Samedi dernier, le vote concernait essentiellement les deux grandes villes du pays, Le Caire et Alexandrie, où l’opposition aux Frères musulmans est traditionnellement plus forte que dans l’arrière-pays. En revanche, les villes de province, elles, sont nombreuses a voté oui.

Car si l’opposition a certes bâtit une alternative crédible, les Frères musulmans rappelle son confrère libanais de L'ORIENT LE JOUR, les Frères Musulmans, eux, ont construit un maillage social et un réseau caritatif sans équivalent en Égypte. Quoi qu'il en soit, une chose est sûr conclue LA TRIBUNE d'Alger, quel que soit le résultat, les lignes de fractures de l’impasse devraient être toujours les mêmes. Les lendemains de scrutin risquent bien de confirmer l’impasse périlleuse pour la transition. Et sachant par ailleurs que de nouvelles élections législatives sont prévues dans un délai de deux mois, après l’adoption du projet de Constitution, il est à se demander si le consensus brisé ne prépare pas l'Egypte à des jours extrêmement difficiles.

Seul élément positif au tableau ce matin. Si en Egypte, l’installation effective de l’islamisme dans le jeu politique post- autoritarisme ne surprend pas, en revanche, c’est bien la résistance à l’hégémonie islamiste, qui constitue aujourd'hui une réelle et bonne surprise, une salutaire réaction de la société écrit l'éditorialiste et qui augure, rêvons un peu, d’un intéressant avenir démocratique.

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