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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel. Spécial Mali

4 min

Par Thomas CLUZEL

Pour qui croyait que le Mali existait toujours en tant que tel, il va bien falloir finir par comprendre que du fier hippopotame, il ne reste plus aujourd'hui qu’une pauvre carcasse désossée et même désolée. Voilà ce que l'on pouvait lire il y a quelques jours encore, dans les colonnes du journal du Mali. Sauf que depuis samedi soir, le pays n'est plus tout à fait désossé, puisque le nouveau premier ministre Diango Cissoko a donc formé son gouvernement. Et c'est déjà là un premier record à souligner commente pour sa part le site d'information en ligne MALI JET. Ce nouveau gouvernement a été formé avec une diligence inhabituelle chez nous. Et de fait, quatre jours seulement auront donc suffit au nouveau chef de la primature, pour former son équipe. Une efficacité poursuit l'article, de nature probablement à adoucir l'épisode peu républicain des circonstances de la démission de son prédécesseur, du moins vis à vis de nos partenaires internationaux, car pour le reste, au pays, ces circonstances sont déjà oubliées.

Alors que la démission forcée, mardi dernier, de Modibo Diarra avait tendu la perche aux éditorialistes du monde entier pour s'épancher sur un pays tiraillé par les querelles politiciennes, à Bamako en revanche, le calme a prévalu raconte LE JOURNAL DU MALI. Pire, le peu de regrets exprimés par les uns et les autres après cet épisode regrettable, orchestré par les ex-putschistes est éloquent. C'est même soulagés estime le journal LE COMBAT que les Bamakois ont appris la nouvelle sur les ondes de la télévision nationale. Modibo, dit-il, était devenu l'objet du blocage au sommet de l'Etat. Celui qui se croyait intouchable, indéboulonnable s'est mis à dos tous ses amis et soutiens, incapable renchérit son confrère de L'ESSOR de fédérer autour de lui pour faire progresser la transition. De quoi expliquer donc le relatif détachement avec lequel l'opinion, pourtant lassée par les cafouillages incessants a accueilli cette ultime péripétie.

Quoi qu'il en soit, avec cette démission forcée, l'on peut croire enfin, que c'est la fin des incertitudes. Et il suffit d'ailleurs de lire le commentaire du REPUBLICAIN après la nomination du nouveau premier ministre, pour comprendre l’état de soulagement qui semble prévaloir aujourd'hui à Bamako. Administrateur chevronné, fin connaisseur de l’Etat porté sur le compromis plutôt que l’affrontement, Cissoko a indiscutablement le physique de son nouvel emploi. C'est un homme d'expérience que certains piègent politiques ne devraient pas atteindre écrit pour sa art LE JOURNAL DU MALI avant toutefois de rappeler tout d'abord que l'homme a du pain sur la planche et de s'interroger ensuite : a-t-il les épaules suffisantes pour relever ce défi à haut risque ?

Car si le cahier des charges semble certes bien tracé dans la forme nuance le site d'information en ligne FASOZINE, les réalités du terrain, elles, pourraient bien retarder les ambitions de ce gouvernement. Et de fait, même si les Maliens ont accueilli presque dans l'indifférence le départ facilité de son prédécesseur Diarra, même s'ils apprécient la nomination d'un homme de consensus comme Cissoko, ils sont loin, en revanche, de s'accorder sur l'immixtion régulière de l'ex junte sur la scène politique. Car c'est un secret de polichinelle poursuit l'article, de dire aujourd'hui que le pouvoir ne se trouve pas à Bamako, mais à Kati, quartier général du capitaine Sanogo, tombeur de l'ex premier ministre et avant lui encore de l'ex président.

Et d'ailleurs, il suffit de jeter un œil sur la composition du nouveau gouvernement pour s'en convaincre. Même si au niveau de l'architecture, il n'y a pas c'est vrai de chamboulements majeurs, même s'il s'agit en somme d'un gouvernement dans la continuité estime L'ESSOR, on remarquera toutefois écrit son confrère du PRETOIRE, que seuls les ministres qui étaient venus dans les valises du Premier ministre sortant ont été débarqués. Tous les autres ont été maintenus et c'est ainsi notamment que la toute puissante junte, sans surprise aucune, non seulement garde ses quatre porte feuilles, mais peut se targuer qui plus est d'avoir 3 autres membres du gouvernement qui lui sont proches.

D'où ce commentaire de l'éditorialiste du JOURNAL DU MALI : la dernière guignolade du capitaine Sanogo vient rappeler, s'il était nécessaire, que les militaires du camp de Kati font la loi à leur guise. Le président de transition, le nouveau premier ministre, mais aussi le gouvernement comme le Parlement sont autant de figurants interchangeables dit-il avant d'ajouter : les militaires, eux, ont l'avantage indéniable de se trouver du bon côté du fusil.

Même analyse pour LE PAYS : Tous ceux qui pensaient que le capitaine Sanogo s’était rangé sagement se sont royalement trompés. Le capitaine putschiste vient d'ailleurs de leur administrer la preuve du contraire. Tout est à refaire. C’est une pause forcée sur tous les plans, dont on se demande bien ce qu’elle apporte au pays. Pas grand-chose, conclue le journal, sinon une perte de temps et des souffrances supplémentaires, surtout pour les populations du nord sous occupation des illuminés et des trafiquants de tous ordres.

> Découvrez notre dossier spécial : "Au Mali, aujourd'hui"

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