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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Il y a quelques semaines, alors que la rumeur sur sa mort enflait de nouveau, Fidel Castro, pour mieux vilipender les mensonges de la presse avait tout simplement pris la plume, pour annoncer à la Une du journal national qu'il était bel et bien vivant. Alors conseillera-t-il la même stratégie à son ami, Hugo Chavez, venu se faire soigner chez lui, pour rassurer ses concitoyens sur son état de forme ? Pour l'instant, il faut bien reconnaître que le communiqué officiel des médecins publié hier n'est pas franchement des plus rassurants. L'état de santé d'Hugo Chavez nous dit on est "stable" mais la convalescence du président vénézuélien s'annonce "complexe et difficile".

Hier, le vice-président du parti officiel vénézuélien a appelé les Forces armées à rester unies et fidèles au "commandant". Le ministre de l’Information a lui admis que le président pourrait ne pas être de retour au pays à temps pour la cérémonie d’investiture du 10 janvier. Quant à la chaîne de télévision officielle, voilà plusieurs jours maintenant qu'elle diffuse en boucle des spots et des documentaires tous plus élogieux les uns que les autres sur la vie et l'œuvre du "commandante". D'où probablement ce commentaire à la une du site de LA NACION : se préparer au pire. Et de fait, aucune des trois précédentes interventions chirurgicales qu'a subies Hugo Chavez depuis 18 mois n'avait été annoncée ni fait l'objet d'autant de déclarations officielles autour de son déroulement. Et pour cause, jusqu'à présent, son cancer dont la nature exacte n'a jamais été révélée était traité comme un secret d'Etat par Caracas. Pire, pendant la campagne présidentielle, le candidat socialiste s’était même dit totalement guéri de son cancer, qualifiant les rumeurs sur la persistance de sa tumeur de mensonges proférés par l’opposition vénézuélienne et l’empire américain. Enfin dernier signe qui ne trompe pas, samedi dernier, Chavez a donc pris la peine d'introniser son vice-président en tant que candidat officiel à des élections anticipées, s'il devait se trouver dans l'incapacité d'assumer le pouvoir. Or jamais auparavant il n'avait pris une telle précaution.

Voilà pourquoi écrit l'éditorialiste d'EL NACIONAL ce matin, les scénarios qui devaient résister au passage du temps semblent aujourd'hui être révolus. Désormais, nous ne vivons plus seulement dans un pays plein d'incertitudes, mais dans un vaste océan de tensions et de tempêtes. Du côté des chavistes, on se prépare même déjà au pire, c’est-à-dire au décès du chantre de la révolution bolivarienne écrit de son côté l’édition espagnol du MIAMI HERALD.

Or le défi qui s'annonce est de taille, ce que son confrère TAL CUAL résume par cette question : peut-il y avoir un chavisme sans Chavez ? Et le journal de préciser notamment ce que prévoit la Constitution, si le président n’est plus apte à exercer le pouvoir. Premier scénario : Chavez doit se retirer avant même de prendre ses fonctions, le 10 janvier prochain, pour un troisième mandat. Second scénario : il abandonne le pouvoir en cours de mandat. Dans les deux cas, des élections présidentielles anticipées sont organisées dans les 30 jours. Et dans les deux cas, conclut TAL CUAL, c’est un vrai casse-tête pour le parti socialiste, car pour l’instant aucun responsable chaviste, même pas le successeur désigné, ne ferait le poids face au candidat de l’opposition. Certains sondages indiquent en effet que le candidat de l'opposition Henrique Capriles, qui a été battu par Chavez en Octobre, vaincrait tout autre candidat chaviste dans une nouvelle élection.

Sans compter renchérit cette fois-ci le LA TIMES, que dans le cas où Chavez serait au mieux frappé d'incapacité, non seulement cela augmenterait donc a priori les chances d'un candidat issu de l'opposition, mais cela pourrait aussi apporter des divisions parmi les disciples du commandant. Selon la Constitution vénézuélienne, dans le cas où un président élu démissionne ou décède, c'est en effet le président de l'Assemblée nationale, qui est tenu de convoquer de nouvelles élections présidentielles. Or le président actuel de l'Assemblée, qui a le soutien de l'armée est également le plus fervent rival de Maduro, le successeur désigné par Chavez. Autrement dit, même si le commandant prête serment le 10 janvier, puis démissionne ou décède, et bien son vice-président ne lui succèdera pas automatiquement.

Même analyse pour le GLOBE AND MAIL ce matin. L'état de santé de Chavez soulève déjà dit-il la perspective de luttes intestines au sein du mouvement chaviste. Et le journal américain de préciser aussitôt : l'incertitude liée à la mauvaise santé de Chavez pourrait également être le signe d'une nouvelle ère d'espoir pour les Vénézuéliens déçus par une criminalité élevée, un secteur pétrolier inefficace et une inflation galopante.

Enfin dernière question soulevée il y a quelques jours par le journal LE MONDE : Le mausolée démesuré voulu par le président pour accueillir les restes du héros de l'indépendance latino américaine, Simon Bolivar, auquel Chavez voue une admiration sans faille doit être inauguré lundi prochain. Or rien ne dit que le chef de l'Etat pourra y assister. En revanche, le chef de l'Etat pourra à coup sûr y reposer au côté de son idole puisque la rumeur dit que le hall de marbre peut accueillir deux cercueils.

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