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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Au CocoJambo, célèbre boîte de nuit de Goma, des jeunes filles aux robes très courtes et aux talons très hauts se trémoussent vaguement devant le bar. Mais le cœur n’y est pas : malgré une sono tonitruante, la piste de danse est vide et les clients sont rares. Et ou cause on dit que la nuit est devenue dangereuse à Goma, alors bien sûr les habitants hésitent à se risquer jusqu’au CocoJambo. Et pourtant, une légende bien ancrée, prétend que c’est dans cette boîte de nuit que le président Joseph Kabila aurait rencontré sa femme, Olive. Alors vrai ou faux ? Peu importe en réalité, car voilà bien longtemps que la capitale du Nord-Kivu bruisse de mille rumeurs que personne ne songe à confirmer.

Et la période actuelle est particulièrement propice aux «vérités» invérifiables écrit ce matin l’envoyée spéciale du journal LIBERATION: Depuis deux jours, la ville vit en effet dans l’attente du résultat des négociations entamées dimanche entre les autorités congolaises d’un côté et la rébellion du M 23 de l’autre. Du moins voilà pour le programme officiel, puisque dès hier en réalité, les rebelles sont restés à leur hôtel. Autrement dit et à peine débutées poursuit le magasine JEUNE AFRIQUE, les négociations entre le gouvernement et les rebelles sont déjà dans l’impasse.

Alors faut-il seulement s'en étonner ? Dimanche rappelle ce matin le journal de Kinshasa L'OBSERVATEUR, les discussions avaient commencé sur fond d'invectives et provocation. Il est temps donc que les protagonistes dans les deux camps arrivent à mettre de l'eau dans leur vin pour avancer et esquisser les pistes de sortie de crise, passer à autre chose et notamment le retour de la paix et de la stabilité. Le spectacle d'hier offert par le M 23 n'est qu'une distraction de très mauvais goût. Comment comprendre qu’un mouvement rebelle, fut-il soutenu de l’extérieur ou de l’intérieur, puisse narguer ainsi toute la communauté internationale en trainant les pieds ? interroge à son tour ce matin son confrère de Kinshasa LA PROSPERITE. La pièce de théâtre d’hier n’a fait que renforcer l’idée d’une parodie de pourparlers. Alors probablement, les équilibres ne sont-ils pas aussi faciles à établir pour déterminer laquelle des parties engagées aux discussions remplit bien sa mission. Mais ce qui revient sur toutes les lèvres dans les salons ouatés de Kinshasa, c’est que le comportement des rebelles traduit d'ores et déjà un manque de volonté évident d’aller plus en avant dans ces discussions politiques.

Et pourtant reprend L'OBSERVATEUR, la situation sociale et humanitaire sur le terrain est alarmante. Il est temps écrit l'éditorialiste pour les deux parties en présence de mettre un terme au calvaire vécu par les déplacés et les réfugiés dans les pays voisins. Sans compter que la persistance de ce conflit va à terme avoir une incidence négative sur les dépenses de l'Etat. Dans un contexte de pauvreté et de sous développement, il est en effet irrationnel de dépenser autant d'argent pour la guerre et très peu dans les dépenses sociales. C'est un luxe qu'un pays comme la RDC ne peut s'offrir.

Et d'ailleurs, pourquoi cette région des Grands Lacs est-elle devenue une pétaudière sujette à des éruptions violentes périodiques, même si par ailleurs ces éruptions ne défrayent plus il est vrai les chroniques que de manière sporadique interroge de son côté le site d'information en ligne ABIDJAN.NET. Et bien avant même l’existence des frontières, des rwandais se sont installés par brassage successif dans l’actuelle RDC. Et depuis, à chaque guerre inter ethnique entre Tutsis et Hutus, au Rwanda mais aussi au Burundi, le réflexe naturel des réfugiés est donc de traverser les frontières pour s’installer côté congolais. Si bien que lorsque l’herbe était encore grasse en 1960, le Zaïre fut accueillant et octroya même la nationalité à ces migrants. Et lorsque, vers la fin des années 90, la croissance démographique provoqua la raréfaction des terres arables, les migrants sont devenus des boucs émissaires.

Et puis, il existe également une dimension économique qui engendre cette situation inextricable : l’énorme ressource minière que regorge le sous-sol de la province Est et qui suscite la convoitise de ses voisins, rwandais, ougandais et burundais, mais également des multinationales. D'où l'intervention très remarquée hier à la télévision d'un expert, cité par le journal de Kinshasa LA PROSPERITE. Un expert qui au-delà de la question des violations massives des droits de l’homme en RDC n'a pas hésité a dénoncer également la complicité de la communauté des nations, Etats-Unis en tête, dans le pourrissement de la situation dans l’Est du Congo-Kinshasa.

Alors tous coupables ou du moins tous complices ? Toujours est-il que dans une région trop fertile et gorgée de minerais la population congolaise est aujourd'hui en souffrance. Les guerres successives en RDC sont aujourd'hui les plus meurtrières depuis la Seconde Guerre mondiale, avec plus de 5 millions de morts.

Et le magasine FASOZINE de conclure ce matin, c’est pour sauver son fauteuil qu’une armée nationale en pleine déconfiture est incapable de défendre, que Joseph Kabila se voit contraint aujourd'hui de négocier. Reste à savoir si Kabila n’est pas dans la peau du médecin qui débarque après la mort du patient ?

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