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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Ce matin j’ai choisi de commencer cette revue de presse en musique avec l’histoire du "chevalier au cygne". Une histoire de la littérature médiévale allemande, mise en musique dans un célèbre opéra, "Lohengrin", signé Richard Wagner, opéra dont les préludes notamment des premier et troisième actes sont traditionnellement joué lors des cérémonies de mariage en Occident. Sauf que vendredi dernier, pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala de Milan, il faut bien reconnaître que la marche nuptiale avait plutôt des airs d’oraison funèbre.

Tout d'abord, le président italien avait choisi de décliner l'invitation à la Scala, en raison de prétendus impératifs politiques, agacé plus vraisemblablement par la programmation du plus célèbre opéra du pays, qui pour ouvrir sa saison lyrique avait donc choisi un compositeur allemand plutôt que son rival italien, Verdi, dont on fêtera également l'an prochain le bicentenaire. Ensuite, la neige qui tombait à gros flocons vendredi dernier a empêché le président de la Commission européenne José Manuel Barroso de décoller de Bruxelles pour se rendre à Milan. Enfin, si le président du conseil italien cette fois-ci Mario Monti a lui bel et bien pu assister à la première, il n'est pas certain en revanche qu'il ait été véritablement inspiré par la pièce de Wagner, qui je vous le rappel, narre la légende d'un héros romantique, sur une terre oppressée par les conflits. Car à côté du cygne blanc de "Lohengrin", Monti lui ne pouvait voir bien entendu autre chose que le cygne noir de son gouvernement estime le directeur du CORRIERE dans un article publié ce matin par le courrier international. La crise couvait déjà depuis plusieurs jours mais l'annonce du retour de Berlusconi en politique a précipité la décision du chef du gouvernement. Et c'est d'ailleurs, à l'issue de la représentation que Monti a fait son choix, remettre sa démission.

Silvio Berlusconi pousse à la porte Mario Monti peut-on lire encore dans les colonnes du TEMPS, le journal de Genève qui précise que le président du Conseil italien s’est déclaré blessé et indigné par les attaques du parti de Berlusconi. Mais plus encore sans doute, Monti, qui avait été appelé en urgence au pouvoir pour rassurer les marchés dans une situation de catastrophe financière n’entendait pas accepter le jeu que tentait de lui imposer son prédécesseur. Car Berlusconi envisageait en effet de continuer à soutenir mollement le gouvernement, tout en tirant à boulets rouges sur sa politique d’austérité et ses effets douloureux dans le pays.

Mais le résultat est là. La gauche a voté une bonne parti des mesures chères à la droite, en particulier la réforme des retraites et la réforme du code du travail, tandis que la droite elle a refusé de voter une bonne partie des mesures qui étaient chères à la gauche. Et c'est ainsi précise IL FATTO QUOTIDIANO que la droite a réussit donc à faire tomber le gouvernement, tout en laissant à la gauche l'héritage politique presque exclusif des décisions impopulaires prises cette année.

Voilà pourquoi estime son confrère IL SOLE, ce n’est pas tant Berlusconi à présent qui fait peur que la menace d’une campagne entièrement construite contre l’Europe, contre l’Allemagne et l’austérité économique. Et d'ailleurs LA REPPUBLICA l'écrit sans détour : l'Union Européenne ne veut pas du retour de celui qui est surnommé à Berlin «l'esprit mauvais». Le quotidien italien qui ajoute : l'inquiétude est palpable. L'Europe tremble à l'idée d'un retour de Berlusconi.

Quoi qu'il en soit, voici donc une chronique que nous aurions voulu ne jamais écrire reprend le CORRIERE. Celle de la mort d'un gouvernement. Désormais, tout le monde attend de voir ce qui va se passer avec la réouverture des marchés, ce lundi, mais aussi des services gouvernementaux qui considéreront à nouveau l'Italie comme une malade contagieuse, avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer.

Reste que si la droite a bel et bien fait chuté l'exécutif, elle n'a pas pour autant vaincu l'homme estime le journal. La pression des centristes sur Monti va s'intensifier dit-il. En l'espace de quelques heures, le gouvernement technique exhalera son dernier soupir, mais le pays se précipitera aux urnes dans une telle rupture entre modérés et libéraux que l'on regardera Monti avec un nouvel espoir. Or il est peu probable que ce dernier reprenne son poste d'enseignant à l'université de Milan. Et l'éditorialiste du journal d'ailleurs d'ajouter : À présent, Monsieur Monti, vous êtes libre de prendre la décision qui vous chante, et pourquoi pas de vous présenter aux élections n'est-ce pas ? Nombreux sont ceux qui vous poussent à agir. Le président de la République lui-même ne le juge plus impossible.

Quoi qu'il en soit, à la Scala vendredi dernier, "Lohengrin" a été acclamé, mais la tragédie italienne continue. Il reste désormais à écrire le livret de la pièce, mais aussi la musique. Le public international est lui garanti, mais il s'annonce peu indulgent envers les interprètes. Car ici, le rideau ne se baisse jamais.

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