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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

C'est une histoire sinistre prévient ce matin le site BIG BROWSER, une histoire de guerre racontée en images et en mots par un photographe et qui laisse entrevoir ce que vivent au quotidien des Syriens enlisés dans un conflit meurtrier depuis plus d'un an et demie. Sur le blog MAKING OF de l’AFP, Javier Manzano, photographe mexicain dévoile les coulisses d'une série de prises de vue, cruel fragment de vie d'un homme et de son sprint de la mort dans l’allée des snipers.

La scène se déroule à Alep, le 20 octobre dernier. J’étais parti en reportage avec un groupe d’hommes de l’Armée syrienne libre raconte le photographe. Et tandis que nous marchions au sud d’une rue principale, reliant deux quartiers de la ville que se disputent âprement la rébellion et les forces loyalistes, un combattant de l’ASL me montre du doigt une forme, sur le côté de la route. « Un homme mort », dit-il.

A l’aide du viseur de mon appareil, je regarde dans sa direction. Un corps gît, face contre terre, sur le trottoir. Plusieurs véhicules passent près de lui. Mais aucun ne s'arrête. A Alep, les cadavres dit-il sont abandonnés sur place : les récupérer s’avère trop dangereux. Et puis soudain, l’homme bouge une jambe. Quelques secondes plus tard, il esquisse encore un mouvement. A notre grande surprise, il tourne lentement la tête vers nous. Il est vivant !

Aussitôt, les combattants autour de moi lui disent de baisser la tête et d’attendre. S’il se lève, le tireur l’abattra à nouveau. Ils improvisent un plan. Un véhicule s’approche du blessé, ralentit, fait marche arrière. Immédiatement, le sniper tire trois coups de feu. Un second véhicule arrive dans l’autre sens. Nouvelle rafale. Depuis sa tanière, le chasseur surveille sa proie. Il est le maître du jeu.

Désespéré, l'homme décide finalement de se lever. S’il reste couché là sur le trottoir, il se videra lentement de son sang. Il regarde vers nous et se met à courir. Il réussit à gagner le milieu de la rue. Dix mètres seulement le séparent du mur de pierre, derrière lequel il pourrait définitivement trouver refuge. Un sprint final avec comme ligne d’arrivée, la survie ou la mort.

Il n’est qu’à un mètre du salut, lorsque trois coups de feu claquent. L’homme s’effondre, touché au ventre. En silence, il tourne la tête vers nous et nous regarde. C’est un regard désespéré raconte le photographe. Le regard d’un homme vaincu.Touché à l’abdomen, il tire sur sa chemise, comme si cela pouvait atténuer la douleur.

Trois hommes décident alors de former une chaîne humaine et de ramper vers lui, tandis que tous les autres vident leurs chargeurs en direction du sniper pour les couvrir. Les balles recommencent à siffler. Les sauveteurs entreprennent de tracter le blessé pour le conduire à l’abri. Ceux qui sont devant le poussent par les pieds. Ceux à l’arrière le tirent par les bras. Quand ils arrivent près de nous raconte toujours le photographe, l’homme est aussitôt porté à bord d’un véhicule. Un dernier crissement de pneus. J’ignore ce qu’est devenu cet homme.

Ce matin, à cette histoire sordide de guerre, racontée en mots et en images, répond une vidéo cette fois-ci, une vidéo apparue hier sur Internet précise le LOS ANGELES TIMES, une vidéo non moins sinistre, montrant cette fois-ci non plus le jeu pervers entre un chasseur et sa proie, mais des rebelles de l'opposition en train d'exécuter froidement 20 soldats gouvernementaux dans la province d'Idlib, dans le nord de la Syrie. Dans cette vidéo diffusée par des militants, les rebelles alignent une dizaine de miliciens pro-régime blessés sur le sol, avant de marcher sur eux et de les achever par balles, en les traitant de "chiens d'Assad". Avant d'exécuter un prisonnier, un rebelle lui lance: "Ne sais-tu pas que nous appartenons au peuple de ce pays?" Terrorisé, le soldat répond : "Je jure, au nom de Dieu, que je n'ai pas tiré".

Que conclure de ces deux scènes de guerre, sinon que le pays s’enfonce un peu plus chaque jour, dans une tornade aussi incompréhensible qu’indéchiffrable, non seulement pour l’observateur extérieur, mais aussi et surtout pour les syriens. Voilà qui donne, on ne peut plus, l’impression d’un profond délabrement dans tous les sens peut-on lire dans une tribune du QUOTIDIEN D'ALGERIE. Et voilà pourquoi aussi, poursuit le journal, les interrogations n’en finissent pas : qui saura de quoi seront faits les lendemains de la Syrie ? Qui saura si le peuple syrien qui n’arrive plus à contenir ses coulées de laves pourrait reprendre confiance, même au lendemain d’une chute de Damas ? Réponse : sans doute personne. A présent, la réalité du terrain en Syrie se prête à toutes sortes de travestissements : le pays martyrisé, saigné à blanc, pillé, saccagé et mortifié n’a plus de sauveur. Quoi qu'il en soit conclu LE QUOTIDIEN D'ALGERIE, il est désormais un fait indéniable, le peuple syrien est seul à affronter la barbarie du pire.

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