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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Tout a commencé cette nuit là, la nuit de La Toussaint Rouge. C’était le 1er novembre 1954. Des hommes, assoiffés de liberté allaient changer le destin de leur pays, l’Algérie, en osant défier pour la première fois, la toute puissante France coloniale. C’est ainsi qu’ait née une Révolution peut-on lire ce matin sur le site ALGERIE FOCUS, la Révolution Algérienne, un combat pour la liberté et la dignité, en dépit d’une guerre meurtrière et sanguinaire qui durera de longues années.

Alors tout d’abord une précision s’impose pour éviter tout rapprochement avec la fête des morts. En réalité, le départ de la révolution algérienne aurait dû avoir lieu le 18 octobre et son report au 1er novembre n’a tenu qu’a des considérations d’ordre interne. Autrement dit précise LA NOUVELLE REPUBLIQUE, le choix de cette date n’a été motivé par aucune intention de faire coïncider le déclenchement de la lutte avec le culte des morts, qui depuis qu’ils appartenaient à l’autre monde devaient par ailleurs se désintéresser totalement des choses d’ici.

Toujours est-il que ce matin donc, l’Algérie célèbre le 58ème anniversaire de la Révolution du 1er Novembre et de ces artisans, les fils de la Toussaint, ceux-là mêmes qui de leur maquis ont secoué l’histoire en même temps que les certitudes des colonisateurs, ceux-là mêmes écrit EL MOUDJAHID qui ont rêvé d’une République démocratique et populaire en même temps que d’une Algérie indépendante.

Reste à voir cependant si 50 ans après, les objectifs assignés à la Révolution ont été atteints ? Pour l'éditorialiste de LA TRIBUNE, force est de constater qu'aujourd'hui rien sinon peu a été fait dans la continuité de l’esprit et de l’idéal de Novembre. Les déficits et les ratages sont multiples écrit le journal. L’Algérie se cherche encore des institutions viables en mesure de garantir le fonctionnement d’un Etat de droit. La construction d’un Etat démocratique et social demeure toujours un projet.

En revanche poursuit son confrère de L’EXPRESSION, ce 1er novembre du Cinquantenaire de l'indépendance est aussi celui où plusieurs tabous ont été brisés et notamment la reconnaissance par la France des massacres du 17 Octobre 1961. Voilà une bonneraison donc de se réjourir car à l’évidence, la reconnaissance par le président français des massacres commis contre les manifestants algériens a ouvert une nouvelle page dans les relations entre Alger et Paris.

Sauf qu'en réalité, les cicatrices du passé sont encore loin d'être refermées, puisqu'au moment où, a priori, les autorités algériennes et françaises comptent aller de l'avant dans leurs relations, le ministre des Moudjahidine a lui décidé, au contraire, de déterrer la hache de guerre en déclarant, c’était mardi dernier : les Algériens veulent une reconnaissance franche des crimes perpétrés à leur encontre.

Le pouvoir déterre une nouvelle fois la hache de guerre pour réclamer de la France la repentance sur ses massacres coloniaux écrit à son tour LE MATIN avant de préciser toutefois : Les Algériens n’y prêtent guère ouïe, car ils savent que c’est le pouvoir algérien qui a lui-même minimisé ces crimes de masse, comme il le fait d'ailleurs pour les crimes perpétrés, dans les mêmes conditions et contre le même peuple sans défense, par le terrorisme islamiste. Et d'ajouter : C’est le pouvoir algérien qui a gommé la comptabilité des massacres coloniaux dans les manuels scolaires et sommés les jeunes chercheurs algériens de ne s’intéresser qu’à l’ère glorifiée de la conquête islamique du 7e siècle, considérée comme la date de naissance de l’Etat algérien, rattachant à elle le 1er novembre comme un "Djihad" et non comme un long processus de résistances à la conquête coloniale.

De son côté LE QUOTIDIEN D'ORAN lui met en garde la France : Avec la reconnaissance des massacres du 17 Octobre, on peut parler de fêlure dans le mur du silence. Les douze coups de l'Histoire viennent de sonner écrit le journal mais nous n'en sommes pas encore aux repentances ni au pardon. Il n'est pas non plus question de réparation des préjudices moraux et matériels subis par des millions de citoyens. Depuis quelques mois, de révélations tonitruantes en polémiques ouvertes, la France s'est mise au travail thérapeutique, qui la réconciliera peut-être avec elle-même, beaucoup plus qu'il ne lui ramènera davantage d'amitié de la part de l'Algérie. Car c'est à elle d'abord de porter sa croix, les Algériens n'ayant que leurs stigmates à produire.

Les blessures les plus longues à se refermer sont celles qu'on refuse d'examiner en tant que telles. En commémorant ce jour d'octobre 1961 écrit toujours le journal, la France arrachera sans doute au passé un pan épais de sa honte occultée. Or s'agissant des massacres coloniaux, la mauvaise conscience comme la mauvaise mémoire peuvent aussi se guérir ainsi, par la reconnaissance du passé.

En occultant notre Histoire, c’est le peuple algérien lui-même et plus particulièrement sa jeunesse que l’on a privé de repères écrit de son côté L'EXPRESSION, de ses repères qui situent un peuple parmi les Etats et les hommes. Aujourd'hui notre jeunesse qui se rabat sur l'étranger pour se forger son identité, parce qu'elle ne connaît pas son Histoire. D'où la crise identitaire que vit le pays depuis un quart de siècle. Et pourtant, conclue le journal, les événements qui fondent un peuple et une nation, qu'ils soient agréables ou amers sont toujours bon à dire et doivent et être consignés dans les livres d'Histoire, car ce sont eux qui éclaireront pour les générations futures, l'Histoire de ce peuple et de cette Nation.

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