LE DIRECT

La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Connaissez-vous la différence entre Silvio Berlusconi et les Beatles ? C’est très simple un jour, les Fab Four ont su dire “c’est fini” tandis que Berlusconi, lui, en est incapable. Voilà ce qu’écrit l’éditorialiste du journal PUBBLICO dans cet article à lire ce matin sur le site du courrier international, le journal italien qui fait se télescoper en réalité deux actualités concomitantes. Dans une interview exclusive qui sera diffusée le 6 novembre prochain sur Al Jazeera, Paul McCartney, contrairement à la légende, y affirme en effet que ce n’est pas Yoko Ono qui a provoqué la séparation du groupe. John Lennon avait déjà choisi de partir dit-il de sorte que lorsque les Beatles ont enregistré Abbey Road, ils savaient déjà que c’était fini. Et c’est comme cela que serait née notamment la chanson “All things must pass” (Toutes les choses doivent finir)” qui donna son nom au premier album de George Harrison en solo. Or, “Dire tout simplement adieu, Berlusconi, lui, n’en est pas capable”, commente le journal italien.

Car les Italiens viennent d’assister à un énième coup de théâtre, dont leur ancien président du Conseil a le secret. Quelques jours après avoir solennellement annoncé, c’était mercredi dernier, son retrait définitif de la vie politique, Silvio Berlusconi a finalement fait volte-face. Dimanche, Berlusconi a en effet dit le contraire de ce qu’il venait d’annoncer. En s'en prenant violemment au gouvernement Monti, le Cavaliere a de nouveau quitté l'habit de la modération pour retrouver le rôle du caïman, écrit notamment IL SOLE, le journal milanais qui craint que l'ex Premier ministre ne mette à exécution sa menace de renverser le gouvernement actuel. Quoiqu'il en soit poursuit l'article, une chose est sûr, Berlusconi a officiellement ouvert la campagne électorale de 2013. Même analyse pour son confrère de LA REPUBBLICA lequel titrait encore hier : Berlusconi retourne sur le terrain et attaque. On le croyait fini et le revoilà sur le devant de la scène politique.

Alors pourquoi un tel revirement ? Samedi, vous le savez, l’ex président du conseil a été condamné à quatre de prison pour fraude fiscale et cinq ans d’interdiction d’exercer des fonctions publiques. Une condamnation lourde assortie pour Berlusconi du qualificatif de “délinquant” de la part des magistrats. D'où la déclaration donc de l'intéressé, lequel a affirmé qu’il se sentait «obligé» de rester en politique «pour réformer la planète justice». Alors faut-il seulement s'en étonner ? Au lendemain même de l'annonce de son soi disant retrait de la vie politique, LA STAMPA déjà se montrait pour le moins sceptique : jette-t-il vraiment l'éponge ? On a du mal à le croire. Et s'il ne s'agissait après tout que d'une porte tournante, par laquelle il est sorti pour pouvoir revenir à la première occasion ?

Reste que par son revirement, Berlusconi continue de se poser en chef de la droite italienne. D'où le titre à la une du quotidien de gauche PUBBLICO : Otages. En se retirant sans se retirer, Berlusconi paralyse la guerre de succession dans son propre camp. Même analyse pour son confrère du CORRIERE dans un édito intitulé là encore : le pays en otage. Le retour de Berlusconi à un poste clé en politique n'est pas à craindre, mais La diatribe inappropriée qu'a tenue l'ex Premier ministre nuit à son pays et surtout à son parti estime pour sa part le quotidien suisse NEUE ZÜRCHER ZEITUNG. Avec l'annonce d'un retour et la menace de renverser le gouvernement Monti, Berlusconi met en jeu la crédibilité retrouvée de l'Italie dit-il et risque d'entraîner de nouvelles turbulences sur les marchés financiers. Je ne saurais dire si on est en train d’assister à un opéra-comique ou à un opéra tragique, mais voir et entendre le principal protagoniste politique de l’Italie de ces vingt dernières années perdre ainsi la tête est à la fois grotesque et préoccupant commente de son côté LA REPUBBLICA cité par le courrier international. Je pensais que plus jamais je n’aurais à m’occuper de lui et me revoilà à écrire, pour la énième fois, sur Berlusconi se lamente ainsi l'éditorialiste.

Alors certains veulent tout de même rester optimistes, c'est le cas notamment de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, pour qui la condamnation de Berlusconi prouve que l'Italie se désintoxique, petit à petit, de la déformation morale générée par l'ancien président du conseil italien. Pour preuve, hier, aux élections régionales organisées en Sicile, le parti de Silvio Berlusconi a subi une défaite historique, au profit non seulement de la gauche, mais aussi d'un nouveau mouvement pourfendeur des partis traditionnels. Un échec d’autant plus retentissant commente ce matin LE TEMPS de Genève, que l'île a longtemps été un bastion de la droite. Historiquement poursuit le journal, la Sicile a donc toujours eu une fonction de test pour la politique nationale. Et de conclure, les élections régionales d'hier confirment ainsi que le cycle berlusconien est bel et bien terminé. All things must pass. Toutes les choses ont une fin.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......