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La revue de presse internationale deThomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Deux heures de questions et de remontrances. C’était hier matin, plusieurs dirigeants de la banque UBS ont été passés sur le gril à Londres par une commission spéciale, la commission parlementaire britannique chargée de la réglementation bancaire. En cause : le rôle de la première banque suisse dans le scandale dit du Libor, en français le taux interbancaire pratiqué à Londres, un indice calculé quotidiennement et destiné, en principe, à refléter le taux moyen auquel les banques se prêtent de l'argent entre elles, un indice absolument déterminant puisqu’y sont adossés pas moins 300 000 milliards de produits financiers. Or la banque UBS est accusée d’avoir manipulé ces taux interbancaires, une manipulation précise ce matin LE TEMPS de Genève qui a valu à l’établissement d’être condamnée à verser une amende record de 1,5 milliard de dollars aux autorités britannique et américaine. Le secteur bancaire "doit changer" a même reconnu hier le patron de la branche investissements de la banque suisse avant d’ajouter : « Nous avons tous été probablement trop arrogants ».

Alors une banque qui fait son mea culpa, l’évènement est suffisamment rare pour être soulignée. Ca n'est d'ailleurs pas le seul cette semaine, puisque dans un rapport publié mardi écrit ce matin le correspondant à Madrid des ECHOS, la Banque d'Espagne, en quête de crédibilité, mais aussi tenue à certaines exigences de la part des Européens qui lui ont prêté quelques 40 milliards d'euros, la Banque d'Espagne a donc elle aussi fait son mea-culpa, en reconnaissant des « carences » dans son système de supervision bancaire. Pour être tout à fait exact, c'est même là en réalité son deuxième mea culpa en quelques mois seulement, puisqu'en juillet dernier déjà, le nouveau gouverneur de la Banque d'Espagne avait admis que l'institution avait agi de façon insuffisante, voire, inadéquate. Sauf qu'appeler aujourd'hui à renforcer la supervision bancaire, revient de facto à pointer du doigt les processus d'inspection préexistants. Et les inspecteurs ayant certainement vu le coup venir ont du coup laissé filtrer dans la presse leur propre rapport, rapport publié par le journal de Madrid EL PAIS et dans lequel ils accusent les dirigeants de la Banque, non seulement d'avoir regardé ailleurs devant des indices de délits, mais également d'avoir altéré leurs conclusions d'inspection. Des accusations aussitôt jugées calomnieuses par l'ancien gouverneur de la Banque d'Espagne, mais des accusations surtout de nature à nuancer bien évidement la valeur de l'amende honorable de l'établissement.

Mais en cette nouvelle année et à l'heure des bonnes résolutions, tâchons de rester optimiste et posons nous plutôt cette question ce matin : après le mea-culpa d'UBS, après le mea-culpa de la Banque d'Espagne, faut-il en déduire que la philosophie des multinationales de la finance a changé ? A l'évidence reprend LE TEMPS, le lobby bancaire international n'a pas dit son dernier mot. Pour preuve, dimanche dernier, le Comité de Bâle réunissant les autorités bancaires de près de trente pays a fini par céder face à la fronde des grands groupes financiers. Les «sages de Bâle» ont en effet accepté d’assouplir l’encadrement de leur liquidité. En clair, les groupes financiers ont obtenu un assouplissement des exigences en termes de liquidité qui devaient leur être imposées à partir de 2015. Et puisqu'après tout les fêtes de Noël ne sont pas si loin derrière nous, les groupes financiers ont également obtenu un sursis dans la mise en œuvre de réformes s’attaquant à l’une des causes clés de l’écroulement de la banque Lehman Brothers en 2008.

Mais le plus grave sans doute poursuit le journal, c'est que les habitudes des années de l’argent fou semblent avoir pris aujourd'hui d’autres formes, moins visibles. C'est ainsi, par exemple, que l'agence BLOOMBERG nous révèle dans une enquête publiée cette semaine que la banque d'affaires Goldman Sachs contournerait habilement les nouvelles règles bancaires américaines. Des pratiques, qui existent également en Europe, ne sont pas illégales, mais ne respectent pas vraiment l'esprit de la loi. Et pourtant, l'été dernier, le patron de Goldman Sachs, la plus grosse banque d'affaire au monde jurait que non, les «traders» n’ont plus désormais le loisir de «risquer l’argent de la banque sur ce qu’ils veulent». Promesse écrit l'agence BLOOMBERG qui aura tout lieu de surprendre les employés d’un département secret, appelée MSI, lesquels s’emploie au contraire à contourner le tour de vis imposé à Wall Street, en particulier la règle dite Volcker qui doit entrer en vigueur cette année et visant à limiter la spéculation à court terme à l’aide de l’argent des banques. Au terme de divers entretiens avec d’anciens collaborateurs, BLOOMBERG conclut que cette filiale MSI, en réalité un fonds spéculatif géré en interne n’a pas de clients et s’occupe de placer 1 milliard de dollars appartenant à la banque.

Alors en Suisse, UBS justement avait elle aussi indiqué il y a plus d’un an avoir abandonné la spéculation pour compte propre. Comme le patron de Crédit Suisse. Et comme celui de Goldman Sachs. En clair conclue l'article, les banques continuent à spéculer en cachette, sous le couvert d’appellations en tout genre, comme «tenue de marché» ou «animation de marché».

Mea-culpa

C’est ma faute

C’est ma faute

C’est ma très grande faute d’orthographe

Voilà comment j’écris ... spéculation.

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