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La revue de presse internationale par Claude Guibal

4 min

On va jouer à un jeu Marc Voinchet si vous le voulez bien.... On dirait qu'on joue au jeu des sept familles, vous savez, dans la famille Machin, je vous demande la soeur, le père... Ben là, dans la famille "Candidat à la présidence égyptienne", je vous demande le frère... musulman bien sûr....Ah, mais Marc, si vous aviez suivi les règles du jeu, édictées il y a un an après la révolution qui a mené à la chute d'Hosni Moubarak, vous sauriez qu'il y a un piège, car théoriquement... il ne peut pas y avoir de frère musulman candidat à la présidence de la république... C'étaient les frères eux-mêmes qui l'avaient promis! Une façon de rassurer les foules et la communauté internationale, face au risque de monopolisation du pouvoir par les islamistes... Ils avaient donc promis qu'ils ne présenteraient pas de candidats à la présidence... Alors oui ils avaient aussi promis qu'ils ne brigueraient pas plus de 30% des sièges aux législatives... ils en ont finalement brigué plus de 80 et obtenu 47%... Eh oui, rappelez vous que les promesses n'engagent que ceux qui les croient...Voilà donc que le week-end dernier, on apprend tout à trac qu'au jeu des sept familles de la présidence égyptienne, les Frères Musulmans abattent leur carte.... Et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit de Khayrat el Shater.... En Egypte la nouvelle a fait l'effet d'une bombe car Khayrat el Shater n'est pas n'importe qui comme nous le rappelle la version anglaise du quotidien Al Ahram ... A 62 ans, Khayrat el Shater est en fait le véritable dirigeant des frères musulmans et pas le guide suprême Mohamed Badiez qui, lui, sert de vitrine... Hosni Moubarak ne s'y était d'ailleurs pas trompé en s'en prenant directement lui et en l'envoyant pour 7 ans en prison en 2006, lors de la grande offensive contre les islamistes. Khayrat el Shater, grand argentier des frères était -officiellement - condamné pour terrorisme et blanchiment d'argent... Ce milliardaire, homme d'affaire très avisé est aussi un des idéologues de la confrérie, tendance dure, bien conservatrice... El Mohandas, l'ingénieur comme on le surnomme nous rappelle Al Ahram, c'est en quelque sorte le joker de la confrérie, l'atout maitre dans le bras de fer qui oppose actuellement ces deux titans qui cherchent à diriger l'Egypte, l'armée et les islamistes.Jusqu'à présent ces deux là avaient dansé un joli pas de deux comme l'explique Jack Shenker, dans les pages du quotidien britannique The Guardian. Un numéro de duettiste qui leur a permis de débarrasser ou presque le paysage des libéraux et des jeunes révolutionnaires, mis sur la touche par une population épuisée par cette révolution qui n'en finit plus dans un pays désormais marqué par l'insécurité, la faillite économique, le chaos permanent...Mais la love story de circonstance entre l'armée et les frères connait sa première crise ouverte, sur fond de rédaction de la constitution. C'est le Guardian qui nous en raconte les dessous: Cette nouvelle constitution devrait être rédigée d'ici deux mois, avant la présidentielle par un comité de cent personnes pour partie issue du parlement, et pour partie désignés par l'armée, afin de ne pas laisser totalement la chose aux mains des islamistes... L'enjeu caché de cette constitution est qu'elle garantisse l'immunité des généraux au pouvoir, ces généraux qui étaient hier les bras droits d'Hosni Moubarak. Il faut aussi qu'elle garantisse aussi à l'armée de conserver ses privilèges et ses pouvoirs, et notamment l'opacité de son budget... Sauf qu'en échange, les frères musulmans eux, réclament le pouvoir qu'il leur est du, en raison de leur résultats électoraux. Or l'armée ne lâche pas, et refuse de démettre le premier ministre Kamal al Ganzouri dont les frères musulmans réclament la tête pour prendre sa place... Du coup, le ton monte, et le Daily news Egypt nous explique comment le bras de fer se met en place: les frères musulmans, à qui on refuse de diriger le gouvernement ont donc décidé - sans rire - de se poser en défenseurs de la révolution, et se sont mis à émettre des doutes quand à la transparence du futur scrutin présidentiel ou à menacer de retirer la confiance du parlement au gouvernement. Pas contente, l'armée a répliqué en insinuant qu'elle pouvait - en vertu de la constitution temporaire qui régit l'Egypte - dissoudre ce parlement. Grosse colère des islamistes qui contre attaquent ainsi en disant: "puisque c'est comme ça, on va donc présenter un candidat à la présidentielle"... Et voilà comment on se retrouve avec une forte possibilité de voir demain, à la tête de l'Egypte, si des élections ont effectivement lieu un Khayrat al Shater. Au passage, son profil très conservateur pourrait en outre être bien utile pour draguer les voix salafistes, comme l'explique dans le Christian Science Monitor l'analyste Khalil el Anani... Khalil el Anani qui se demande cependant si les Frères musulmans n'ont pas commis là une erreur fatale. Fatale en interne puisque la confrérie est en train de se déchirer sur la décision de présenter la candidature d'al Shater... Erreur fatale aussi pour l'image des frères auprès de la population qui, elle, commence à réaliser qu'elle est, toujours, malgré sa révolution, prisonnière de ceux qui en coulisse tirent les ficelles...

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