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La situation politique en Chine

5 min

Par Thomas CLUZEL

De Barack Obama, on sait à peu près tout, de ses origines jusqu’aux détails intimes de sa vie privée, comme ces chaussettes trouées qui font râler Michelle. Et de son adversaire Mitt Romney, on en a appris presque autant ces derniers mois. Et puis surtout la planète entière sait que le 6 novembre prochain, les Américains éliront l’un de ces deux hommes pour présider aux destinées de la première puissance économique et militaire mondiale. Et bien figurez vous qu’au même moment, hasard du calendrier, le 8 novembre très exactement, la Chine devrait elle connaître la composition du nouveau bureau politique du Parti communiste. Ce sera même le principal changement de personnel politique depuis dix ans, dans un pays qui, entre-temps, est devenu la deuxième puissance économique et le moteur de la croissance mondiale. Et pourtant, personne ou presque ne s'y intéresse. Alors rassurez vous commente LE TEMPS de Genève, si vous en avez à peine entendu parler, c’est normal. Les 1,3 milliard de Chinois n’en savent guère davantage que vous.

Et bien ce matin, si j'ai choisi donc de vous parler de politique chinoise, paradoxalement, c'est parce que l'on vient d'apprendre la mort politique définitive de l'étoile montante du Parti. Bo Xilai, à qui beaucoup prêtaient des ambitions au niveau national vient en effet d'être exclu des rangs de l'Assemblée Nationale contrôlée par le Parti Communiste. Alors en réalité, l'interruption de son ascension politique ne date pas d'aujourd'hui, puisque Bo Xilai avait déjà été démis de ses fonctions à la tête du Parti, une décision qui sera entériné jeudi prochain, puis limogé du Comité central en attendant son procès pour graves infractions disciplinaires. Reste toutefois que l'annonce ce matin, par l'agence officielle CHINE NOUVELLE de la fin de son immunité parlementaire marque bien l'ouverture officieuse du 18ème Congrès du Parti Communiste censé se tenir le 8 novembre. En clair, le Parti avait besoin de tirer un trait définitif sur le cas Bo Xilai pour que puisse s'ouvrir le congrès.

Car jusqu'à présent, en dépit de son lynchage politique, Bo Xilai disposait toujours de puissants soutiens dans le parti. Pour preuve, cette semaine précise le TELEGRAPH, plusieurs centaines d'universitaires mais aussi d'anciens responsables chinois avaient expressément appelé le Parlement à ne pas exclure justement de ses rangs le dirigeant déchu, en affirmant que les poursuites le visant étaient politiques et infondées sur le plan légal. Dans cette lettre ouverte publiée sur un site internet défendant les thèses de la gauche conservatrice maoïste, les quelques 500 signataires estiment "choquant" que les "droits fondamentaux" de Bo Xilai aient été ainsi violés.

L'affaire Bo Xilai, dont le dernier rebondissement est intervenu ce matin illustre donc bien l'intensité de la lutte pour les postes-clés au sommet du parti unique. Car la disgrâce de M. Bo précise le CHRISTIAN SCIENCE MONITOR a fait en réalité voler en éclats le mythe, savamment entretenu, de l'unité au sommet du pouvoir chinois. Le Parti serait au contraire profondément divisé sur les questions de personnes et de politique. Ainsi par exemple, la montée récente des tensions avec le Japon serait due au moins en partie à ces divisions internes. C'est ce qu'expliquait il y a peu d'ailleurs le NEW YORK TIMES : la réaction belliqueuse de Pékin à l'encontre de Tokyo n’avait pas d’autre but que d’empêcher le Dauphin du président désigné depuis longtemps pour lui succéder dans quelques semaines à la tête du Parti, d’asseoir totalement son pouvoir cet automne. En clair, certains pensent que les luttes intestines ont fragilisé le pouvoir et que c'est la raison pour laquelle Hu Jintao aurait lui même poussé à l’escalade sur plusieurs litiges maritimes afin de démontrer que sa présence était encore nécessaire.

C'est également l'analyse défendue par le quotidien de Hong Kong APPLE DAILY, pour qui Hu Jintao aurait imposé une composition du Comité permanent réduit à sept membres contre neuf actuellement, une composition peu favorable autrement dit à l’affirmation du pouvoir de son successeur désigné Xi Jinping. Mieux encore, le président aurait l’intention de conserver pendant deux à trois ans le poste de président de la Commission militaire centrale, le poste de fait le plus important de la direction chinoise. Et voilà qu'il aurait même déjà désigné le successeur de Xi Jinping pour 2017. Quoi qu'il en soit, de tout cela le journal de Hong Kong en conclue que le nouveau président n'aura donc qu'un pouvoir très limité, notamment parce que ses penchants réformistes, ou supposés tels, auraient du mal à s’imposer.

Alors en réalité la sélection du chef en Chine en 2012 se fera comme il y a un siècle ou deux mille ans, c’est-à-dire dans le plus grand secret précise à nouveau LE TEMPS de Genève. Ce n’est pas une spécificité communiste, c'est une tradition impériale selon laquelle l’élite dirigeante doit veiller au bien-être du peuple, mais n’a aucun compte à lui rendre. Peu importe donc quelle sera la composition du prochain bureau politique du PCC, la Chine restera la Chine. Reste qu'il se joue bien actuellement à Pékin une lutte de pouvoir, dont l’un des ressorts est l’approfondissement des réformes entamées il y a trente ans. Et cette question intéresse non seulement les Chinois, désormais plus riches et désireux de s’informer, mais aussi l’ensemble de la planète puisque le nouveau chef qui sera désigné le 8 novembre prochain pourrait, d’ici dix ans, présider aux destinées de la première puissance économique mondiale. En clair, la sélection du PC chinois n’est pas moins importante que l’élection américaine.

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