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La trêve n'est plus qu'un lointain souvenir.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Depuis hier, les photos parus dans la presse de chars, de blindés, mais aussi de colonnes entières de camions, sans plaque d'immatriculation et tractant, tantôt des obusiers, tantôt des caisses de munitions, toutes ces images de véhicules convergeant vers le bastion prorusse de Donetsk alimentent désormais la peur d'une escalade de la violence, ainsi que le titre notamment le WALL STREET JOURNAL. Pour autant, existe-t-il un risque de reprise de guerre totale, comme semble s'en inquiéter à son tour son confrère du NEW YORK TIMES ? Ou bien doit-on, plus simplement, se rendre à l'évidence et constater que la nouvelle escalade a déjà commencé ou pire, que la guerre, en réalité, n'a jamais cessé en dépit de la trêve conclue le 5 septembre dernier. Toujours est-il que depuis hier, sous le regard même des observateurs de l'OSCE, remarque avec consternation le journal ukrainien VISSOKI ZAMOK, les mouvements de troupes et de matériel depuis la Russie s'accélèrent.

Les combats également se durcissent, les deux camps se livrant à de violents duels d'artillerie dans la ville de Donetsk, en particulier autour de l'aéroport mais pas seulement, car la plupart des bataillons séparatistes se sont installés au cœur même des quartiers d’habitation. Ici, les vitres sont mises à rude épreuve. A chaque départ de missiles ou de mortier, elles vibrent, certaines explosent, les alarmes de voiture se déclenchent et les chiens se mettent à aboyer. Le tout dans un brouillard tenace qui peine à quitter la ville. En d'autres termes, précise LE TEMPS de Genève, pour tous ceux qui habitent la ville, les tirs d’artillerie sont une loterie éreintante et surtout mortelle.

La semaine dernière, Daniel, 14 ans et Artëm, 18 ans, sont morts, touchés par un obus, alors qu’ils jouaient au foot. De quoi raviver un peu plus encore la colère des habitants, et ce non pas contre les rebelles à qui ils servent pourtant de boucliers mais contre le gouvernement ukrainien. « Les Ukrainiens assis dans leurs canapés à boire des bières, devraient envoyer leurs enfants vivre ici une semaine, et peut-être qu’alors ils accepteront de voir d’où viennent les bombes », s’est notamment exclamé le père de Daniel lors de l’enterrement de son fils. Un témoignage que le service de presse des séparatistes ainsi que les médias russes se sont, d'ailleurs, empressés de reprendre.

Nicolaï, lui, a échappé de peu à la mort. La semaine dernière, un mortier est tombé devant son portail : « Mon chien était paniqué par les grondements, alors je l’ai rentré dans la maison. Et au même moment, un obus a heurté le toit et a fini par exploser dans le jardin ». Et d'ajouter, alors qu'autour de lui, tout a été perforé par les débris du mortier : « sans mon chien, dit-il, les Ukrainiens auraient tué un civil de plus ».

Le deuxième acte de la guerre du Donbass semble donc bel et bien se préparer et ce même si, rappelle le journal, l’élection d’Alexandre Zakhartchenko au terme d’un scrutin non reconnu le 2 novembre dernier, symbolisait déjà, à elle seule, la mort clinique des accords de Minsk.

Et puis ainsi qu'en témoignent depuis hier les photos publiées partout à la Une des journaux, sur le plan militaire, jamais la situation n’a été aussi explosive, qu'il s'agisse de ces convois non identifiés mais dont personne, évidemment, ne doute un seul instant de l'origine. Mais pas seulement, puisque selon un conseiller des services secrets ukrainiens, la Russie aurait également envoyé des agents et des instructeurs dans les zones rebelles.

Dans ce contexte, il est une déclaration qui en a surpris plus d'un le week-end dernier. A l'occasion du 25eme anniversaire de la chute du Mur de Berlin, Mikhaïl Gorbatchev, l'artisan de la réunification allemande, mais aussi le père de la Perestroïka soviétique a vertement critiqué la politique étrangère européenne et soutenu le président Poutine. En d'autres termes, analyse le quotidien russe GAZETA cité par le courrier international, en s'exprimant quasiment à l'unisson avec le président russe, le réformateur soviétique, que l'opinion publique occidentale voit communément comme l'un des maîtres d'œuvre du monde postsoviétique, montre que lui-même, en tant que représentant de l'URSS et de la Russie, se considère aujourd'hui comme trahi par les élites occidentales. Et le problème, conclue l'éditorialiste, c'est qu'en Europe, on continue de l'écouter bien poliment, sans pour autant en tirer de conclusion.

Hasard du calendrier, hier, en raison d'un problème de dysfonctionnement de filtre dans une raffinerie, l'air de la capitale russe était empli d'une forte concentration de sulfure d'hydrogène, six fois supérieure aux limites admissibles et ressenti par les habitants dans plusieurs quartiers de Moscou. Plusieurs médias russes ont notamment diffusé des photos et des vidéos montrant, en effet, un épais brouillard dans certains quartiers de la capitale. Alors dans les jours à venir, les conditions météorologiques devraient être, a priori, plutôt favorables à la dispersion de ces émissions dans l'atmosphère. Mais on rappellera tout de même que le sulfure d'hydrogène est un gaz inflammable, incolore, très toxique et qu'il a une forte odeur d'œuf pourri.

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