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La violence revient en Irlande du Nord

5 min

"Antrim était devenu un endroit très sûr et agréable pour ses habitants...et c'est probablement pour ça que c'est devenu une cible aussi évidente"...Ainsi s'exprime ce matin, dans un reportage publié par The Independent, le père Tony Delvin, prêtre dans la petite ville nord-irlandaise frappée samedi soir par le meurtre de deux soldats britanniques... Pour la plupart des journaux, l'attentat est "destiné à provoquer une nouvelle vague de violences dans la région"... Une thèse face à laquelle les nombreux dirigeants politiques se sont empressés de riposter en affirmant qu'une "telle attaque ne devait pas handicaper le processus de paix", comme le résume Die Welt. Une majorité de quotidiens évoquent également la polémique sur les "forces spéciales"..."L'attentat s'est produit", peut-on lire dans El Pais, "quelques heures après que le chef de la police en Ulster a confirmé l'arrivée dans la province d'une nouvelle unité de l'armée, spécialisée dans la surveillance électronique, pour justement aider la police à surveiller les dissidents de l'IRA"...Des militaires ayant récemment oeuvré, selon la presse, en Irak et en Afghanistan. Et si l'attaque a reçu la condamnation de tous les acteurs politiques concernés, cette question des forces spéciales a déclenché un début de poker menteur. Selon le phénomène bien connu du cercle vicieux, les Républicains parlent de leur arrivée, "stupide" - je cite - comme d'une "menace" pour la paix, lorsque la police affirme qu'en raison justement de la même "menace", plus forte récemment, elle a dû faire appel aux enquêteurs... Inquiétude immédiate d'un présent à nouveau violent, et inquiétude générale quant à l'avenir du processus de paix... "Comment tout cela peut-il arriver" demande The Independent, "si l'Irlande du Nord est censée être en paix ? La réponse tient dans le fait que la paix de Belfast est certes assimilée, mais toujours incomplète"... Le quotidien explique que quatre ou cinq groupes dissidents de l'IRA existent, le plus notoire étant cet "IRA véritable", créé en 1997 et responsable des 29 morts de l'attentat d'Omagh, un an plus tard..."Après cette horreur" dit The Independent, "l'activité dissidente s'est estompé pour un temps, avant de reprendre en quelques années"... Et pour mieux, peut-être, comprendre la mentalité de l'IRA-véritable, cette interview, accordée au mois de février par l'un de ses leaders au Belfast Irish News : "nous n'avons pas de branche politique car on estime que la stratégie a échoué pour les Républicains par le passé. La politique et l'armée ne peuvent cohabiter...Nous ne déposerons pas de bombes dans les centre-villes...Le républicanisme irlandais ne peut se permettre un nouvel Omagh, de même que personne ne souhaite revivre ce genre de période...Nos cibles sont bel et bien les forces de sécurité"... L'une des volontés des terroristes pourrait d'ailleurs être un nombre plus important de soldats britanniques dans les rues de l'Ulster, pour leur mener une nouvelle bataille...Le New York Times rappelle qu'après l'accord de paix de 98 leur nombre était passé de 25 à 4.000, et que les unités restantes - plus discrètes - n'étaient plus impliquées dans une démarche sécuritaire... Autre théorie, politique cette fois, défendue par le Guardian : "le double meurtre n'était pas seulement une attaque contre des ennemis historiques, les soldats, mais également un assaut indirect contre le Sinn Fein...les dissidents ne tolèrent pas, en effet, qu'il partage le pouvoir avec les unionistes...Et l'inquiétude pour le parti de Gerry Adams, après chaque condamnation du même genre, serait de se voir accusé de trahison par des factions républicaines dissidentes, qui lui reprocheraient un soutien indirect à l'armée britannique". On peut lire aussi cet éditorial dans le Times, selon lequel "les leaders du Sinn Fein marchent sur la pointe des pieds à travers cette nouvelle atrocité"...Pour l'universitaire irlandais Paul Bew, la réponse est davantage à attendre dans le parti que du côté des loyalistes..."en terme d'idéologie, les dissidents ont défié Gerry Adams en ne tuant pas des compatriotes, mais des sujets britanniques..." Il ajoute que le Sinn Fein, en relative perte d'influence lors des récents scrutins, a tout intérêt à ne pas surfer sur le nationalisme agité de certains jeunes, et plutôt s'attacher à conserver ses prérogatives dans les affaires politiques de la province... Comme l'écrit le journal suisse Le Temps, "Si les groupuscules dissidents ont gagné en puissance ces derniers mois, c'est en partie parce que le processus politique stagne. Deux ans après le partage du pouvoir, une question centrale n'a toujours pas été réglée: la décentralisation de la police et de la justice. Celles-ci demeurent sous le contrôle de Londres, le projet est de les transférer au gouvernement d'Irlande du Nord. Mais les négociations traînent". Et c'est un autre journal suisse, la Tribune de Genève, qui propose ce matin la conclusion la plus limpide, et la plus efficace : "c'est bien l'attitude des républicains et leur détermination à rompre avec le passé qui est désormais au centre de l'attention. Plus que la menace de petits groupes isolés et dépourvus de soutien populaire, c'est le jeu politique qui pourrait faire vaciller une paix encore fragile."

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