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L'Algérie confrontée à une recrudescence des attentats

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Décidement, Al Qaida n'en finit pas de frapper dans le département de Boumerdes et d'endeuiller des familles entière, commente le quotidien algérois El Watan, après l' attentat d'hier soir à 80 kilomètres à l'est d'Alger. Treize personnes sont mortes, dont un ingénieur français dans un double attentat. les bombes étaient positionnées sous la chaussée. C'est un convoi de l'entreprise française Razel, escorté par les forces de sécurités qui a été attaqué. Cet attentat est le cinquième en cinq jours, dans cette région de Kabylie orientale rappelle le quotidien La Liberté. Mais pour El Watan, ce drame évoque surtout celui de septembre 2007, revendiqué par Al Qaida au Magreb. L'entreprise de travaux publics Razel avait déjà été visée, et l'attentat d'hier s'inscrit dans la même logique: dissuader les étrangers de travailler en Algérie. Et cette attaque coïncide avec le lancement - aujourd'hui - de la 41e foire internationale d'Alger, un événment, précise la nouvele république, qui est le plus important moyen de mise en contact entre les opérateurs économiques algériens et étrangers. Quant au quotidien proche du pouvoir, El Moujahid, il mentionne l'événement, intervenu en début de soirée, seulement en quelques lignes. "Explosion de deux bombes près de la gare ferroviaire de Beni Amrane. Deux morts". Mais dans un article publié peu avant sur son site internet, El Moujahid rapporte que " trois terroristes ont été condamnés à la peine capitale par le tribunal criminel de Boumerdès". ILs étaient jugés pour adhésion à un groupe terroriste armé et pose d'explosif sur la voie publique. Les trois hommes sont agés de 21, 23 et 24 ans, le plus agé étant présenté par le journal comme "le chef terroriste d'un groupe activant entre Tidjlabine et Thénia, deux petites localités de la région. Et cette précision est importante car elle renvoie à un débat de fond sur la nature du terrorisme. Cette série d'attentat intervient en effet, alors que les condamnations pour terrorisme se sont multipliées et que la présence de groupes actifs dans la région de Boumerdès est bien connue des autorités. Au début de l'année, le 3 janvier, El Watan se posait déjà la question : pourquoi les groupes terroristes islamistes sont ici plus actifs qu'ailleurs et pourquoi les sevrices de sécurité n'arrivent-ils pas à mettre definitivement hors d'état de nuire l'ex-GSPC devenu Al Qaida au Margeb islamique? Et le quotidien d'Alger de répondre que dès le début de la crise cette région a fourni les maquis pour les chefs et leurs troupes, puis de fustiger l'immobilisme du pouvoir : la stratégie de lutte antiterroriste, au vu de ce qui se passe, doit être repensée, estime El Watan. Cette analyse est partagée par Kader Abderrahim, chercheur à l'IRIS interrogé par Afrik.com. Dix ans après sa création, l'Algérie n'est toujours pas venu bout du GSPC. Pendant les années 1990, il a fallu que l'Etat se renforce, mais aujourd'hui il a retouvé une certaine stabilité. Il faut changer de méthode. Pourtant des dizaines d'arrestations ont été effectuées l'année dernière dont un "gros morceau", rappelle El Watan. Toutes ces arrestations et éliminations ont provoqué des dissensions au sein de groupes terroristes, opposant les tenants d'une internationalisation de la crise et ceux qui voudraient rester dans la dimension interne en poursuivant l'action terroriste jusqu' à l'instauration d'une dawla islamia, un Etat islamique. Et c'est toute la problématique de l'évolution d'Al Qaida qui est posée ici: entre réseau tentaculaire et groupes isolés qui ont choisi leur label. Le clivage se retrouve d'ailleurs dans l'analyse qu'en font les spécialistes. Dans son édition de ce matin, le New York Times rapporte la confrontation de vues qui distingue deux experts américains réputés. Bruce Hoffman, un universitaire de Georgetown, estime qu'Al Qaida est bien vivant, en résurgence et plus dangereux qu'il ne l'a été dans les années passées. A l'inverse, l'ancien agent de la CIA Marc Sageman considère que le principal danger ne vient pas d'Al Qaida en tant qu'organisation, mais plutôt de la base, constituée d'individus radicaux et de groupes qui agissent dans leur environnement immédiat et sur internet. Et de la maison blanche à la CIA on reconnait l'importance de ce débat dans la lutte anti-terroriste. En suivant la théorie de Sageman, nous dit le New York Times, il serait plus facile pour le nouveau président de réaliser des économies ou du moins de réorienter les budgets dans cette énorme machine qui coûte aux Etats Unis des milliards de dollars. Et dans un article consacré à la lutte anti-terroriste en Asie du sud-est, le New York Times en vient à la conclusion que trois ans après les derniers gros attentats, ceux qui avaient fait 19 morts à Bali, dans trois restaurants, la plupart des analystes considèrent que le soutien financier et logistique d'Al Qaida aux autres groupes s'est nettement asseché. Alors peut-il en être de même en Algérie ? El Watan répond qu'il faut un traitement à la base: démonter la matrice idéologique qu'est l'islamisme. Car dans la région de Bourmerdès, les forces de sécurité ont quasiment bouclé la région et malgré cela le GSPC conserve une capacité de nuisance et les opérations de recrutement se poursuivent dans les maquis. Il y a seulement quelques jours, on nous a signalé deux jeunes de Thénia qui ont rejoint des groupes islamistes, explique El Watan. Mais c'est parce que les autorités ont négligé l'aspect politique au profit d'un vaste volet répressif, analyse Kader Adberrahim interrogé par Afrik.com. Cela fait 20 ans que le monde arabe est confronté à ce problème. Il faudrait que les progrès économiques et sociaux soient enregistrés dans ces pays. L'éradication de la menace terroriste passe par la démocratisation de la région. De là, le terrorisme deviendra condamnable par ces sociétés car le citoyen sera la premier défenseur de l'Etat. Il faut accepter de discuter avec les groupes islamistes qui condamnent le terrorisme, poursuit le chercheur à l'IRIS et il faudrait qu'avec l'Europe les relations bilatérales se renforcent d'avantage dans leur dimension démocratique et non purement commerciales.

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