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L'Allemagne évite une crise politique / la France xénophobe s'ouvre timidement à l'Est

5 min

Tous sourires, ils s'affichent à la Une de la presse allemande. Angela Merkel, la Chancelière CDU ... et son allié de circonstance le social démocrate Kurt Beck. Tous sourires après un sommet qui a duré 4 heures hier soir et qui était annoncé comme très périlleux. "La grande coalition cherche désespérément une porte de sortie", titrait ainsi Die Welt am Sonntag. Selon l'hebdomadaire, trois réformes au moins ... menaçaient d'enrayer les rouages du gouvernement ... sorti des urnes en septembre. D'abord l'augmentation de l'impôt sur la fortune, exigé par la gauche. La CDU l'avait accepté du bout des lèvres, rappelle l'hebdomadaire ... Selon l'accord signé par la coalition ... le gouvernement allemand s'était engagé à augmenter de 3 points l'ISF - pesant sur les foyers les plus fortunés. Cette charge devait toucher les célibataires qui gagnent plus de 250 000 mille euros, ou les couples dont les revenus dépassent le demi million. Mais le SPD voulait ajouter dans ce calcul les revenus tirés des entreprises en nom propre. Ce que la droite refuse obstinément. "Il n'y aura pas avec la CDU" a répété Angela Merkel tout le week-end, "il n'y aura pas d'augmentation d'impôt qui vienne grever l'économie allemande". Si on en croit la Frankfurter Allgemeine Zeitung, les deux partis ont su trouver un compromis hier soir. "Nous avons très bien progressé" claironne ainsi Kurt Beck le nouveau président du SPD. L'augmentation de l'impôt sur la fortune va être ainsi associé à une réforme plus profonde ... de la fiscalité allemande, prévue pour 2008 - elle pourrait être avancée - de manière à compenser l'effet de la nouvelle taxe. Et puis ajoute le site internet du Tagesschau ... l'autre grande controverse a trouvé elle aussi une issue positive. L'Allemagne devrait instaurer prochainement ... un salaire parental, pour inciter les femmes à faire plus d'enfants. Ainsi une Maman qui s'arrêterait de travailler 1 an pourrait gagner 67% de son salaire, dans la limite de 1 800 euros par mois. La droite souhaitait prolonger le système au delà de 12 mois pour inciter le père à s'arrêter lui aussi quelques temps, moyennant une indemnité. Ce sera possible, mais le SPD a veillé à ce que l'enveloppe consacrée à cette politique nataliste ne dépasse pas les 4 milliards, qui lui avaient été alloués. Comme l'explique le Figaro de ce matin, une telle réforme ne paraît pas extraordinaire, en France. Mais c'est une grande première en Allemagne, où les politiques natalistes étaient taboues depuis la fin du nazisme. Il y a d'ailleurs urgence en la matière, note Renaud Girard, 40% des femmes allemandes diplômées ... ont renoncé aujourd'hui à avoir des enfants. Enfin ... le consensus droite-gauche à aussi ses limites. La coalition n'est pas parvenue, hier, à s'entendre sur la réforme de la santé. Angela Merkel .... veut responsabiliser les patients et leur faire payer une partie du déficit de la sécurité sociale ... ce dont la gauche ne veut pas entendre parler. Les syndicats l'ont répété hier, pendant les défilés du 1er mai ... "il ne faut pas faire le jeu du patronat, et augmenter uniquement les cotisations sociales des salariés". Malgré cette dernière controverse, Berlin serait sur "le chemin vertueux des réformes", croit savoir le Figaro. Et d'écouter les petits patrons qui se sont installés à Aldershof, dans la banlieue de Berlin, au milieu d'un parc technologique, à l'architecture à la fois stalinienne et post-moderne ... mais qui pourrait bien devenir le berceau des industries allemandes du XXIème siècle. Tous ces patrons prévoient d'embaucher en 2006 et d'augmenter leur activité d'au moins 15%. Comme le résume el politologue Martin Koopmann ... "La grande différence avec la France, c'est qu'ici les gens sont majoritairement prêts à la réforme". L'Allemagne toutefois, ne montre pas l'exemple dans 1 domaine au moins - celui de l'ouverture de ses marchés aux étrangers venus d'Europe de l'Est. Comme l'Autriche elle reste l'un des pays les plus fermés - alors que la France, vous le savez a décidé d'assouplir sa législation. Dns 61 métiers, les travailleurs des pays de l'Est entrés en 2004 dans l'Union Européenne, n'auront plus besoin d'un permis de travail ... Alors que le gouvernement se félicite de son pragmatisme, la presse anglo-saxonne, jette un regard sévère sur notre soudaine ouverture d'esprit. "Ayons une pensée pour le plombier polonais", s'exclame ainsi le Gardian " si seulement il avait été chef pâtissier, il aurait peut-être été bien accueilli en France, au lieu d'être accusé de voler le travail des autres". "Car la France", poursuit le quotidien britannique, " dans un paroxysme de xénophobie - à l'idée que des hordes de travailleurs d'Europe de l'Est allaient déferler sur Paris ... vient seulement de décider ... qu'elle avait besoin des étrangers dans ses cuisines". C'est un volte-face remarquable ironise le Guardian - qui rappelle que la Grande-Bretagne a ouvert son marché du travail, dès l'élargissement en 2004, et que cela lui a plutôt réussi. Le ton est moins sarcastique, mais tout aussi sévère, chez nos voisins Irlandais, qui estiment que l'assouplissement de la législation des pays de la "vieille Europe " est « à peine une ouverture ». Dns les pays clés de l'Union Européenne, les frontières restent hermétiquement fermées - souligne Utv, même les économies les plus riches, préfèrent protéger leurs marchés, ce qui pourtant risque de créer une Europe à deux vitesses. C'est d'autant plus étonnant, note le Belfast Telegraph, que les employeurs, en Irlande plébiscitent ces immigrants venus de l'Est, plus efficaces et moins paresseux que les travailleurs qu'on trouve chez nous, soutient le journaliste. Ils acceptent surtout des salaires bien inférieurs, c'est même presque dommage, dit un petit patron, j'emploie des docteurs, pour monter des échafaudages ... parce qu'ils sont mieux payés ici que chez eux. Ces immigrés sont d'ailleurs exploités, rapportent les syndicats irlandais, contraints de faire des heures supplémentaires, ils sont moins rémunérés, à travail égal, que leurs homologues. Il faut cesser ce dumping social, ajoute le syndicat, et obliger nos gouvernements à mieux encadrer ces travailleurs. Un dernier mot pour vous dire que dans le courrier des Balkans vous apprendrez que cette fuite des salariés vers l'Ouest, commence à faire des pays de l'Est, des terres d'immigrations. Les Chinois notamment et les biélorusses, arrivent en masse.

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