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L'Amérique à une semaine du défaut de paiement : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Si aucun accord politique entre démocrates et républicains n'est conclue d'ici jeudi prochain, alors le 17 octobre, Washington sera sans argent. Et les nouveaux billets verts de 100 dollars apparus sur le marché mardi dernier, truffés de technologie et sertis d'un ruban bleu 3D tissé, n'auront guère eu le temps de profiter de leur nouvelle jeunesse.

A moins que tout le monde s'en contrefiche. Pour preuve, la semaine dernière, remarque LA STAMPA de Turin, l'annonce par Twitter de son entrée prochaine en bourse a suscité plus d'intérêt, que le blocage du budget américain. Pour le monde de la finance et probablement également pour l'économie réelle, l'entrée en bourse de Twitter, fort de 220 millions d'utilisateurs, constitue un moment plus historique, que le blocage du budget américain.

Et d'ailleurs, tandis que l’administration américaine a largement entamé sa deuxième semaine de paralysie, curieusement, le calme règne. Pourtant, aucune sortie de crise, donc, n'est en vue actuellement. Le Trésor américain a même déjà prévenu qu'un défaut de paiement du pays pourrait provoquer une crise financière, pire, que celle de 2008. Le risque d'une catastrophe financière majeure dans les semaines à venir est donc plus important que jamais, s'inquiète à son tour le journal de Vienne DER STANDARD, car un pareil scénario serait lourd de conséquences, non seulement pour les Etats-Unis, dit-il, mais aussi, pour l'ensemble de l'économie mondiale.

Le NEW YORK TIMES, dans un article cité par le courrier international, s'amuse d'ailleurs cette semaine à raconter à quoi ressemblerait la capitale fédérale après le défaut de paiement. Les colonnes du Mémorial de Lincoln seraient à demi enfouies dans la gadoue, de même que la tête majestueuse du bon vieil Abraham. Des animaux enfuis du Parc zoologique national, depuis que leurs gardiens ont été mis en congé sans solde migreraient vers les monuments, en quête de nourriture abandonnée par les touristes. Les édifices de marbre blanc seraient couverts de suie, ruines de tragédie grecque, envahies d'herbes folles. Des zombies du mouvement ultraconservateur Tea Party, surexcités par les sombres ravages qu'ils ont infligés à la planète, rôderaient encore autour du Capitole, toujours prêts à mâchouiller un peu plus d'humanité. Enfin ce paysage lugubre serait encore ponctué de cerisiers morts, tandis que le vent chasserait les ordures sur les boulevards désormais jonchés des détritus de la démocratie.

Et pour éviter de sombrer dans ce chaos, le temps presse, puisque la limite d’endettement maximal du pays sera atteinte jeudi prochain. Il ne restera alors que 30 milliards de dollars en caisse. Autrement dit, sans accord, l’Etat fédéral sera en cessation de paiement avant la fin du mois, une situation qui devrait rimer avec fin du monde pour les marchés financiers.

Mais pour l’instant, assez curieusement, le calme règne. Le mouvement vers l’or, notamment, refuge classique des investisseurs en cas de crise, se fait dans l’ordre, remarque LE TEMPS de Genève. Et surtout, sur le marché cette fois-ci des emprunts d’Etat, les taux d’intérêt implicites exigés par les investisseurs pour continuer de prêter à Washington ont même diminué. Un paradoxe, puisqu'un tel mouvement signifie que prêter à Washington devient aujourd'hui un peu moins risqué. Et le journal, de souligner le côté pour le moins contre-intuitif de cette réaction avec le cas de l'Italie, où il avait suffi que les manœuvres du camp berlusconien fragilisent le gouvernement Letta pour que les taux exigés sur les emprunts de l’Etat italien redécollent instantanément.

La première explication à ce calme qui semble aujourd'hui l'emporter sur un sentiment de panique pourtant a priori légitime est sans doute à chercher dans les petites phrases, apparues dans la presse et laissant entendre que les républicains seraient en réalité sur le point de faire une proposition plus réaliste, que de seulement demander la peau d’une réforme «Obamacare» d’ores et déjà actée. A minima, ils accepteraient d’augmenter pendant quelques semaines le plafond de la dette, afin de pouvoir négocier la remise à plat des finances publiques. Alors le problème, c'est que même si un consensus est trouvé au Sénat, il devra ensuite passer au crible d’une Chambre des représentants à dominante républicaine. Sauf que qui est aujourd'hui le meilleur allié de l’establishment républicain, dans le ­cadre de la crise budgétaire américaine, interroge le NEW YORK TIMES ? Réponse Barack Obama. Le président démocrate est en effet le seul rempart dont les modérés du Grand Vieux Parti républicain disposent pour empêcher les membres du Tea Party de remporter une victoire qui aurait de lourdes conséquences, car celle-ci garantirait, à coup sûr, dit-il, une défaite cinglante des républicains à la présidentielle 2016 car, quelle que soit l’influence du mouvement populiste, l’Amérique vote au centre.

Enfin dernière explication à ce paradoxe sur le calme apparent, en dépit de la menace qui pèse sur l'Amérique et l'économie mondiale. En décembre prochain, lors de la prochaine réunion de la Réserve fédérale, toutes les conditions ne seront pas réunies pour que celle-ci annonce mettre un terme à ses mesures de soutien de l’économie. En clair, à la fin de l’année, la banque centrale n’interrompra pas ses 85 milliards d’achats mensuels d’emprunts américains. Et aux yeux des marchés, le fait que la Fed continue d’injecter des montants illimités d’argent frais dans le système, est de loin plus important que la commedia dell’arte qui se joue aujourd'hui au Congrès américain.

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