LE DIRECT

LAMPEDUSA : Comment éviter d’autres naufrages...

5 min

C'est le quotidien italien La Repubblica qui interpelle les chefs d'Etats européens ce matin à l'occasion du conseil à Bruxelles. Article signé Tito Boeri dont la version en français est à lire sur le site de l'hebdomadaire Courrier International.

Que rappelle Tito Boeri ? Qu'au moins 6 772 personnes, presque 2 par jour, sont mortes ces dix dernières années dans la traversée du canal de Sicile alors qu'elles étaient en quête d’asile. C’est une estimation par défaut explique la Repubblica, car beaucoup de bateaux et de réfugiés ont été engloutis par la mer à notre insu. Et de rappeler que le président du Conseil italien, Enrico Letta, a annoncé le 14 octobre dernier un déploiement extraordinaire de forces navales et aériennes italiennes pour rendre la mer Méditerranée aussi sûre que possible.

Tito Boeri espère juste que cela serve au moins à réduire cette macabre comptabilité, mais malheureusement poursuit notre confrère, les raisons d’en douter ne manquent pas. De nombreux naufrages ont coïncidé justement avec l’irruption d’un navire ou d’un avion, à cause de l’agitation provoquée à bord des embarcations bondées. Le fait est que la surveillance, si poussée soit-elle, ne permet pas de repérer les petites embarcations à la dérive , en particulier dans des conditions météorologiques hostiles. Enfin, même s’il s’avérait que le plan fonctionne vraiment et rende la Méditerranée un peu plus sûre, le risque d’inciter plus de monde à prendre la mer sur des esquifs de fortune subsiste, avec pour résultat final d’augmenter le nombre de morts plutôt que de le réduire... CQFD.

Le quotidien espagnol El Pais rappelle de son côté que l’immigration clandestine par la voie maritime vers l’Espagne a diminué de 90,3 % entre 2006 et 2012 , que ce taux a même atteint 99,5 % aux Canaries et que cette tendance s’est maintenue en 2013. Le journal précise que le gros avantage de l’Espagne par rapport à l’Italie, c'est qu’elle est en face d’Etats capables de contrôler leurs frontières, comme le Maroc et la Mauritanie, alors que la Libye – dont les côtes se trouvent à 176 kilomètres de Lampedusa – est plongée dans l’anarchie depuis le renversement de Muammar Kadhafi, en 2011.

Alors El Pais et la Repubblica donnent quelques pistes. Pour la Repubblica, l'afflux de réfugiés syriens est tel désormais que les conditions sont réunies pour réclamer l’instauration d’un régime de protection temporaire comme ce fut le cas lors de la guerre du Kosovo en 1999 . Cela signifie répartir l’octroi d’asile entre les pays membres, en soulageant les pays aux frontières de l’Europe et passe par un refinancement de Frontex, l'Agence européenne chargée de la gestion des frontières extérieures de l’UE. Histoire de couvrir les missions italiennes de ces derniers jours et sa mission d’accueil.

En Espagne, El Pais évoque cet exemple qui s'est déroulé l'été dernier. A la fin du ramadan, une flotte de petits bateaux pneumatiques que la police appelle “toys” parce qu’ils sont vendus dans les rayons de jouets a été interceptée. Selon le ministère de l'intérieur, 1 000 passagers de ces embarcations ont été sauvés depuis le début de l’année, tout en affirmant que les autorités marocaines essaient d’enrayer le phénomène... Mais quelle est réellement la nature de la coopération avec le Maroc ? A Ceuta et Melilla, malgré la collaboration de Rabat saluée par l'Espagne et la construction d’une clôture deux fois plus haute que l’ancienne, l’affluence des migrants subsahariens par la mer dépasse les 3 000 personnes au total depuis le début de l'année. C'est-à-dire autant qu’en 2005, l'année où l’armée marocaine avait dû se déployer pour protéger les deux enclaves espagnoles.

Or les quotidiens ibériques précisent ce matin que le budget du ministère de l’Intérieur n’augmentera en 2014 que pour couvrir les frais relatifs aux élections européennes. Que seulement 2 millions et demi d'euros ont été débloqués pour renforcer le périmètre frontalier de Ceuta, et surtout celui de Melilla pour l’installation de caméras de surveillance supplémentaires. Ainsi qu'un filet métallique rendant plus difficile l’escalade de la clôture déjà haute de 6 mètres...

Le même ministère consacrera également 1,8 million d’euros à perfectionner le système de surveillance électronique qui détecte tout ce qui bouge dans le détroit… sauf les petits bateaux pneumatiques. Le dispositif a coûté 237 millions depuis sa création, en 2000.

On l'a bien compris, L'Espagne et l'Italie n'en peuvent plus... Mais que va t-il se passer à Bruxelles ? Un appel à faire plus pour éviter de nouveaux drames si l'on en croit le projet de conclusions révélé ce matin par plusieurs journaux comme the Malta Independant. Un appel comme un message dans une bouteille jetée à la mer... En réalité, comme à chaque fois, ce n'est pas la politique migratoire qui sera discutée mais uniquement la sécurité des frontières comme le souligne le site internet EUobserver.com. L’UE est en train de mettre en place une équipe d'agents, dotées d’une importante escorte pour aider la Libye à arrêter les migrants non désirés et à collecter du renseignement. Une opération qui a été lancée en avril dernier pour un montant de près de 30 millions d’euros par an. Elle a été baptisée Eubam Libye. 111 spécialistes de la sécurité seront déployés d'ici quelques mois, ils constitueront le noyau du renseignement européen.

111 agents au regard des centaines de millions de victimes de conflits, de dictatures, à deux pas de l'Europe. Un décalage saisissant qui fait dire à Tito Boeri dans la Repubblica, en guise de conclusion, qu'il faut absolument stopper "l'hypocrisie générale".

immigration en Europe - drame Lampedusa
immigration en Europe - drame Lampedusa
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......