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L'appel à l'"hégire"

6 min

Par Eric Biegala C'est le troisième opus de Dabiq ... il vient de "sortir" si l'on veut... il est gratuit et disponible en arabe et en anglais... Dabiq ? C'est la revue de l'Etat Islamique, du "califat" autoproclamé le 29 juin dernier par Abou Bakr Al Baghdadi, le chef de l'Etat Islamique, et dont les terres s'étendent désormais de part et d'autres de la frontière irako-syrienne, contrôlant entre un quart et un tiers de chacun des deux pays. Dabiq : c'est 42 pages au format PDF, parfaitement mises en page et illustrées, et qu'il suffit d'imprimer une fois téléchargé... Quant au titre "Dabiq"... c'est une référence à une petite ville du nord de la Syrie où le prophète aurait prédit que se déroulerait la principale bataille contre les "Romains", comprenez dans le langage d'aujourd'hui : les Occidentaux. Les deux premiers numéros de Dabiq avaient été consacrés respectivement au Caliphat nouveau pour le premier ; au "déluge" qui doit engloutir le reste du monde pour le second... ce troisième numéro se proclame en titre de Une "un appel à l'Hégire", référence bien entendu à l'exil de Mahomet quittant la Mecque en 632, mais qu'il faut surtout comprendre comme un appel au recrutement... l'hégire ici c'est celui des musulmans contemporains, essentiellement des jeunes, qui sont appelés à rejoindre le jihad de l'Etat Islamique là où il se trouve.Bardé de références historico-religieuses les articles de Dabiq expliquent l'importance qu'il y a pour le vrai croyant de "rompre avec sa tribue" de venir s'installer dans le Levant ; "Al Sham", ce qui fait référence à la Syrie contemporaine mais aussi au Liban et à la Mésopotamie irakienne...Invitation a rejoindre la terre du Djihad, donc, mais aussi justification casuistique - là aussi basée sur des interprétations multipliées de certains verset et autre Hadith - des véritables massacres auquel l'Etat Islamique s'est prété à l'occasion de ses opérations en Syrie ou en Irak...Invitation enfin à combattre l'hypocrisie telle que décrite dans un verset coranique..."Abandonner l'hégire - le chemin du Jihad - est une voie dangeureuse explique Dabiq ; en effet, celui qui déserte le jihad accepte sa condition tragique de spectateur hypocrite. Il vit en Occident parmis les mécréants pendant des années, il passe des heures sur l'Internet, lit les nouvelles et les posts sur les forums" au lieu de venir se battre... L'Internet,et les réseaux sociaux : c'est pourtant là la terre de prédication favorite de l'Etat Islamique, qui maîtrise parfaitement les nouveaux outils de communication souligne le New York Times dans un long papier qui remarque toutefois que, contrairement à Al Quaïda, les publications de l'Etat Islamique sont rarement dirigées contre l'Occident mais tendent plutôt à vanter les mérites de la construction du Califat. Dabiq par exemple est très loin de cette autre publication jihadiste en anglais : Inspire qui expliquait par le menu comment construire une bombe dans sa cuisine, et la faire exploser au millieu des mécréants occidentaux. "Si Osama Ben Laden, s'adressant au monde en vidéo - laquelle vidéo devait être transmise à une chaine de télévision du type Al Jazeera - représentait la première génération de la propagation du message djihadiste, si la star de YouTube Anwar al-Awlaki s'exprimant en anglais depuis le Yemen et alimentant frénétiquement sa page Facebook constituait la seconde génération, l'Etat Islamique c'est le Djihad en ligne version 3.0, explique le quotidien ; des dizaines de comptes Twitter répandent son message, il a réussi à diffuser certain de ses discours en sept langues... Ses Vidéos empruntent à l'esthétique de Madison Avenue, à celle d'Holywood, celle des jeux vidéos de guerre comme des dramatiques télévisées du cable... Quand ses comptes sur les réseaux sociaux sont bloqués l'Etat Islamique en produit immédiatement de nouveaux... les discours audio sont disponibles sur SoundCloud ; ses images sont sur Instagram et WhatsApp diffuse ses vidéos et ses infographies" ...Au delà du recrutement, plusieurs titres de la presse internationale se sont par ailleurs concentrés sur l'économie de cet Etat Islamique... une économie "stable" tranche un expert interrogé par le Wall Street Journal et des finances qui ne reposent plus comme par le passé sur les envois de généreux donateurs privés des pays du Golfe mais sur des ressources désormais internes... Au premier rang explique le Wall Street Journal desquelles figure désormais le pétrole. "En Syrie, l'Etat Islamique contrôle désormais au moins huit puits de pétrole dans les provinces de Raqqa et Deir el Zor... Ils vendent le fioul lourd de 26 à 35 dollars le barril à des marchands locaux, en Syrie ou en Irak... ou a quelques rafineries financées par des hommes d'affaires libanais, turcs ou irakien, écrit le quotidien économique en citant des sources en contact direct avec ce commerce... "le brut léger, qui vaut davantage sur le marché international, est lui cédé à 60$ le barril... on estime que l'Etat Islamique controle une production qui oscille entre 30 et 70 000 barrils par jour" Le magazine Fortune , alimenté par d'autres sources syrienne et irakienne confirme ces tarifs... "tout le monde fait de l'argent avec ce traffic" , témoigne dans le magazine Shwan Zulal de l'agence londonnienne Carduchi Consulting : "ils vendent leur pétrole très peu cher, donc il y a pas mal d'acheteurs et une fois que ce pétrole est chargé dans un camion c'est quasi impossible de le suivre à la trace... C'est très simple d'atteindre ainsi le marché international" Quant à la lettre spécialisée Iraq Oil Report elle a interrogé quelques chauffeurs de camion-citernes qui font transiter ce pétrole de contrebande... et elle estime ainsi que le volume de pétrole vendu quotidiennement grâce à ce réseau représente près d'une centaine de ces camions-citerne... 100 camions-citerne par jour, à 9000 dollars chaque cargaison : soit 1 million de revenu net par jour pour l'Etat Islamique !Parmi les autres sources de revenus : l'extorsion, manifestement pratiquée dans les villes et les villages sous le contrôle de l'Etat Islamique ; la prise d'otage : on connait les otages occidentaux, journalistes ou humanitaires mais des centaines voire des milliers de Syriens ou d'Irakiens pris par les djihadistes sont dans la même situation et quand ils peuvent jiondre leurs familles c'est en général pour leur demander de les "racheter" à l'Etat Islamique... A ajouter aux revenus de l'Etat Islamique, il y a enfin les prises de guerre... En juin, juste avant la prise de Mossoul, les services de renseignement irakiens avaient mis la mains sur un véritable trésor : 160 cartes mémoires appartenant aux comptables de l'Etat Islamique et dans lesquels ses avoirs étaient très précisément détaillés. "Avant Mossoul le total de ce qu'ils possédaient en avoirs comme en liquide se montait précisément à 875 millions de dollars" , rappelle le Guardian de Londres... Mais depuis il y a eu la prise de Mossoul, deuxième ville d'Irak en importance... dans les coffres de l'une des banques de la ville il y avait un véritable trésor en dollar, : 425 millions en billets verts !Bref l'Etat Islamique est aujourd'hui assis sur un pactole qui doit avoisiner les 1 milliard et demi, voire 2 milliards de dollars.

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