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L'Arabie Saoudite et l'intervention en Syrie

5 min

Prêtez l'oreille, est ce que vous l'entendez, ce bruit? Ces bottes qui claquent, ces roulements de tambour ? Au Proche-Orient ce matin, on n'entend plus que cela, ou plus précisément on n'imagine plus que cela, ce fracas de la guerre, cet embrasement annoncé. Allumez Al Jazeera et ses reportages terrifiants sur les frappes chimiques. Allumez Al Arabeya, et sa cohorte de commentateurs aux mines sombres...

Les analystes occidentaux ont beau limiter l'ampleur de la possible intervention militaire occidentale en Syrie, le Proche-Orient, lui, annonce l'apocalypse. « Ce sont les portes de l'enfer qui vont s'ouvrir », menace le quotidien libanais Al Akhbar. Al Akhbar, est proche du Hezbollah, bras armé de l'Iran, cet Iran qui fait trembler le monde sunnite... cet Iran dont l'ombre a pesé hier sur la Ligue Arabe, au moment où elle a annoncé son soutien à une frappe occidentale...

Le pays qui a mené la danse hier, à la ligue arabe, c'est l'Arabie saoudite. C'est elle qui a fait pression sur l'Egypte pour qu'elle taise ses réticences. L'Egypte en effet ne soutient plus qu'à minima la rébellion syrienne. Depuis le renversement de Mohamed Morsi, qui avait lui appelé au jihad pour soutenir le soulèvement contre Bashar el Assad, les nouvelles autorités égyptiennes ont tourné le dos à l'opposition syrienne, cette opposition ou les frères musulmans sont très actifs.

Un petit retour en arrière s'impose... Quand les printemps arabes ont débuté, l'Arabie Saoudite s'est trouvée fort désemparée, avec ces états forts qui se sont mis à vaciller sur leurs pieds... pour finalement s'écrouler. Alors quand après la Tunisie, l'Egypte, la Libye, c'est son voisin le Bahreïn qui s'est mis à frémir, l'Arabie Saoudite s'est dépêchée d'y envoyer ses propres troupes pour contenir la rébellion locale, à majorité chiite. Un petit coup de main entre voisin, entre dynasties sunnites, unies dans leur peur de l'Iran chiite.

C'est bien la raison pour laquelle encore, l'Arabie Saoudite a été la première à saluer en Egypte la chute de Mohamed Morsi, et tout fait pour aider les nouvelles autorités. Pour l'Arabie Saoudite, ce n'est pas une question de philanthropie mais une nécessité intérieure. Pour l'Arabie, les frères musulmans sont une menace, il faut se souvenir qu'ils ont soutenu l'Irak de Saddam Hussein quand il a envahit le Koweït, il faut se souvenir que leur branche saoudienne conteste la légitimité de la dynastie des Saoud, et puis il faut se souvenir qu'une fois au pouvoir en Egypte, la première décision des frères musulmans a été de renouer les relations diplomatiques avec l'Iran, qui étaient rompues après la mort d'Anouar el Sadate...

L'Iran, toujours l'Iran...

Du coup, bien que l'Egypte soit opposée à l'intervention, elle a du hier se taire, et accepter l'intervention. Elle continue cependant d'y mettre des freins, jusque dans les colonnes du quotidien officiel Al Ahram qui multiplie les mises en garde, le manque de preuve sur les armes chimiques... Mais voilà... il y a cinq milliard de dollars d'aide d'urgence dans la balance, comme le rappelle la blogueuse Zeinobia dans ses Chroniques Egyptiennes, et les nouvelles autorités ne peuvent pas se permettre de perdre le soutien financier et diplomatique de Riyad.

Pour Al Akhbar, au Liban, la stratégie saoudienne pour convaincre les Etats-Unis d'intervenir, c'est de jouer la carte israélienne... Voilà la théorie d'Al Akhbar, ce journal je vous le rappelle proche du Hezbollah... « Un prince ambitieux, venu du Golfe, a dit à Washington : laissez-moi essayer, et je prends sur moi de me débarrasser à la fois d'Assad et du Hezbollah. Si je réussis, vous en tirerez toute la gloire. Si j'échoue, j'aurais au moins contribué à affaiblir Damas, et vous, américains, pourrez retourner à vos négociations avec les russes, sans vous être brulé les ailes... » Joli coup : Se débarrasser d'Assad, affaiblir l'Iran, détruire le Hezbollah, protéger Israël...

Bref, on voit donc aujourd'hui l'Arabie saoudite siffler la fin de la récréation des printemps arabes... Et quand on lit en filigrane la presse saoudienne, le message que l'on cherche à faire passer est déprimant: voilà ce qui arrive quand on joue avec le feu. C'est ce qu'écrit Abdulhatif al Mulhin, l'éditorialiste du quotidien saoudien Arab News. Ce qui se passe aujourd'hui, assure-t-il « c'est le point final à l'acte de décès des printemps arabes ». « Un printemps mort né, un printemps voué à l'échec ». L'occident, a encouragé ses révoltes « sans rien comprendre à la complexité du monde arabe ». « Parlez à un syrien de Damas, et à un autre d'Alep, explique-t-il, c'est parler à deux planètes différentes. Pareil pour un libyen, selon qu'il soit de Tripoli ou de Benghazi. Et un yéménite de Sanaa ne déteste rien plus qu'un yéménite d'Aden ." L'éditorialiste saoudien l'assure, il a partagé, compris, l'envie d'une meilleure justice sociale, de liberté, de lutte contre les abus... Mais voilà assène t il froidement, « les arabes ne sont pas prêts pour la démocratie »." Ils sont leurs pires ennemis. La mort est devenue quotidienne, dans nos pays. Ce ne sont pas que les printemps arabes qui sont mort, avec eux est mort le respect pour l'humanité ..."

Triste message aujourd'hui, pour la liberté et les espoirs démocratiques...

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