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L'Argentine continue de défier les Etats-Unis sur sa dette

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Comme le rappelle le New York Times, en juin, au terme d'un long combat judiciaire, les Etats-Unis ordonnent à l'Argentine de rembourser ses créanciers qui ont refusé la restructuration de la dette sur laquelle le pays avait fait faillite en 2001, avant ceux qui avaient accepté un allègement de la dette argentine, soit l'immense majorité des détenteurs de bons. Ces fonds spéculatifs entendent récupérer la totalité de la valeur faciale de ces titres qu’ils ont rachetés à bas prix, les intérêts et les amendes, précise El País.

Buenos Aires a refusé et a multiplié les offensives pour tenter de contourner la loi américaine et continuer à honorer ses créances restructurées, comme elle l'a toujours fait jusqu'à cet été donc. La prochaine échéance est ce mardi 30 septembre 2014, indique le quotidien madrilène. L'Argentine doit rembourser 200 millions de dollars. Elle ne peut pas passer par les Etats-Unis comme c'était le cas jusqu'à présent puisque ce sont de titres de droit américain. L'argent risquerait d'être à nouveau bloqué sur un compte, comme en juillet, rappelle El País . Du coup, l'Argentine a proposé de payer ses détenteurs de bons à Buenos Aires.

Sauf que c'est illégal ! C'est ce qu'a déclaré hier, le juge américain Griesa en charge du dossier. Selon lui, rapporte le New York Times , l'Argentine est allée trop loin.

"Griesa, encore lui !" ironise Página 12.

Le pays s'expose désormais à des sanctions. Elles seront fixées lors d'une prochaine audience. Les fonds vautours réclament 50.000 dollars d'amende par jour. "Cela fait un an que le juge Thomas Griesa prévient l'Argentine que si elle n'obéit pas à ses ordres, il y a aura des répercussions ", rappelle le New York Times qui précise toutefois que le magistrat n'a pas vraiment les moyens de contraindre un pays souverain à payer. "C'est surtout une condamnation morale " pour l'Argentine, explique un avocat new-yorkais. "C'est désormais officiel. Le pays est un mauvais payeur et ce depuis des années ", juge également l'économiste Arturo Porzecanski, dans les colonnes du New York Times .

Il n’est pas sûr que cela empêche les Argentins de dormir. Les fonds vautours et le juge Griesa ne sont guère appréciés dans le pays, comme le montrent ces affiches sur les murs de la capitale. On y voit, raconte le New York Times , la tête de Griesa sur le corps d'un vautour.

Dans l'opposition, comme le raconte l'agence DyN, on critique la stratégie adoptée par la présidente Cristina Kirchner qui n'a pas su régler ce conflit. A moins que la faute ne revienne aux cabinets d'avocats américains qui conseillent le gouvernement moyennant des honoraires exhorbitants, s'interroge La Nacion.

Le monde des affaires, lui, s'inquiète des conséquences économiques alors que le pays est dans une situation délicate : croissance en berne, inflation galopante... Se pose aussi la question des entreprises américaines présentes en Argentine, souligne Ambito Financiero.

Mais pour autant, personne ne réclame que l'on cède aux fonds vautours.

Hier, la réaction des autorités argentines ne s'est pas fait attendre. Avant même que le juge ne se prononce, le gouvernement lui avait écrit ainsi qu'à John Kerry, indique Página 12 .

Nouvelle salve juste après. "La décision du juge municipal Griesa - on appréciera au passage la pique que ne manque pas de relever Clarin - viole le droit international". Et c'est la responsabilité des Etats-Unis qui est engagée. Communiqué au ton extrêmement ferme du ministère des Affaires étrangères à lire sur le compte twitter de la présidente.

Comment sortir de cette crise maintenant ? L'Argentine a porte plainte contre les Etats-Unis devant la Cour internationale de La Haye en août dernier, rappelle le New York Times . Hier, elle a à nouveau demandé à Washington d'accepter que ce soit elle qui ait le dernier mot dans cette affaire.

Il s’agit peut-être juste de gagner du temps. A partir du 1er janvier 2015, la clause Rufo sera caduque. Cette clause qui figure dans les contrats signés avec les créanciers qui ont accepté la restructuration, stipule que l'Argentine ne peut pas faire une meilleure offre aux détenteurs de bons restés en dehors du processus.

Sinon elle sera obligée d'appliquer les mêmes conditions à tous et donc de rembourser des milliards qu'elle n'a pas. Là oui, le pays serait à nouveau en faillite.

Libérée de cette contrainte, le pays acceptera-t-il de rembourser rapidement les fonds-vautours ? Rien n’est moins sûr surtout que l'élection présidentielle a lieu en octobre.

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