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L'Argentine fête 30 ans de démocratie sur fond de violences

4 min

Par Marine de La Moissonnière Sur la scène installée place de mai, en face du palais présidentiel, là où sont toujours célébrés les événements importants en Argentine, Cristina Kirchner esquisse des pas de danse. C'est le quotidien La Nación qui s'en fait l'écho ce matin. La présidente danse sur la musique du groupe Choque urbano : Choc urbain. Tout un symbole alors que le pays qui fête ses 30 ans de démocratie ininterrompue - un exploit pour l'Argentine - est traversé par une vague de violences. Des violences qui en moins d'une semaine, ont touché 16 des 24 provinces que compte le pays, souligne Clarín. Et déjà une dizaine de morts et de très nombreux blessés. Partout, le même chantage exercé par les policiers, raconte El País : Ou vous augmentez nos salaires, ou nous laissons les rues sans surveillance. Et c'est bien ce qui c'est passé. Du coup, les gens en ont profité pour piller les supermarchés. Pillages qui ont dégénéré. "Le niveau de violences est plus élevé qu'en 2001 " lors de la grande crise, témoigne Miguel Angel Calvete, directeur de la Fédération des supermarchés, dans les colonnes de La Nación, "parce que les gens sont organisés. Ce ne sont pas des vols spontanés ", raconte-t-il. Les gens ne volent pas parce qu'ils ont faim. Et en effet, plus que de la nourriture, ce sont des téléviseurs et des vêtements de sport qui ont été dérobés.Alors comment est-ce possible ? s'interroge El País qui reconnaît que la question est gênante et la réponse sans doute pas évidente. Et de tenter de décrypter le phénomène.Avant-hier, dans le journal El Cronista, l'éditorialiste Luis Majul, opposant au gouvernement, pointait du doigt l'attitude des policiers. "C'est comme abandonner un patient au milieu d'une opération à coeur ouverte pour rejoindre un mouvement qui revendique des augmentations salariales, même si elles peuvent être justes et légitimes ", écrit-il. "Evidemment, derrière tout cela, il y a l'inflation et la frustration quand on travaille toute la journée mais qu'on se rend compte à la fin de l'année, qu'on ne peut même pas se payer le minimum. " Et hop, un tacle pour le gouvernement.Mais pour Horacio Verbitsky, journaliste de Página/12, le problème est bien plus complexe. Ce qui est en cause, selon lui, c'est le modèle productif que l'Argentine s'est choisie dans les années 90 et que les Kirchner ont essayé de corriger. Un modèle qui repose sur la culture du soja transgénique "qui s'est développé jusqu'aux portes des villes ", regrette-t-il. Conséquences : le prix de la terre a explosé, les populations pauvres ont dû aller s'installer ailleurs, et ceux qui tirent profit de l'agriculture, ont investi dans l'immobilier. Selon Horacio Verbitsky, il y a donc le boom et le bang, comme l'expliquait Martin Cespedes dans un documentaire. D'un côté, les riches qui consomment, qui dépensent, qui vivent entre eux dans des tours modernes ou des quartiers fermés et protégés. Et de l'autre, les pauvres qui s'entassent dans des bidonvilles ou des logements précaires. Terrain favorable pour le trafic de drogue que gèrent bien souvent les policiers eux-mêmes. Un trafic contre lequel les autorités n'ont pas su lutter.Dans les colonnes d'El País , Norma Morandini, sénatrice de la province de Cordoba, estime que la faillite des politiques est bien plus importante. "Juste au moment où nous célébrons les 30 ans de la démocratie en paix, loin de la répression brutale de la dictature, c'est très triste que les citoyens ne croient qu'en l'ordre incarné par les uniformes. Si une personne qui achète tous les matins son pain et son lait, revient le soir pour voler ce même magasin, alors c'est que le désordre n'est pas seulement le fait des policiers qui se mettent en grève. Nous avons échoué en tant que société et en tant qu'hommes et femmes politiques. " Toujours dans El País , un publicitaire argentin -très critique envers le gouvernement- va plus loin. "Les gens voient qu'Amado Boudou, le vice-président, vole tout ce qu'il veut sans que rien ne lui arrive rien. Alors ils se disent : pourquoi je ne vole pas moi aussi ? ""Les célébrations des 30 ans de la démocratie se déroulent décidément dans un climat bien étrange ", commente le journal argentin Perfil. Sur scène, la présidente danse donc. Cristina Kirchner qui fait son grand retour dans le paysage politique après plus d'un mois d'absence. Une longue convalescence suite à une opération d'un hématome crânien. Cristina Kirchner vêtue de blanc, souligne La Nación . C'est donc confirmé. La présidente argentine ne porte plus le deuil de son mari. Il lui aura fallu trois ans et une opération qui l'a elle-aussi conduite aux portes de la mort pour abandonner le noir. Le noir dont elle usait - et abusait, estimaient certains commentateurs, se servant de cette image de veuve éplorée pour entretenir la sympathie du peuple argentin. Aujourd'hui, que reste-t-il de cette sympathie ? Plus grand chose, pourrait-on croire au vue de ces émeutes. Oui mais voilà c'est l'été là-bas ; c'est bientôt Noël. Les esprits sont échauffés, comme souvent à cette période de l'année. Pas sûr que cela dure.

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