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L'Azerbaïdjan ou le non suspens. Allez, au-revoir : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

C'est aujourd'hui que l’ex-république soviétique, enserré entre la Fédération de Russie au nord et l'Iran au sud élit son président. Au total, dix candidats sont en lice pour cette élection, ou plus exactement, 9 1, puisque le président sortant llham Aliev devrait, de l'avis de tous, entamer sereinement son troisième mandat. Sa réélection triomphale semble même d'ores et déjà acquise, prévient ce matin LE TEMPS de Genève, avec, selon les observateurs au moins 80% des voix. Histoire de justifier sans doute, l’amendement constitutionnel de 2009, lequel a levé la limite de deux mandats présidentiels et histoire aussi, de ne pas trop décevoir par rapport à son précédent score, 89% des suffrages au scrutin de 2008.

Un scrutin, vous l'aurez compris, sans surprise même si, c'est vrai, les apparences sont sauves. Rendez vous compte, le président a notamment toléré un débat entre ses rivaux sur la TV publique, entre ses rivaux puisque le président lui même n'a pas jugé nécessaire d'y participer. Chaque candidat avait six minutes pour s'exprimer. C'était le 17 septembre dernier. Autant dire, qu'il ne fallait pas oublier, ce jour là, d'allumer sa télé. Et c'est justement ce qu'a fait un berger, raconte l'agence de presse officielle VESTI. Mais, manque de chance, alors que l'homme était en train de suivre attentivement les débats à la télévision publique des loups se sont attaqués à ces brebis. Quoi et qu'il en soit et selon toute vraisemblance, les habitants de la capitale, eux, ne partagent pas le même intérêt pour la politique que ce berger. Pire, la population de l’Azerbaïdjan estime que participer à ces élections serait une pure perte de temps, peut-on lire encore sur le site d'information EURASIANET cité par le courrier international. Car même si beaucoup de gens sont mécontents de la redistribution inégale des revenus du pétrole, mais aussi de l’arbitraire, de l’absence d’accès à une éducation et à une médecine de qualité, tous, en revanche, sont convaincus, avant même d'aller voter, qu’Ilham Aliev sera réélu pour un troisième mandat de cinq ans.

Et d'ailleurs, l’indifférence de la population a notamment gagné les centres urbains, où des manifestations antigouvernementales de grande ampleur avaient pourtant eu lieu il y a quelque temps. Dans la ville de Gouba, par exemple, au nord de la capitale, une importante vague de protestations avait conduit en 2012 à l’éviction du responsable de l’administration locale, nommé par le président. Sauf qu'à présent on n’y observe absolument aucune agitation, note un journaliste indépendant local. Un calme semblable règne également à Ismaïly, où, en janvier, des actions de protestation similaires avaient débouché, cette fois-ci, sur une série d’arrestations, dont celle d'ailleurs d’un candidat potentiel de l’opposition. Mais dans ces deux localités donc, l’électorat, ramené au calme par les remaniements bureaucratiques, n’a visiblement plus l’intention de se mobiliser pour exiger des changements.

Il faut dire que le président s'en est donné les moyens. Grâce à l'argent de la rente pétrolière, il n'a cessé ces dernières semaines d'inaugurer des entreprises, des hôpitaux, des écoles. Il a même signé une résolution, augmentant de 10 % les salaires de presque toutes les catégories de fonctionnaires et de 15 % les pensions de retraite. Et dans sa grande bonté, à quelques semaines des élections, le régime en place a également offert gracieusement un appartement à plus d'une centaine de journalistes du pays, manière d'acheter leur indépendance. 155 journalistes pro-gouvernementaux et quelques journalistes opposants, ont obtenu en cadeau un appartement non loin de la capitale, dans un immeuble flambant neuf, dont la construction a coûté plus de 6 millions de dollars. Les journaux d'opposition, en manque de financements, ont accepté le cadeau. Une seule structure privée a refusé la "carotte" qui vise à "saper la solidarité journalistique" : l'agence de presse TURAN.

En clair, reprend le site EURASIANET, en Azerbaïdjan, les journalistes d'opposition, on les tabasse, on les fait chanter, on les tue et désormais, on les achète. Reste, qu'une dizaine de journalistes ont encore été arrêtés ces derniers temps au pays de la dynastie Aliev, les uns pour détention d'armes, les autres pour trafic de drogue, rapporte le site arménien EPRESS. Limitations d'accès à Internet, accusations de calomnie, autant de moyens utilisés pour diluer la liberté d'expression. Ainsi, le 27 septembre dernier, le rédacteur en chef du journal LA VOIX DES TALYCHS a été condamné à cinq ans de prison. Officiellement, il est jugé coupable de "haute trahison" et "appel à la haine ethnique", rapporte le site russe KAVKAZSHI OUZEL. En réalité, il a été condamné pour avoir été l'auteur d'une chanson humoristique, composée en 2011. Le clip avait alors réuni 20 millions de visites sur YouTube. Le titre de cette chanson : Qui es-tu, toi ? Allez, au revoir !

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