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Le Burkina Faso retient son souffle.

4 min

Par Thomas CLUZEL

C’est demain que l’Assemblée nationale doit se prononcer sur une réforme constitutionnelle, qui permettrait au président Blaise Compaoré, de se représenter en 2015. Et c’est même pire que cela en réalité, puisque Compaoré, lequel est arrivé au pouvoir en 1987 par un putsh, élu depuis quatre fois avec des scores soviétiques, pourrait à la faveur de cette réforme accomplir non pas un mais trois mandats supplémentaires, lui garantissant ainsi 15 années de plus au pouvoir.

Evidemment, le président a beau s'évertuer à expliquer à qui veut bien l’entendre, les motivations qui l'amènent à modifier la constitution, personne n'est dupe, à commencer par le journal L’OBSERVATEUR PAALGA, lequel parle de tripatouillage et craint une déflagration sociale, une véritable course folle contre le précipice. Monsieur le président, soyons sérieux, lance ainsi l’éditorialiste ! Comment voulez-vous nous convaincre que votre référendum vise à conjurer une crise, alors que c’est cela même qui est la source du problème ? Et le journaliste d’en conclure que, décidément, le pouvoir est une drogue dure.

Et le problème, c’est que pour l’entêtement d’un seul homme, le pays tout entier risque donc aujourd'hui le chaos, s’inquiète le site d'information en ligne GUINEE CONAKRY INFO. Car le débat s’est aujourd'hui déplacé sur le terrain de manifestations publiques, qui si on n’y prend garde, prévient à son tour son confrère FASOZINE, risquent de dégénérer.

Tout le monde est en effet sur le pied de guerre. Les uns ont ressorti leurs gourdins, les autres préparent leurs torches incendiaires ou affûtent leurs armes. Et pour se préparer au pire, raconte L'OBSERVATEUR PAALGA, un véritable kit de survie circule à présent de bouche à oreille. D’abord le viatique : céréales, poissons et autres condiments secs de préférence, c’est-à-dire tout ce qui peut se conserver un certain temps. Ensuite et si vous n’en avez pas déjà, pensez à constituer une petite pharmacie, prévient le journal. Enfin, pensez à l’essence. Car à défaut de pouvoir rejoindre votre village avec femme et enfants, si Ouagadougou devait devenir invivable, ayez au moins un peu de jus dans votre réservoir pour les urgences. Et d'ailleurs, cette dernière précaution a été si bien comprise, que dimanche et lundi dernier, les queues se faisaient plus longues que d’habitude dans les stations-service, au point que très vite le précieux liquide est venu à manquer par endroits.

Quoi qu'il en soit et plus l’échéance du vote des députés prévu demain avance et plus la tension, déjà perceptible, monte. Ce qui n'empêche pas, d'ailleurs, la mobilisation populaire. Hier, étaient-ils vraiment un million à arpenter les rues de Ouagadougou, comme l’ont proclamé les organisateurs du rassemblement ? En réalité, peu importe le nombre exact, écrit la correspondante du journal suisse LE TEMPS, car une chose est sûre, dit-elle, jamais jusque-là, les manifestations n’avaient rassemblé de manière aussi spectaculaire à travers le pays. Et le scénario devrait a priori se répéter aujourd'hui, puisque les syndicats ont appelé à une journée nationale de grève.

Reste toutefois un problème de taille. Car si pour les opposants au projet de révision constitutionnelle, le but est très clair, se prémunir de toute velléité de s’éterniser au pouvoir, en permettant une alternance, sans laquelle toute démocratie évidemment se fossilise et finit par se monarchiser, pour autant, la Constitution peut être révisée. Autrement dit, c'est conforme à la loi. Et c’est d'ailleurs l'argument avancé par les partisans de Compaoré. D'où l'analyse défendue dans les colonnes du journal burkinabé LE PAYS, pour qui le problème n’est pas en réalité celui de la légalité mais bien de la légitimité. Et de citer pour exemple, la déportation des juifs, qui s’inscrivait dans le cadre de la légalité, puisqu’elle était conforme aux lois édictées par les Nazis, ou bien d’autres tragédies encore de l’histoire de l’humanité, toutes rendues possibles parce que, justement, leurs auteurs prétendaient agir au nom de la légalité. Bien entendu, tous les contextes ne se valent pas, reste que l’on a tout de même envie de dire aux partisans de la révision de la constitution que l’argument seul de la légalité, pourrait ne pas satisfaire nombre de Burkinabè.

Et puis l'autre problème, précise toujours le journal, c'est que ces fameux légalistes savent qu’ils peuvent éventuellement compter sur les achats de consciences, les fraudes et autres moyens de pression, pour faire passer leur projet à l’Assemblée. De manière générale, ils savent qu’ils peuvent compter notamment sur la misère et l’ignorance des populations pour faire prospérer, pendant longtemps encore, leur pseudo-démocratie. Sauf que cette légalité-là est bien entendu nauséabonde, parce qu’elle utilise les instruments de la démocratie, contre la démocratie.

Enfin à ce problème de légitimité, pourrait s’ajouter un problème d’éthique, cette fois-ci. Comment, en effet, peut-on s’accrocher au pouvoir après 27 ans, sans courir le risque d’aller contre les principes de la morale, puisque dans presque toutes les sociétés, la morale pourfend l’égocentrisme, le narcissisme, la boulimie du pouvoir et tous les excès de manière générale. Tous ces défauts, en somme, qui aujourd'hui pourraient être reprochés à Blaise Compaoré.

Voilà pourquoi cette crise constitue désormais un véritable test démocratique, et pas seulement d'ailleurs pour le Burkina Faso mais pour tout le continent, prévient le site GUINEE CONAKRY INFO. Car si Compaoré arrive demain à ses fins, alors que pourront les Congolais de Kinshasa et de Brazzaville, ou bien encore les Rwandais et les Burundais contre leurs propres dirigeants ? Et d'en conclure, tous les dictateurs et autres obscurs présidents qui pullulent sur le continent, s’engouffreront naturellement dans la brèche.

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