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Le cauchemar des réfugiés

4 min

Des combats qu’ils fuient dans leur propre pays, aux frontières qu’ils traversent sur le chemin de l’exil, jusqu’à la reconnaissance de leur statut: la presse internationale se penche sur l'errance tragique des réfugiés.

An internally displaced boy, inside a refugee camp beside the Syrian-Turkish border.
An internally displaced boy, inside a refugee camp beside the Syrian-Turkish border. Crédits : Khalil Ashawi - Reuters

Mercredi dernier, Markus Nierth, maire bénévole d'une petite bourgade dans l'Est de l'Allemagne a décidé de démissionner. Un geste qui a suscité un vif débat en Allemagne. Et pourquoi ? Parce que si l'élu a du renoncer à son mandat, c'est qu'il se sentait menacé par des néonazis, depuis qu'il avait voulu accueillir dans sa commune, une quarantaine de réfugiés, dans un bâtiment inoccupé du village.

De quoi s'attirer la haine du parti néo nazi NPD, lequel a aussitôt organisé des manifestations contre lui, raconte THE NEW YORK TIMES. De son côté, le maire sans étiquette s'attendait à ce que la sous-préfecture le protège des manifestants, venus de différents endroits du pays. Sauf que le sous préfet est resté passif, se désole le journal AACHENER ZEITUNG. Passif, comme d'ailleurs tous les partis politiques et la majorité des villageois. Pas de levée de boucliers, pas de protestation, pas d'opposition.

D'où cette question, soulevée par son confrère LEIPZIGER VOLKSZEITUNG : vers quel horizon notre démocratie dérive-t-elle, lorsqu'un élu local qui s'engage pour le droit d'asile, garanti par la Constitution, est attaqué et menacé par des extrémistes de droite ? Et le journal MANNHEIMER MORGEN d'en conclure : à la fin, tous scandent “Les étrangers dehors!"

Face à ce triste fait divers, le quotidien L’ORIENT LE JOUR propose lui de vous raconter le périple d'une famille de réfugiés, justement, arrivés en Allemagne après avoir fuit les combats en Syrie. Une véritable épopée, de celle que vivent des milliers de Syriens depuis le déclenchement de la révolte contre le régime de Bachar El-Assad. Tout débute en juillet 2013 lorsque Goora, instituteur, son épouse et son fils décident de partir, de quitter leur maison criblée de balles. Objectif : la Suède, où certains de leurs proches étaient déjà installés.

Le voyage commence dans un minibus qui, à la tombée de la nuit, les dépose avec une foule d'autres Syriens à quelques kilomètres de la frontière turque. Le passage de la frontière doit se faire à pied. « Nous étions des milliers, 2 000 peut-être, une version humaine d'un troupeau de moutons ». Hommes, femmes et enfants enjambent les barbelés. Mais la police des frontières turque est là. Le lendemain matin, toute la famille est conduite au tribunal. Mais après avoir été « photographiés comme des criminels » ils sont finalement libérés. La famille prend alors l'avion jusqu'à Izmir, où Goora contacte un nouveau passeur.

L'attente se prolonge, le passeur veut être certain que les 7 500 euros dont la famille doit s'acquitter pour partir en Grèce ont bien été transférés depuis la Syrie. Et quand arrive enfin le jour J, Goora, sa femme, son fils et une dizaine d'autres Syriens sont envoyés en bord de mer. C'est par voie maritime qu'ils doivent aller en Grèce. En fait de bateau, il s'agit plutôt d'un canot pneumatique qui peut contenir quatre personnes. Le groupe en compte 10. Le ton monte, le passeur s'en va, cinq migrants aussi, de même que celui qui devait piloter le canot. Goora et sa famille ainsi que deux migrants décident de profiter de la situation et embarquent. Ils ne savent pas vraiment conduire le canot ni où aller, mais parmi eux, il y a un chauffeur de taxi. Il est propulsé capitaine et décide de diriger l'embarcation vers les lumières que le groupe perçoit au loin.

« Au début, il n'y avait pas de vagues, mais au bout de dix minutes en mer, il y en a eu, qui sont devenues de plus en plus grosses. Nous étions terrorisés ! Jamais je n'aurais imaginé vivre un jour une telle situation. C'était un supplice, l'eau entrait partout, nous pouvions couler n'importe quand. En fuyant la Syrie, je voulais fuir la mort, mais je l'ai recroisée dix fois sur la route de l'exil ! »

Arrivé finalement à bon port, en Grèce, Goora trouve un nouveau passeur qui lui promet de lui trouver un bateau pour l'Italie. Coût de la « croisière » : 9 000 euros. L'embarcation fait 4 mètres sur 5, sur deux niveaux. Cent-cinquante personnes doivent y tenir. « Nous étions les uns sur les autres, dans le noir absolu de la mer, comme de la marchandise. Certains vomissaient, d'autres s'évanouissaient ». Les réfugiés passeront trois jours en mer, à dormir les uns à côté des autres « comme des cadavres ».

En Italie, les migrants sont escortés au commissariat. Leur première nuit, ils la passent dans un camp de réfugiés. Dès le deuxième jour, Goora comprend ce qui l'attend. « Je ne voulais pas passer les 40 ans restants de ma vie dans un camp, sans que personne ne demande plus de mes nouvelles ». La nuit suivante, Goora, son épouse et son fils prennent la fuite.

À partir de là, Goora n'a plus qu'une idée en tête : atteindre la Suède. « Nous avons pris le train en direction de l'Allemagne, mais lorsqu'il s'est arrêté en Autriche, la police a réclamé nos papiers. Nous n'en avions pas. On nous a emmenés au poste où, comme d'habitude, nous avons été photographiés et interrogés. Tous ces pays par lesquels nous sommes passés ont notre photo mais personne n'a jamais pu prononcer notre nom correctement. Au final, nous ne savions même plus comment le prononcer nous-mêmes... »

En Allemagne, ils reçoivent un permis de séjour mais ne seront pas reconnus comme réfugiés. Pourquoi ? « Parce que nous n'avions plus de passeport et parce que nous n'avons pas menti. Nous n'avons pas dit que notre maison a été détruite, nous n'avons pas dit que nous étions membres d'un parti ou que nous avons été emprisonnés, ou que nous avons combattu, nous n'avons pas inventé des choses pareilles ».

Aujourd'hui, cela fait un plus d'un an qu’ils sont installés en Allemagne. Goora a renoncé à tenter de faire passer sa famille en Suède. Il aimerait, un jour, rentrer en Syrie mais sait que ce sera difficile, surtout sans passeport ni carte d'identité. Ce qui lui manque le plus, c'est sa famille, sa mère surtout. Avant de quitter la Syrie, Goora a enlacé sa mère. « J'ai respiré son parfum pour ne jamais l'oublier. »

Par Thomas CLUZEL

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