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Le chef de l'Eglise catholique d'Irlande quitte ses fonctions

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Le cardinal Sean Brady a célébré hier sa dernière messe en tant que chef de l'Eglise catholique irlandaise. Il quitte ses fonctions au bout de 18 ans. Le Pape François a accepté hier matin, sa démission. Le prêtre l’avait formellement présentée le 15 août dernier, à l'occasion de son 75e anniversaire, comme le veut l'usage, précise The Irish Examiner.

Tout au long de la journée d'hier, les hommages se sont succédé, relève The Irish Times. "Un ami fidèle " "un esprit généreux ", "un humble pasteur à la foi immense " qui "n'a jamais ménagé ses efforts pour ramener la paix en Irlande ". Voilà quelques-unes des expressions utilisées par des membres du clergé pour saluer le cardinal Brady qui a joué un rôle essentiel dans le processus de paix en Irlande.

Des responsables religieux d'autres confessions se sont joint à ce concert de louanges. Ainsi le révérend Donald Watts - cité par The Irish Times - salue "son immense contribution " aux relations entre les différentes religions en Irlande. Il se souvient que le cardinal Brady "a mené des réunions avec une douce humilité, ce qui a permis de créer un dialogue riche et une compréhension mutuelle ."

Pourtant, malgré ce rôle de pacificateur, à de nombreuses reprises, des voix se sont élevées pour demander le départ du Cardinal. Un Cardinal au double visage accusé d'avoir couvert des prêtres pédophiles dans son propre diocèse.

Pour les victimes d'abus sexuels, comme Marie Collins, rapporte The Irish Independent, la démission du Cardinal Brady, c'est une "simple formalité ". Source de satisfaction tout de même, le Pape a très vite accepté la démission du Cardinal. Or c'est plutôt rare.

Mais cette démission, elle aurait vraiment eu du sens si elle était intervenue bien plus tôt, en 2010, quand le Cardinal Brady a été mis en cause dans l'affaire Brendan Smyth, l'un des nombreux scandales de pédophilie qui a éclaboussé l'Eglise irlandaise, dit encore Marie Collins.

Un avis que partage une autre victime, Brendan Boland, celui qui a révélé le scandale. Il estimait dans les colonnes du journal The Argus, il y a 15 jours, que le cardinal Brady n'aurait jamais dû accepter de devenir le chef de l'Eglise catholique irlandaise.

Aujourd'hui "il ne démissionne pas. Il prend sa retraite comme s'il n'avait rien fait de mal ", se désole Brendan Boland qui se dit à nouveau déçu par l'Eglise. "C'est une nouvelle claque pour les victimes ", explique-t-il encore à The Argus . "Pour sauver les apparences, une nouvelle fois, l'Eglise ne reconnaît pas avoir mal géré les informations que je lui avais données à en 1975. "

Dans un livre publié le mois dernier, Brendan Boland raconte comment alors qu'il 14 ans, il va voir celui qui n'était que Frère Brady à l'époque ainsi que d'autres prêtres. Il leur raconte avoir été abusé sexuellement par le père Brendan Smyth. Il donne le nom et l'adresse d'autres victimes espérant ainsi pouvoir les sauver.

Mais ces hommes à qui il fait confiance ne lui viennent pas en aide. Pire, ils lui font jurer de se taire. Ils lui font même signer un engagement écrit.

Le père Brendan Smyth a continué à violer des dizaines d'enfants pendant 18 ans, dans toute l'Irlande et même aux Etats-Unis, rapporte le Guardian, avant d'être finalement démasqué en 1994 et emprisonné.

Quand l'affaire éclate dans la presse, en 2010, quand le rôle du cardinal Brady apparaît au grand jour, ce dernier présente ses excuses mais reste en poste. Hier, au cours de sa dernière messe, il a à nouveau demandé pardon, rapporte les médias irlandais.

C'est maintenant l'archevêque Eamon Martin qui lui succède, souligne The Irish Independent. Il annonce un changement au sein de l'Eglise irlandaise : "une Eglise à genoux qui reconnaît que des choses terribles ont eu lieu par le passé et qui demande la miséricorde de Dieu et le pardon des gens. "

Le journal irlandais veut lui-aussi croire que c'est une page qui se tourne pour l'Eglise catholique. "Le cardinal Brady est en effet le dernier haut responsable du clergé dont le nom est associé à tout jamais dans la tête des gens aux affaires de pédophilie ". Des faits qui remontent aux années 70 et 80, insiste David Quinn, le spécialiste des religions de The Irish Independent . Et depuis 1996 et la publication d'un code de protection des enfants, tout a changé au sein de l'Eglise catholique irlandaise.

Reste une question. Maintenant qu'il n'est plus en poste, le cardinal Brady - qui a toujours minimisé son rôle - va-t-il aller au-delà des excuses, expliquer ce qui s'est passé ?

Pour Marie Collins, l'une des victimes, finalement peu importe. "En Irlande, les gens savent ce qui s'est passé ", dit-elle à The Irish Independent . "C'est dans les livres d'histoires et personne ne peut l'effacer" .

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