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Le démon de la violence reprend du service en RDC

4 min

Par Thomas CLUZEL

Dans un dessin à la Une du journal de Kinshasa LE POTENTIEL, des convives du Nouvel An, transis de peur, sont cachés sous une table. Dehors, des armes crépitent. Et au même moment, un serveur visiblement quelque peu embarrassé, déclare : c’est l’écho du débouchage de mon champagne, enfin … je crois.

Les derniers échos de 2013, nous avaient en effet laissé espérer que le président Kabila était en passe de noyer, dans les bulles, les démons de la violence. C'était il y a deux mois à peine, le 5 novembre dernier. Le M23, contraint et forcé après quelques tentatives de manœuvres dilatoires, avait dû se rendre à l'évidence : la guerre était perdue. A l'époque, il n'en avait pas fallu davantage pour que le président, ragaillardi par cette victoire politique, diplomatique et surtout militaire, se tape une cure de jouvence. Chacun pensait alors que le pouvoir avait désormais les ressources nécessaires pour pacifier, entièrement, le pays. Du moins, jusqu'à lundi dernier, où la terre a tremblé à Kinshasa, écrit le journal burkinabé LE PAYS. Trois attaques menées, l'une à la Radiotélévision nationale, l'autre à l'état-major de l'armée et la dernière à l’aéroport international. Des affrontements, qui selon un dernier bilan communiqué hier par les autorités ont fait une centaine de morts.

Une fusillade qui nous fait dire que le bout du tunnel est encore loin. En tout cas, précise l'éditorialiste, elle n’augure rien de bon pour la RDC et nous prouve, une fois de plus, que les autorités ont fort à faire pour ramener définitivement la paix au pays. Car même si les autorités affirment désormais contrôler la situation, le Congo est-il pour autant à l’abri de tous les dangers ? Le mercure est certes redescendu, mais la tension a-t-elle totalement baissé ? Rien n’est moins sûr.

Désormais, toute la question est de savoir si cette attaque relève davantage de l'action terroriste ou de la tentative de coup d’Etat ? Selon le KONGOTIMES, elle aurait été menée par un Pasteur, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2006, anti-Kabila, hostile aux accords de paix signés entre Kinshasa et les rebelles du M23 et qui se fait appeler, le prophète de l'Eternel. Avait-il l’intention d’opérer un coup de force contre le pouvoir ou voulait-il tout simplement signifier à celui-ci qu’il a des partisans capables de troubler son sommeil ? Le journal LE PAYS préfère lui se demander si en protestant de façon aussi sanglante, le pasteur n’était pas plutôt inspiré par le diable que par Dieu ?

Et puis, il faudrait aussi s’interroger sur l’attitude de l’armée congolaise, qui a bien vite attaqué la résidence de ce pasteur, remarque le journal. Cherche-t-elle à neutraliser un homme dangereux ou cherche-t-elle un bouc émissaire ? On sait que le pasteur n’est pas en odeur de sainteté auprès du président Kabila. Ses partisans, notamment, qui ont manifesté en 2010 contre son pouvoir, avaient été violemment réprimés par les forces de l’ordre.

En attendant que les zones d’ombres qui entourent cette affaire, soient éclairées, on ne peut donc que se perdre en conjectures. Seule certitude, précise toujours l'éditorialiste, ces attaques démontrent combien la RDC est un géant fragile et la paix toujours précaire. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette affaire vient en effet tempérer l’optimisme des Congolais, à qui le président Kabila avait pourtant promis une paix durable après son écrasante victoire sur les rebelles du M23. Une attaque qui vient également rappeler au pouvoir en place, qu’il ne doit pas dormir sur ses lauriers ou crier sur les toits que le Congo a retrouvé la paix, mais plutôt garder l’arme au pied, car le danger peut surgir à tout moment et de nulle part.

Attention à l'ivresse, c'était d'ailleurs le titre d'un édito publié dès le lendemain de la capitulation de la rébellion du M23 par L'OBSERVATEUR PAALGA. Attention à l'ivresse, car passé ce triomphe du général Kabila, l’Etat central devra œuvrer à y garantir les conditions de sa présence définitive. Et notamment en y réalisant les investissements socio-économiques dont l’insuffisance contribue à faire le lit des rébellions. Or on ne pensait pas si bien dire, écrit aujourd'hui le journal, même si on était loin de se douter, dit-il, que la tournure des évènements nous donnerait raison aussi rapidement. Et le quotidien de Ouagadougou de préciser encore, depuis la chute de Mobutu, le pays n'a pratiquement pas connu la paix, naviguant d'une crise à l'autre. Quand on pense qu'un problème est résolu, dit-il, un autre surgit, reléguant le combat pour le développement social et économique au second plan.

Reste que si le mobile de l'attaque de lundi reste donc encore mystérieux, pour autant, elle a tout l'air d'un rendez-vous manqué, s'inquiète de son côté LA PROPSERITE. Et puis, plus largement et à l'occasion de cette nouvelle année, LE PHARE, autre quotidien congolais, dresse lui un long réquisitoire : cela fait maintenant 19 ans, écrit-il, que le pays connaît une insécurité récurrente, la violence dans l’Est du pays, mais aussi les difficultés d’approvisionnement ou bien encore la quasi-inexistence des services publics de base, routes, hôpitaux, écoles. Et de conclure, nos vœux, que le Congo redevienne un Etat normal.

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