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Le fascisme au bout de la fourche

4 min

Voilà une semaine maintenant que les manifestations de "Forconi", comprenez, "ceux qui brandissent des fourches", paralysent les villes du pays et ont pris presque tout le monde par surprise. Ce mouvement qui balaie actuellement l’Italie du Nord au Sud, précise le site d’information milanais LINKIESTA cité par Presseurop, est en réalité un curieux magma, sorte de marmite en ébullition, charriant une foule de sigles et d’emblèmes, sans couleur politique clairement définie, ni leader charismatique pour le porter, pas même un organe de pilotage commun.

La transversalité et la non-appartenance politique sont aujourd’hui les mots d’ordre de ce mouvement et voilà pourquoi on y trouve pêle-mêle des aristocrates roulant en Jaguar avec des paysans des patrons et des ouvriers au chômage de nouveaux idéologues du fascisme avec des jeunes des centres sociaux de gauche. Les sympathisants d’extrême-droite, notamment, qui ont pour ordre de chanter exclusivement l’hymne national se retrouvent ainsi aux côtés de jeunes tifosi qui entonnent des chansons hostiles à la police. On y trouve également d’anciens adhérents du Parti démocrate et détracteurs de son nouveau secrétaire national Matteo Renzi. Et puis des opposants du fisc, des indépendantistes vénitiens, des immigrés ou bien encore des hooligans. Bref, un bien étrange magma, qui n’est en rien rationnel mais spontané, comme le soutiennent d’ailleurs la plupart de ses représentants.

Or chaque jour il en émerge de nouveaux. Ils pousseraient même désormais comme des champignons, précise toujours l’article avant d’ajouter : du Piémont aux Pouilles en passant par la Vénétie déferle ainsi un véritable tsunami qui n’a ni queue ni tête. Toutes les couches sociales y sont représentées, des médecins aux routiers, en passant par des étudiants, des chômeurs et des militants d'extrême droite.

Autrement dit et même si sur sa page Facebook, le mouvement se présente aujourd’hui comme une association d’agriculteurs, de bergers et d’éleveurs, fatigués de la politique mise en place par les institution et leur manque d’intérêt envers le peuple, ce n’est pas tout à fait vrai, puisqu'à l’instar des bonnets rouges, les Fourches regroupent tous les types de contestataires.

Un beau fourre-tout, analyse à son tour IL CORRIERE. Et d'ailleurs, l'objectif du mouvement des Fourches était bien celui-là : donner voix à des groupes sociaux divers et variés, victimes de la récession et privés d'une représentation stable. A présent, le logo des Fourches a donc réussi à s'imposer dans toute l'Italie comme le symbole du malaise et de la colère. Et nous n'en sommes encore qu'au début, même si bien entendu, il est difficile de savoir si la protestation s'essoufflera ou au contraire se propagera.

Reste que ce mouvement inquiète à présent jusqu’aux services secrets italiens, précise le site d'information MYEUROP. Comme chez les bonnets rouges, certains syndicats ont rejoint le mouvement des Fourches. C’est le cas notamment des syndicats autonomes. Ils réclamant le droit des peuples à leur souveraineté monétaire et le retour de la démocratie. Certains demandent l’abandon de l’euro, d’autres un référendum pour instituer une monnaie locale. Mais sur un point, au moins, tous les membres du mouvement sont d’accord : le gouvernement des faux élus doit rendre son tablier et des législatives doivent être organisées au plus tôt. D'où ce slogan : bloquons l’Italie et reprenons notre avenir en main. Tous veulent en somme donner une voix aux victimes de la récession, toutes catégories confondues, en bloquant toute la péninsule.

Du coté de la classe politique, là aussi, tous les regards sont évidemment tournés aujourd'hui vers les Fourches. Le comique populiste Beppe Grillo, leader du mouvement 5 étoiles, les soutient. Il faut dire que les Fourches pourraient effectivement apporter de l’eau à son moulin. A droite, Silvio Berlusconi, lui, se dit prêt à rencontrer les représentants du mouvement dont il dit comprendre la colère dans un contexte économique difficile. Finalement, seuls les démocrates tonnent contre les incidents provoqués par les franges extrémistes et promettent de tout mettre en œuvre pour isoler les éléments subversifs, qui menacent la démocratie et veulent détruire le pays en profitant d’un contexte difficile.

Et de fait, reprend le site LINKIESTA, la difficulté aujourd'hui est d’arrêter les plus extrémistes d'entre eux, les infiltrés. Car leurs revendications non-partisanes contre l’austérité et les élites masquent en réalité des similitudes inquiétantes, dit-il, notamment avec les débuts du mouvement autoritaire qui porta Mussolini au pouvoir. Et de conclure, entre ceux qui menacent de brûler des livres à Savone dans le Nord comme Hitler en mai 1933 et ceux qui vont jusqu’à organiser un simulacre de pendaison place Loreto, à Milan, sur le modèle de l’exécution du Duce Benito Mussolini, le fascisme est aujourd'hui au bout de la Fourche.

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