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Le général Norié-qui ?

5 min

Bonjour, C'est l'histoire d'un homme que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître... Manuel Antonio NORIEGA. Né on ne sait trop quand, officiellement le 11 février 1935, mais peut être en 1934, ou bien même en 38 rappelle ce matin le journaliste qui lui consacre une biographie dans le journal espagnol EL MUNDO. Manuel "The Pineapple" NORIEGA : l'ananas, son surnom, à cause de la peau de son visage, vérolée par les cicatrices d'acné, se souvient pour sa part Christopher DICKEY, ancien correspondant en Amérique Centrale, dans les colonnes de l'hebdomadaire NEWSWEEK. Le général NORIEGA, une relique d'un passé très lointain où l'Amérique Centrale était une zone de petits pays agités par des coups d'états à répétition, gangrénés par la corruption, avec ses généraux omnipotents et ses dictateurs d'extrême droite, pour la plupart soutenus par les Etats-Unis, dans un contexte de guerre froide et de lutte contre la propagation rampante du communisme, évoque encore ce matin THE INDEPENDENT. Pour beaucoup de monde aujourd'hui, le nom de NORIEGA ne veut plus rien dire, ou plus grand chose affirme l'éditorialiste. Y compris dans son propre pays. De plus en plus de panaméens sont heureux de l'oublier, vingt ans après que l'invasion américaine eut mis un terme à sa dictature, peut-on lire dans les colonnes du WASHINGTON POST. C'est dans ce contexte de quasi oubli, après avoir purgé une peine de 17 ans de prison aux Etats-Unis pour traffic de drogue, que l'ancien dictateur est arrivé à Paris hier. Paris où il a été extradé, après accord de la Secrétaire d'Etat américaine Hilary Clinton, explique le site de la chaîne AL JAZEERA. Il sera rejugé pour blanchiment d'argent... Manuel NORIEGA est accusé d'avoir blanchi, à la grande époque, quelques 7 millions de dollars en France, notamment via l'achat d'appartements luxueux dans les beaux quartiers de Paris. C'étaient les années 80... Il était l'ami des puissances occidentales ; il a d'ailleurs reçu en 1987 la Légion d'Honneur, de la main ministre français des affaires étrangères de l'époque, Jean-Bernard RAIMOND, sous le gouvernement de cohabitation de Jacques CHIRAC, comme se plait à le rappeler le WALL STREET JOURNAL. Il faut dire que NORIEGA avait été recruté à bonne école : agent de la CIA jusqu'à sa déchéance, il était l'interlocuteur incontournable, l'allié des américains dans leur lutte contre Fidel CASTRO, et dans les guerres contre le Salvador et le Nicaragua, peut-on lire dans THE INDEPENDENT. Qu'importe alors si les méthodes de l'homme sont brutales... Qu'importe si en 1981, le général Omar TORRIJOS, alors au pouvoir, meurt dans un accident d'avion suspect... Qu'importe si les liens entre NORIEGA et les cartels de la cocaïne de MEDELLIN sont de plus en plus visibles... A tout moment, rappelle EL PAIS, NORIEGA put compter sur l'appui inconditionnel des Etats-Unis. Mais peu à peu, ces relations idylliques tournent au vinaigre. Le double jeu de NORIEGA avec Cuba et la Libye finissent de convaincre le président BUSH sénior que l'Amérique ne peut pas laisser le pays, et le Canal - haut lieu d'échanges économiques - entre des mains aussi sales. Et puis, explique encore Christopher DICKEY, l'environnement international change : la guerre contre le communisme se transforme en guerre contre la drogue... et soudain, les liens criminels de NORIEGA, tolérés pendant plus d'une dizaine d'années, deviennent inacceptables.. L'Opération Juste Cause est lancée fin 1989. NORIEGA se rend au début de l'année suivante, et est condamné aux Etats-Unis comme prisonnier de guerre à 40 ans de prison, une peine réduite à 17 ans pour bonne conduite. Alors il y a une question qui taraude un certain nombre d'éditorialistes ce matin... Pourquoi cette extradition vers la France pour blanchiment d'argent ? Pourquoi pas vers le Panama, où l'ancien dictateur a été condamné par contumace à 60 ans de prison pour détournement de fonds, corruption et meurtres d'opposants, et où, ajoute le WASHINGTON POST, un nouveau procès doit commencer en juillet. "Nous perdons espoir, explique la fille d'une des victimes du dictateur. Je ne comprends pas ce qui est le plus important pour les gens : le blanchiment d'argent ou rendre justice pour des crimes contre l'humanité non résolus" Pourquoi alors ? et bien par simple passivité du gouverement panaméen, constate EL PAIS, qui affirme que STRICTEMENT rien n'a été fait par les autorités du pays pour obtenir l'extradition de l'ex-général. D'homme fort à patate chaude, titre pour sa part EL MUNDO, qui partage la même analyse : personne ne veut de NORIEGA à Panama, où il reste un sujet gênant, tant pour les citoyens que pour la classe politique. Panama a peur que NORIEGA ne parle, et compromette un certain nombre de digireants politiques et économiques affirme LA VANGUARDIA. Les gouvernants actuels ont peur qu'en cas de retour, et de procès public, l'ancien homme fort du pays ne salisse trop de noms. Mais il n'y a pas que pour Panama que cette extradition vers la France tombe à pic : "Washington est heureux de se débarrasser du souvenir de ses échecs passés" titre THE INDEPENDENT. Les dirigeants américains doivent être soulagés que NORIEGA ne rentre pas chez lui, lui qui sait où sont enterrés de nombreux cadavres, au sens propre comme au figuré. Et puis, NORIEGA doit bien rire, du fond de sa cellule, analyse encore le correspondant de NEWSWEEK... rire de la peur américaine d'un procès politique au Panama. Lui qui a vu, après son arrestation, chuter tant d'autre de ses clônes. De ces hommes jadis forts, soutenus par les services secrets américains... ces Saddam HUSSEIN... ces Muhammar KADDAFI... ou même ces Omar EL BESHIR, si fraîchement réélu, ou ces Hamid KARZAI... tous ces dictateurs alliés devenus dictateurs ennemis, qui ont dû, conclut Christopher DICKEY, dessinner sur le visage ravagé de NORIEGA un bien large sourire. Bonne Journée

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